‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 184 sur 448 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Pourquoi il n'est pas permit, dans la loi de grâce, de demander quelque chose à Dieu par des voies surnaturelles, comme on le pouvait [aire dans lu loi ancienne. Celte question, qui n'est pas désagréable, contribue i) la connaissance des mystères de notre sainte foi, et on prouve cette vérité par un passade de saint Paul qu'on explique par rapport à ce sujet.

Nous avons dit dans le chapitre précèdent que Dieu ne veut pas que nous aspirions par des voies surnaturelles à des lumières extraordinaires. 11 est constant néanmoins que non-seulement il permettait, dans l'ancienne loi, d'agir de la sorte avec lui, mais qu'il le commandait même, et qu'il reprenait sévèrement les Juifs lorsqu'ils y manquaient. Vous allez en Ei/upte, leur rcproche-t-il par Isaïe, et vous ne m'avez pas consulte auparavant (Isa., XXX, 2). Et se plaignant d'eux, comme il est observé dans le livre de Josué, Us ont, dit-il, reçu des vivres des Gabaonites, sans savoir de moi ma volonté (Josué, IX, 14-). Moïse, David, îcs autres rois de ce peuple, les prêtres, les prophètes ont eu recours à ses oracles dans leurs guerres et dans leurs autres nécessités. 11 a toujours répondu à leurs vœux, il ne s'est point fâché contre eux, il les a favorisés en ces rencontres, et, s'ils n'eussent pas appris de lui ses sentiments, ils se fussent écartés du droit chemin. Pourquoi donc cette régie n'esl-elle pas établie dans la loi de grâce?

Pour satisfaire à ce doute, on dit que la principale raison est que Dieu jetait les fondements de notre foi et de la loi évangélique, et qu'il était nécessaire, pour les affermir, que les prophètes et les prêtres consultassent Dieu, et qu'il leur répondît par des paroles, par des visions, par des révélations, par des figures, par plusieurs autres moyens sensibles, parce que tout ce qu'il leur disait ou leur montrait de la sotte concernait les mystères de la foi, que lui seul peut nous découvrir. Il y avait donc sujet de blâmer les Juifs, lorsqu'ils ne recherchaient pas ses lumières pour se conduire dans leurs affaires les plus importantes.

Mais maintenant, Jésus-Christ ayant fondé la toi et publié la loi de grâce, il n'est pas besoin que nous fassions à Dieu des demandes de celle nature, ni qu'il nous donne de semblables réponses. Il nous a tout dit en son Fils qui est son Verbe, et, en nous parlant en son Fils, il nous a expliqué tout ce que notre foi contient, comme saint Paul l'écrit aux Hébreux. Voilà pourquoi celui qui voudrait avoir maintenant des visions ou des révélations, et qui ne se contenterait pas de Jésus-Christ seul et de ses oracles, ferait une grande injure à Dieu, qui pourrait lui dire : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me plais uniquement : écoutez-le (flebr., 1, 1 ; Malth., XVII, 5). Je vous ai révélé toutes choses en lui, et vous y trouverez plus que vous ne sauriez ni désirer, ni demander, ni apprendre parles vues particulières que vous souhaitez. Il est toute ma parole, toute ma réponse, toute ma vision, toute ma révélation; et je vous ai tout déclaré par lui, lorsque je vous l'ai donné pour frère, pour maître, pour compagnon, pour prix des âmes, pour récompense de vos vertus. Je suis venu dans lui avec mon Saint-Esprir sur la montagne du Thabor. Il ne faut point chercher d'autre doctrine que la sienne, comme les évangélistes et les apôtres vous l'ont annoncée. Que prétendez-vous donc davantage? Désirez-vous quelque consolation dans vos peines? considérez les afflictions que mon Fils a essuyées par obéissance et par amour. Peut-il vous parler plus efficacement pour vous soulager? Avez-vous dessein de connaître les plus profonds secrets de la foi et les plus grandes merveilles de ma divinité? jetez les veux sur lui seul, entrez dans sou intérieur, et vous décou-

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