S S * I LETTRE XCIX
Au révérend père Dominique Banez, de l'ordre de saint Dominique, con- •? -
j v fesseur de la Sainte. jl»S
1. Jésus soit toujours avec vous, mon père. Je vous dis, mon père, -y -+ qu'il me semble que mes joies ne sont déjà plus dans ce monde, puisque je n'ai pas ce que je désire, et que j'ai ce que je ne désire pas. La
preuve, c'est que les consolations que je trouvais dans mes confesseurs, Sȣ
je ne les y trouve plus. Il me faut plus qu'un confesseur. Tout ce qui **2
est moins qu une ame ne remplit pas le désir de la mienne. Ce que je g >
viens d'écrire m'a grandement soulagée. Que Dieu vous récompense en XZ.
•i 'r vous faisant la grâce de l'aimer toujours. *£
v t 2. Dites à cette pauvre fille qui s'inquiète tant de savoir si elle ob- jj3
*; jj tiendra, ou non, les suffrages des sœurs, qu'elle présume trop d'elle- *+
même et qu'elle manque d'humilité; que vous et nous qui sommes char- "»=» |J B gés de veiller au bien de cette maison, nous trouverons bien fait ce
que l'on fera, et non ce qu'il semble à une religieuse que l'on doit *>•*
faire; qu'il nous importe plus qu'à elle d'y prendre garde. Ce sont des *-£
choses qu'il est nécessaire de faire entendre. Dès que vous verrez ma- s •„
dame dona Maria, ne manquez pas de lui faire mes compliments ; car £>^
il y a longtemps que je ne lui ai écrit. C'est beaucoup de se porter ^jjj
jVci mieux par de si tories gelées. Je crois que nous sommes le trois dé- *;£
%% embre. et moi, **
•» -f Votre fille et servante, *=.*
S5 Thérèse de Jésus. j**
-y£ notes. %%
Le commencement de celle lettre est perdu. L'indispensable date manque, el pour jj£*
*. + comble de désolation, l'intelligence n'en e-t pas aisée. •»-=«.
N. I. La Sainte s'adresse au P. II. /.. Ils s'entendaient à demi-mol. EHesc plaît ^|3
*>* à régaler ce bon dominicain, qui se piquait d'une spiritualité transcendante. Elle a ^i
*!* cequ'elle veut et c'est sa mort. El!e a < e qu'elle ne veut i.as, c'est sa vie. Il s'agit -i -v
slj Simplement des désirs opposés de l'esprit ri de la chair. La chair oe veut pas les - ■{■ souffrances, qui s"iil la vie. fiieu est nécessaire à son bonheur. Ses confesseurs .' Ç.
avec leurs consolations, sont usés cl la I tissent dans le vide de l'âme.
N. 2. Elle parle de la répugnance de Marie-Baplisie, sa nièce, qui s'inquiétait du ., .
bruit qui courait de sa léélectîon. Elle ne doit s'occuper que de taire la volume de ses supérieures. Eii! Marie-Baplislc, q:ic failcs-Yi u- à? Vous allez à rebours de bien d'autres, qui ne s'iii.iuièleul que de leur nou-cleclion.
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LETTP.E C.
Au très-révérend père Nicolas de Jésus Marie Doria, premier général de l'ordre des déchausses de Noire-Dame du M ont-Car mel. (Prfcmière.)
Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, mon révérend père. Serrano est arrivé aujourd'hui , qui est la Saint-Thomas. Voire lettre m'a fait un grand plaisir, car j'étais inquiète de savoir si, dans voire retour, vous aviez fait bon voyage. Dieu soil béni de la grande grâce qu'il nous a faite. Qu'il veuille qu'il en soit de même à votre prochaine visite. Elle ne sera pas aussi pénible, car c'est un grand soulagement, lorsqu'il y a peu d'ouvrage. Je pense que vous avez déjà reçu deux, lettres de moi ; au moins une que je vous ai écrite aussilôt après mon arrivée ici, le jour même de la Saiule-Catherine. Je les avais remises l'une et l'autre à M. Franrois Doria.
2. Dieu a permis notre translation à la maison neuve, le jour même de la Conception de la sainte A'ier^e. J'avais eu fort à faire pour rendre celle maison habitable. J'y avais passé huit jours avanl l'arrivée des sœurs, et j'étais bien fatiguée. Toutefois je ne perdis pas mon temps, et quoiqu'il s'en manque que loul soil encore achevé, elles s'y trouvent déjà bien. Du resle, Dieu a lo il conduit beaucoup mieux que je ne mérile.
