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.4u m^me Re'vérendissime père frire Nicolas de Jésus Marie Doria.
(Seconde.)
Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vons, mon révérend père! J'ai reçu, il y a trois ou quatre jours, votre leltredu 30 décembre. J'avais déjà reçu celles dont Perrano était porteur, et j'y avais répondu longuement, ainsi qu'à la mère prieure. J'avais encore écrit au père Rodrigue Alvarez. J'avais remisccsdiflerentcs .< ttrcsà Perrano qui s'en était chargé. On m'a dit depuis qu'elles avaient été mises à la poste. Depuis que vous êtes venu ici je vous ai écrit deux autres lettres que j'ai fait passer à M. Oria, de Tolède, en le priant de vous les envoyer. J'ai fini par cesser de vous écrire, en voyant que toutes mes lettres se perdaient. Di«u veuille qu'il n'en soit pas de même de celleci que je vous envoie par Vélasco.
"1. Vous vous en rapportez entièrement à la mère prieure de ce monastère, et elle ne me parle de rien. Qu'elle se porte bien, à la bonne heure; pour le reste, je pense que vous ferez votre affaire de mettre ordre à tout, surtout avec un tel majordome. Qu'est-ce que ne fait pas l'amour de Dieu! il ne dédaigne pas de faire l'aumône à ces pauvres filles. Je me recommande à ses prières. Vous ne me parlez pas de notre Lucrèce; faites-lui un grand compliment de ma part.
3. De peur de l'oublier, je yous apprends que la prieure de Véas a fait dire à Casa de Montés qu'elle avait les cent ducats. Elle demande à qui elle doit les remettre. Il lui a fait dire de les envoyer à Madrid. Je vous l'ai déjà marqué; je ne dois donc pas tous en dire davantage. Sachez, mon père, que cet endroit est si écarté qu'il n'y a pas à compter sur moi pour vous donner des nouvelles. Je le puis moins qu'à Séville et je l'y pouvais même beaucoup mieux, parce que je n'aurais que Tolède qui me procurât quelque messager, et que je vois que par cette voie mes lettres se perdent aussi. Je vous dis cela perce que vous me marquez de vous faire savoir le moment où il faudra que vous veniez et ce qui se passe ici. J'avertis Vélasco de ne pas s'occuper de moi pendant qu'il resterait ici. Si vous attendez longtemps à venir, il pourra se faire que vous ne me trouviez pas, parce que je crois que l'on va faire la fondation des fil ■ es à Villeneuve, près de la Roda, et qu'il sera possible que j'y aille avec elles; car si ma présence a été nécessaire pour quelqu'une, ce sera pour celle là. Le père frère Antoine de Jésus et le prieur sont si accablés et ils m'importunent depuis si longtemps que je ne saurais m'en dispenser. Ce doit être la volonté de Notre-Seigneur. Il n'y a encore rien de bien certain, mais si ifl dois y aller ce sera avant le carême. Je m'afflige d'avance de la crainte de ne pouvoir vous entretenir, après avoir déjà manqué celle consolation que j'avais déià convalé trouver à Malagon.
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4.. Ma sanlé est bonne et cette maison marche si bien que je ne me lasse pas de remercier Dieu de m'y avoir fait venir. Le spirituel fait des progrès, la paix règne et rien ne manque au contentement. Le temporel qui était dans un état désespéré prend déjà une nouvelle face; que Dieu soit en tout béni.
5. Ce que vous m'apprenez du Révérendissime m'a fait tant de plaisir , que je voudrais le voir déjà terminé. Je l'ai marqué à Vélasco et à celui des Grottes. Seulement j'ai ajouté qu'il n'y a pas le moindre doute sur la validité, ou la nullité de cette substitution, parce que lors de la mort du nonce, les opinions étaient partagées sur la validité de la commission qu'il avait adressée au père Gracian, et nous sommes assez las de procès. Ainsi donc, pour un oui, ou pour un non, si Dieu nous fait la grâce que cette affaire réussisse, il faut faire ce qu'il faut du vivant de celui qui est le principal. Toutes vos raisons me paraissent excellentes et même meilleures que je ne puis le comprendre. Ainsi donc point de retard.
