LIVRE H. CHAPITRE SIX
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remarquer présentement, que quand le maître de la vie intérieure a de l'estime pour ces révélations et s'y plaît, il imprime, lors même qu'il n'y pense pas, les mêmes sentiments dans le cœur de son disriple; de sorte qu'encore que le disciple soit peut être plus parfait que le maître, il en souffre un dommage considérable, parce que l'un ne peut jamais si bien cacher son estime et son goût, que l'autre ue les découvre et ne les embarrasse.
Mais laissons là une matière si sublime, et supposons seulement que le confesseur n'a pas assez de prudence et de circonspection pour dégager son pénitent de ces visions, et même qu'il en fasse le principal sujet de ses entretiens avec lui, et qu'il lui donne le moyen de distinguer les bonnes visions d'avec les mauvaises, et les vraies d'avec les fausses. Je dis que quoique ce discernement soit utile, il n'est pas à propos d'exposer le disciple à ce travail, à ce soin, à ce péril, sinon eh quelques cas rares, et en quelques nécessités inévitables.
Toutefois l'affaire n'en demeure pas là. Il y a des Pères spirituels qui obligent les personnes que Dieu favorise de ces dons célestes, à demander à la Majesté divine des révélations louchant plusieurs choses particulières : et ces gens simples leur obéissent, persuadés qu'il est permis de désirer ces sortes de connaissances extraordinaires ; parce qu'ils croient qu'ils peuvent légitimement faire des prières pour obtenir ces révélations , d'autant que Dieu veut quelquefois révéler plusieurs choses, pour des fins qu'il lui plaît d'envisager. Et s'il arrive que la bon:é divine leur accorde les révélations qu'ils lui ont demandées, ils s'encouragent à en demander de nouvelles, s'imaginant que celle manière d'agir est agréable à Dieu, quoique en effet elle lui déplaise, et qu'il ne trouve pas bon qu'on en use avec lui de cette sorte. Or, comme leur cœur s'attache naturellement et consent à ce commerce avec Dieu, ils en prennent une habitude si forte, qu'ils assurent en plusieurs rencontres avec beaucoup de fermeté, qu'ils ont des révélations de Dieu. Mais ils se trompent souvent, et les effets ne répondent pas à leurs prelcndues révélations : ils s'en étonnent, et ils doutent si elles viennent de Dieu ou non ; car ils s'étaient mis d'abord en tête ces deux points: le premier, que Dieu était l'auteur de ces révélations, puisqu'elles étaient si bien gravées en leur esprit; quoiqu'elles ne fussent que les effets du grand penchant que la nature avait pour les révélations, et que cette vive impression ne fût que naturelle. Le second point est, qu'ils pensaient que ces révélations venant de Dieu, devaient s'accomplir de la manière qu'ils s'étaient représenté.
En quoi il y a sans doute un extrême égarement. Les révélations et les paroles intérieures" de Dieu ne réussissent pas toujours comme nous les comprenons, ni selon la force avec laquelle elles sont exprimées. Il ne faut donc pas y ajouter entièrement foi ni s'y fonder avec sûreté, quoiqu'il soit constant qu'elles sont divines. Considérées en elles-mêmes, elles peuvent être véritables et très-certaines ; mais la connaissance que nous en avons n'est pas toujours infaillible, et nous pouvons nous tromper, comme nous verrons incontinent.