3. Je suis effrayée du ravage que fait le démon à la faveur d'une mauvaise administration, de la crainie et de la séduction qu'il a répandues parmi ces religieuses, qui sont dans le fond de bonnes âmes, désireuses de leur perfection. Ce qui n'allait pas les inquiétait presque toutes, et elles n'y voyaient aucun remède. Elles sont à présent bien désabusées, et je ne pense pas qu'il y en ait une qui voulût au Ire chose que ce qu'elles ont, pas même la sœur de Brianda qui s'esl tant félicitée de n'élre pas venue.
4. Je vous ferai observer, mon père, qu'il faut donner une attention toute particulière aux personnes qui doivent être nommées aux charges. Ces religieuses n'étaient si rebutées que parce qu'elles avaienl de grandes inquiétudes causées par le scrupule qui leur venait de l'idée que la supérieure n'agissait pas bien, ce qui était vrai. .Maintenant elles sont très-contentes de !e::r prieure cl elles ont raison. Deux ou (rois auront vu avec peine qu'on leur ait ôfé leur confesseur ; d'autres, et je crois presque toutes les autres, se sont réjouies dès qu'on leur a dit qu'il ne leur était plus permis de s'adresser à lui. J'ai pris toutes mes précautions et je lui ai parlé ouvertement. Je reconnais vraiment que c'est une âme du bon Dieu et qu'il a agi en toute simplicité. A la laveur de notre éloigiiement et de ses grandes occupations, tout s'est passé sans bruit. J'ai voulu qu'il nous prêchât, et je le vois de temps en temps. Grâce à Dieu, loul est déjà dans l'ordre.
5. Une chose me fait peine, ce sont les dettes qu'elles onl ; loul
est en mauvais état par suite de la mauvaiseailministration. Elles s'attendaient bien qu'il en serait ainsi , mais on ne leur rendait presque aucun compte. Nouvellement entrée en religion, la supérieure n'en savait pas davantage. La détermination de s'en rapporter à son propre jugement fait bien du tort.
6. Que Votre Révérence avertisse celle qui est chargée de tout mettre en ordre, de s'instruire comme il faut de ce qu'elle est tenue de faire, d'après notre ordre, et de l'observer ainsi que les constitutions; que c'est le moyen de ne pas s'écarter. Quand les religieuses agissent autrement, Dieu permet que leurs plus grandes amies deviennent un jour leurs accusatrices. Qu'elles ne s'imaginent pas avoir la liberté de faire et de défaire, comme les personnes du siècle. Veuillez bien leur montrer celte lettre. Cette supérieure, ainsi que d'autres religieuses que j'ai tirées d'ici, m'ont causé plus d'une fois de la peine, faute de m'avoir avertie, bien qu'à la vérité il ne se fût pas encore passé des choses comme celles qui sont arrivées depuis.
7. Si quelques-unes demandent à se confesser à un autre père que le confesseur ordinaire désigné par vous, il faut le leur permettre. Que celui de votre choix remédie aux tourments qu'elles ont essuyés jusqu'ici de ce côté. Ce sont des âmes qui ont beaucoup souffert pour avoir été mal nourries.
8. On m'a dit que ces religieuses-là avaient écrit à celles d:ici pourleur demander Brianda, en leur disant qu'en s'y prenant bien, après l'avoir obtenue pour clles-mêmes,^elles pouvaient aussi la leur faire avoir. Que Votre Révérence impose une bonne pénitence à la prieure, qui devait bien voir que je ne suis pas une si mauvaise chrétienne que j'eusse fait tant de bruit pour une chose qui n'en vaudrait pas la peine, ni fait faire tant de dépenses pour une chose inutile, que j'en ai fait faire pour acheter la maison. Je leur pardonne ces mauvais jugements, que Dieu les leur pardonne. Plaise à sa divine majesté que la supérieure leur convienne ; car autrement je la ferais revenir ici, comme je l'ai déjà fait une fois. Je dois vous prévenir que si elle revenait, c'en serait fait de la paix de celte maison, sans ; :irler d'autre chose. Mais je n'aurais pas dû vous exposer mon avis de loin dans une affaire si grave. Ce n'est pas là ce que devrait faire quelqu'un qui sacrifierait son repos pour le bien et la paix d'une seule âme.
9. J'ai su, il y a quelques joui s, qu'à Pastranne on ne jouit pas d'une bonne santé; je n'en ai eu depuis aucune autre nouvelle. Ce ne doit être rien, ne vous en mettez pas en peine et faites-y ce qu'il faut ; car ce qui restera à faire après l'Epiphanie attendra longtemps. Si Dieu permet que ce que nous attendons de Rome arrive, il serait bon de se trouver ici avant le temps.
10. Le frère Gabriel, prieur de Roda, est venu me voir ici avant la Conception. Il m'a fait entendre qu'il était venu pour l'affaire de dona Eiizabelh Osorio. Je la retiens jusqu'à ce que je voie si elle peut con-
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