6. Ne feriez-vous pas une faute de rester là jusqu'à la fin, en cas que l'affaire vînt à manquer? je consulte Vélasco et je m'en tiendrai à sa décision. J'aimerais bien mieux vous consulter vous-même, n'était la peine que je vous donnerais, à cause qu'il vous serait très-fatigant de venir en si peu de temps et de vous en retourner, et puis il paraît que je puis facilement communiquer avec Vélasco; c'est pour cette raison que je lui écris. Il est toujours bon de débattre les choses avec plusieurs personnes. Il pourrait bien se faire que votre absence nous fît grande faute, du moins j'en aurai un grand regret, quelque bien disposés que soient nos amis. Comme notre père Gracian est en liberté, il ne convient pas de traiter cette affaire, parce que si elle a l'issue que nous espérons, on dira que c'est à lui qu'il en faut faire les honneurs, et puisque c'est peu de chose, il est bon de ne pas donner occasion à ces propos.
7. J'ai pensé que si celui des Grottes ne doit pas être provincial et qu'on lui donne un autre emploi, il sciait bon que ce fût frère Antoine de Jésus qui a déjà été nommé à cette charge. Il s'en acquitterait bien, surtout avec un supérieur et un compagnon capable. Il a déjà l'ait ses preuves par la manière dont il a rempli sa commission pour Salamanque. Nous sortirions par là d'une incertitude et d'un partage d'opinions qui est un plus grand mal que les fautes qu'il pourrait faire, s'il était provincial. Je vous parle aujourd'hui de cela, parce que je ne sais quand je pourrai vous récrire, tant mes lettres sont malheureuses. Celle-ci part recommandée comme il faut.
8. Je voudrais bien savoir la cause du trouble qui vient de naître à Séville. Dieu veuille y mettre fin et vous ait en sa sainte garde. Je suis fatiguée d'avoir tant écrit. Bien que ma sauté soit moins mauvaise qu'à l'ordinaire, mon mal de tête ne me quitte pas. Présentez mille respects de ma part au père prieur d'Almodovar, s'il s'y trouve. J'en fais assez
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pour ses amis ; j'ai pris de chucun d'eux une religieuse. Dieu veuille me l'agréer. Celle qui est sortie de Véas et qu'on me dit vous convenir beaucoup, est de Jean Vasquez et de celui de Canlalapièdrc.
9. La prieure se recommande â vous, mon père, et nous vous recommandons toutes à Noire-Seigneur; moi en particulier, je ne l'oublie jamais. Cela ne m'empêcbe pas de soupçonner que si vous en trouviez quelque prétexte, vous seriez bien aise de rester un peu à Séville; si je me trompe, Dieu me le pardonne. Quela divine majesté vous accorde une grande sainteté et de longues années. Amen. Nous sommes aujourd'hui le 13 janvier.
L'indigne servante de Votre Révérence.
Thérèse de Jésds.
NOTES
Les religieuses déchaussées de Consuègre, conservent l'original de celle lettre, écrite à Halagon, comme la précédente et seulement 13 jours après, en 1580.
N. 1. On ne peut y achopper que contre une voyelle, ou une consonne.
N. 2. Qu'est-ce que ce majordome? à ce que j'en vois, c'est une personne de qualité et de charité, qui est la meilleure qualité. De Lucrèce, je ne sais rien.
N. 5. Elle lui donne avis que les cent ducats de Véas vont prendre la roule de Madrid.
N. i. En douze jours, elle a Tait changer entièrement de face Malagon ruiné et révolutionné. Toui y a refleuri : les affaires, la santé, la piété et la paix.
Nomhres5, 6, 7. Celui des Grottes était le P.Gracian; un projet relatif à la hiérarchie de l'ordre était proposé par Doria, la Sainte l'approuve ; mais elle entend que ce soit un parti stable, à cause des hésitations auxquelles a donné lieu la mort du nonce tlormanète, et qu'il n'y ait pas de procès; ceux même qu'on gagne ne valent rien. C'est bien encore de même en France. Que dis-je? Grâces aux progrès des lumières, les oiseaux de proie de la justice ne laissent plus le moindre duvet sur leurs victimes.
Gracian est appelé celui dis Grottes, parce que le nrmee l'avait mis en pénitence.
l'ère Antoine, qu'elle propose pour provincial, non que ce soit son avis, mais parce qu'elle remarque qu'il est généralement proposé, est le P. Pierre lleniandez, qui fut nomme à celle charge au second chapitre d'Almodovar.
N. 8. Elle demande â eue informée des nouveaux troubles que le démon suscite :i Séville.
N. 0. Elle finit par ses compliments, ceux des sœurs et, en particulier, de la prieure Jéronyme de l'Esprit-Saint. Elle le croit disposé à séjourner nu peu trop à Sevilleet elle l'en détourne avec une politesse charmante. Comme elle savait mener son
inonde!
( La traduction et l'annotation des lettres suivantes , jusqu'aux fragments, sont de M. l'abbé Landeretclie, curé doyen de Saint-Palais, diocèse de Bayonne. La traduction des lettres a été revue et corrigée par M. l'abbé dcL'Henn.)
Au Ii. P. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu. (Première.)
Jésus. — 1. Que la grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous , mon Réend Père ! J'ai écrit à dona Louisa , pour lui dire que ces religieuses (de MillaROn) pourraient aller à son palais de Paracueilos , jusqu'à ce qu'elle ait construit ici une maison. Paracueilos est à trois lieues de Madrid à deux d'Alcala , ■ce me semble ; c'est un lieu très-salubro ,
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LETTRE Cil. 1S5
oû je vomirais forl qu'elle bàlit un monastère , mais elle ne l'a jamais voulu. Je désirerais encore plus que les sœurs ne sortent pas d'ici , pusqu'elies y sont , et que c'est un lieu de passage ; mais, puisque nous n'en pouvons pas davantage, Dieu veuille y mettre la main, et Votre Révérence l'approuver aussi : nous n'attendrons pas une autorisation, parce que je crois que nous l'aurons, et qu'il n'y a pas d'autre moyen. Défaire le monastère comme celui de Pastranne , c'est chose qu'il ne faut pas souffrir. Enfin , si celle fois sa réponse n'est pas favorable , je me rendrais à Tolède , pour prier quelques personnes de voir celle Dame , et je n'en sortirai pas avant que celle affaire ait pris une issue quelconque.
2. Je suis arrivée en bonne santé : j'ai mieux fait de marcher que de venir en voiture , je marchais aux heures que je voulais , et j'étais forl bien traitée par mon frère. Il vous fait ses compliments : il est arrivé et se trouve en bonne santé. Il serait bien bon , s'il voulait se retirer et me laisser à Tolède , jusqu'à ce que l'affaire de là-bas fût arrangée, pour que nous sussions de Votre Révérence qu'il n'y a plus moyen d'y remédier. La petite Thérèse nous a beaucoup amusés en route : elle est arrivée sans aucun accident.
3. 0 mon père ! quel affreux accident m'est arrivé !... Nous étions logés dans une grange (et nous ne pensions pas que ce fût peu pour nous), près d'une auberge de campagne, où nous ne pouvions rester. Une grosse salamandre se fourre le long de mon bras , enlrc la tunique et la peau : mon frère la saisit , et dans sa précipitation , la jette au visage d'Alonzo Ruiz , qui nous a été fort utile en roule; Diego, aussi beaucoup : c'est un petit ange , à qui j'ai déjà donné l'habit. 11 a amené une religieuse que je préfère à la sœur Catherine que je dois ramener d'ici. Elle est mieux qu'elle ne le paraît, n'était une manie d'aller : la malade est perdue , et sans ressource. Vous pouvez, mofi Révérend Père, êlrc bien convaincu qu'elle l'était déjà , lorsqu'elle fit ce beau trait : elle prétend qu'elle le faisait pour l'honneur de l'ordre
4. La mère prieure se recommande beaucoup à vos prières : c'est pour ne pas vous fatiguer, dit-elle , qu'elle ne vous écrit pas ; elle se levé, et comme elle se donne beaucoup de mouvement , cl qu'elle veut se trouver à (out , ce sera un obstacle à sa prompte et parfaite guérison. Lorsque vous irez à notre maison , vous direz de ma part des paroles bienveillantes à la sœur Gabrielle : je l'ai laissée en proie à bien des peines ; c'est un ange de sincérité, elle est d'un excellent esprit, et je lui dois beaucoup.
5. Voire Révérence doit faire une défense formelle et absolue de donner à manger au parloir : les sœurs s'en inquiètent beaucoup, et si elles ne sont avec vous (exception que je ne compte pas, lorsque la chose est indispensable), elles le fout de si mauvaise grâce, et celte répugnance me paraît encore plus blâmable que le fait. Il y a
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en cela de graves inconvénients , et elles doivent se le tenir pour dit. Il suffit même qu'en le faisant , elles risquent de n'avoir pas de quoi manger; les quêtes produisent peu, et plutôt que de le dire, elles se priveraient de manger, ce qui serait le moindre des inconvénients. Lorsque j'étais au milieu d'elles , je pourvoyais à leur nourriture , et rien ne se perdait. Toutes choses se ressentent de leur origine , et c'est ici un principe qui peut engendrer un grand mal ; vous devez comprendre, et ce sera une grande consolation pour elles de savoir que Votre Révérence veut tenir la main à l'observation des règlements que vous avez tracés d'après le P. Pierre Fernandez. Toutes sont jeunes ; et croyez-moi , mon père , le plus sûr est qu'elles n'aient pas de rapports avec les religieux. C'est la chose que je redoute le plus pour nos maisons , parce que , malgré que tout soit pur et saint encore , je prévois où tout cela pourrait aboutir, si l'on n'y remédiait dès le principe , et c'est ce qui fait que j'y attache une si grande importance. Pardonnez-le moi , mon père, et soyez avec Dieu.
Votre fille , Thérèse de Jésus,
Notes.
N. 1. L'original de cette lettre se trouve dans le couvent des carmélites de Guadalaxara. Elle fui écrite l'an 1476, la Sainte était alors au couvent de Malagon, nu vellement arrivée de Séville. Elle est pleine de grâces et de science.
N. 2. Dans le premier nombre, on voit ici celte sollicitude maternelle avec laquelle sainte Thérèse s'occupait à procurer une maison durable à ses filles de Malagon. A celte fin, elle se rend à Tolède : elle ne s'épargne aucune fatigue pour adoucir le sort de ses filles chéries qui doivent lui en être tendrement reconnaissantes.
N. 3. Dans le deuxième nombre , elle donne une relation charmante <le son voyage. Llle parle des lions traitements de Son ftère, Laurent de Cé| ède, qui l'accompagna jusqu'à Tolède, avec sa nièce Thérèse. Ceci donna lieu, selon le eélèlne historien de sa vie, Yepes, au bruit qui se répandit qu'elle tratnait à sa suite des courtisans ci des femmes suspectes, et elle fui ainsi calomniée par un monde qui est d'autant plus fou qu'il devient vieux. Qunnto mas viejo, es mas loco.
.N. 4. Le séjour que sainte Thérèse fil à Tolède a induit en erreur les historiens de sa vie, sans en excepter Yepes : ils ont cru qu'elle y fut incarcérée par ordre du général. Nous voyons le cmiliaire par celle lettre et par plusieurs autres. Selon ma n anière de penser , la Sainle soi lit de Séville dans le dessein de se retirer à Avila; mais les besoins du couvent de Malagon, et d'autres raisons, obligèrent le P. Gracian à la retenir à Tolède. Mais elle n'y demeura nue trois ans, et il n'y eut aucun ordre du nonce de L'enfermer dans le couvent de Tolède
N. 5. Au fort de la i ersécution qu'eut à essuyer la sainle réforme qu'elle poursuivait, elle d il se renfermer dans le couvent d'Avila; mais elle y était avant que le nonce, Mgr. Séga, lui en eût intimé l'ordre.
N. 6. L;i Saii te conclut celle lettre par un avis d'une haute importance sur la réserve avec laquelle les religieux doivent converser avec les religieuses : le glorieux saint Franc* i~ avait le» mêmes craintes que noue sainte réformatrice. Il a\;iit l'habitude de dire ces paroles remarquables : Timeo quod Deus abututil a nobis uxores, et diabulus ilid'u nobit sorores. .
Au même. (Deuxième.) Iésus. — 1. Que l'Esprit-Saint soit votre guide, mon Révérend Père : qu'il vous communique sa lumière , et que la Vierge accom-
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pasne vos pas ! Je crois devoir vous dire qu'il faut se servir de ceux qui sont moins coupables parmi eux, pour faire exécuter vos ordres. Ce bon N. eût été propre à cela . s'il n'eût été aussi égaré. Je me sens aujourd'hui plus de courage que eelte autre fois. Vous devez savoir que j'ai auprès de moi mon excellent ami Saltzar : à peine je lui ai fait savoir que j'avais besoin de causer avec lui , qu'il a entrepris un long voyage ; c'est un véritable ami. J'ai en beaucoup de joie à le voir; il dit que Y ange est bien content d'avoir sa nièce parmi nos papillons (religieuses) , qu'il les estime beaucoup. H lui a parlé aussi fort avantageusement des aiales ; il ne tarit pas sur leur éloge.
2. La mère prieure et les sœurs vous font leurs compliments ; elles vous recommandent beaucoup dans leurs prières. Ma chère Isabelle se porle bien. Voici une lettre de la signora Juana : j'espère bien me consoler avec elle , quoique nous n'avons pas dans cette maison tout ce qu'il faudrait pour la recevoir.... Mais comment a-t-elle parlé à ce bon Roques de mes lettres ?... Elle a vu que c'était le nom que je voulais savoir. Pardonnez-moi la longueur de celle-ci : je nie suis ooWiée , et que le Seigneur soit avec vous. C'était hier la fête de Notre-Daine. Alonzo arrive aujourd'hui.
Votre indigne fille, Thérèse de Jéscs.
Notes.
N. t. L'original de celle lettre se conserve chez les religieux du couvent de Manzanarès. Elle a été écrite de To'èile, quoique la daie n'en soit pas certaine; il paraît pp'liahle quVIle est de l'an 1176, an mois de septembre.
N. 2. Elle parle du voyase rpie faisait le P. Gr:>eian pour s'acquitter de sa charge de commissaire apostolique. F.lle cite le P. Salazar, comme un ami vrai et sincère: ce qui fait croire qu'il en était qui ie méritaient pas cette qualification. Les vrais amis sont en effet peu nombreux. Nous trouvons dans l'histoire profane. Pamon et Pyiliias, Oreste et Pylades; et dans l'histoire sainte, nous voyons l'exemple plus noble de David et de Jonalhas?
N. 5. L'a/me, dont il est question dans cette lettre, est Mir. Qniroga, si heureux d'avoir sa nièce, dona Hiernnvma de l'Incarnation , parmi l.*s carmélites que la Sainte désigne ici, comme en d'autres lieux, sous le nom de Papillons.
Au même. (Troisième.)
JÉsos.— 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit toujours avec vous, mon Révérend Père , et vous conserve longtemps. Amen. Je vous avoue que, si Dieu ne me faisait comprendre que le bien que nous faison= , et le peu que nous pouvons , vient de sa main puissante, il y aut de quoi s'enorgueillir de vos succès. Que son nom en soit béni et loué toujours. Amen. On est étourdi de tout ce qui se passe : et ce que j'admire le plus, c'est de vous voir agir avec tant de calme et de paix , changeant les ennemis mêmes en amis, et en faisant les auteurs, ou pour mieux dire, les exécuteurs de vos projets.
2. J'ai fort approuvé l'élection du P. Evangéliste : de grâce charicz-vous de lui faire mes compliments , comme aussi au P. Paul ; qoa
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Dieu lui ronde la joie que nous a causée la lecture de ses poésies, et la. lettre de Thérèse. J'apprends avec plaisir que ce qu'on a dit des cigales est faux. J'espère que l'arrivée des papillons produira quelque bien , et qu'elles suffiront pour celte maison ; elles ont beaucoup d'envieuses : nous le sommes toutes, quand il s'agit de souffrir. Que Dieu nous assiste dans celle œuvre.
3. Les peines ne manqueront pas, si l'esprit est mauvais. Je vois maintenant la grande misère des personnes spirituelles de ce pays-là. Dieu soit loué de ce que vous vous êtes trouvé là pour ces troubles ; après tout , elles sont heureuses , puisqu'il y a déjà quelque bien . et c'en est un considérable en ce que vous me dites du visiteur de l'archevêque. 11 faut que celle maison fasse de grands progrès , puisqu'elle nous coûte si cher. Ce n'est rien , ce me semble , ce que souffre Paul aujourd'hui auprès de ce qu'il éprouva de frayeur à la visite des anges.
'*. J'aime beaucoup ses courses pour demander l'aumône , et il ne dit pas quel était son compagnon. Il me parle d'une lettre de Péralla , qui devait se trouver dans ses papiers, et qui n'y est pas. L'écrit qui me venait par le P. Mariana ne m'a pas été remis , et celui-ci ne m'a pas écrit depuis plusieurs jours. Il m'a envoyé une de vos lettres , et peut-être la sienne est-elle restée avec l'autre, et le papier de Garcia Alvarez. Il m'a fait passer une ou deux letlres pour Ségovie : j'ai pen^é qu'elles étaient de Votre Révérence , quoique l'adresse ne fût pas de votre main : depuis j'ai reconnu mon erreur.
5. Le jour de la Présentation , je reçus deux de vos letlres : depuis, une fort courte , qui arrivait avec une missive pour doua Louisa de la Cerda , qui est enchantée de l'avoir reçue; là se trouvait la permission pour Casilda : je l'avais déjà expédiée.
G. Ohl aue de bon cœur Angile eût donné à manger à Paul , lorsqu'il éprouvait la faim dont il parle ! Je ne sais pourquoi il s'impose encore plus de fatigues que celle que Dieu lui ménage dans sa quête ; il paraît avoir sept esprits : après avoir usé une vie , il doit en avoir une autre. Que Votre Révérence le gourmande par charité, et le remercie de ma part de la grâce qu'il me fait par le soin qu'il a de m'écrire : que ce soit pour l'amour de Dieu.
Thérèse de Jésus.
Voilà ce qui se passe dans le moment, quoique je pense que .a sœur Espéranza a eu soin de vous l'apprendre.
Notes.;
N. 1. Celte lettre se conserve, en original dans noire maison de Tolède : elle lut écrite vers la lin de l'année 147G.
N. 2. Dans le premier nombre, la Sainte parle avec éloge de la ci nduiie du P. Gracian dans l'exercice de sa commission, et celle qui n'avait eu jh. ur sis propres œuvres la moindre pensée de vaine «luire, paraissait vouloir s'en (.'étendre pour celles d'aulrni , quoiqu'il d'il vrai de dire que la gloire du fils n'était pus étrangère à la mère. A ce propos nous citons une parole do la Sainte, qui nous n éié irui--
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mise par la inère Isabelle de Jésus. Un prêtre lui disant un jour qu'elle avait à se tenir en garde contre la vaine gloire , sainte Thérèse lui répondit qu'elle ne se rappelait pas d'en avoir eu ; mais aussi que c'était une grande misère de n'avoir aucun motif d'en avoir quelque tentation. Parole aussi sainte qu'elle est pleine de sel et de finesse.
N. 5. Elle fait un grand éloge du P. Crarian , en disant que dans sa visite il changeait ses ennemis en autant d'amis; c'est un point important dans l'art du gouvernement qui, pour l'ordinaire, nous gagne peu d'amis et nous fait beaucoup d'ennemis.
N. 4. Dans le troisième nombre , elle donne des avis qui sont d'un grand prix pour les confesseurs cl pour les pénitents : du moins il semble qu'elle y fi>se allusion à celle ni ilière. Elle disait dan-; une autre lettre : Que les sœurs fas>ent la confession de leurs péchés à ici seul confesseur, et qu'elles se confessent toutes dansune demiheure. Excellentes conlVssioiis, que celles nù l'on ne déclare que ses propres Taules! Je suis porié à croire que la longueur des confessions provient ordinairement du défaut de capacité. On ne don sonmeilre aux clefs que ce qui est manère d'absnluliou : tout le resie est étranger à ce saint tribunal , engendre l'ennui, et devient un manque de respect au sacrement. La multitude des paroles est un signe de peu de contrition : celui qui est pénétré d'une douleur sincère ne se souvient de personne; il est un juge sévère de lui-même. Sachant que le sacrement est é.ahh pour purifier l'âme , il laisse les histoires inutiles et les consultations pour un autre lieu.
N. 5. Sainte Thérèse donne dans celte lettre le surnom d' anges aux membres de l'Inquisition : elle rappelle la frayeur qu'éprouva le P. Graciait, lorsqu'il vil les inquisiteurs dans le couvent de Tolède, qui fut dénoncé au saint ofiice.
Au même. Quatrième.)
1. Jésus soit avec vous, mon révérend père. Je dois vous parler d'une affaire , à présent que j'ai une occasion de vous le mander. Vous savez comment Angèle a pris pour confesseur le prieur de la Sisla. Eu bien des circonstances, elle ne peut se passer de conseils ; elle n'y aurait d'ailleurs ni succès , ni repos. Ce directeur la voyait souvent, avant ce choix ; mais depuis , presque jamais. C'est en vain que la prieure et moi cherchions à deviner les raisons de celle conduite. L'ingrate Angèle s'enlrelcnant un jour avec Joseph , il lui dit qu'il retenait son directeur , parce que le docteur Velasquez était celui qui lui convenait le plus (c'est un chanoine d'une grande science cl des plus savants d'ici); qu'elle trouverait quelque soulagement sous sa direction ; qu'il inspirerait à ce docteur de s'en charger ; car il en avait quelque doute, à raison de ses grandes occupations : el Joseph
étant une personne grave comme vous le savez elle ne voyait
guère le parti qu'elle avait à prendre , à cause qu'elle devait beaucoup, dur. côté, à son autre directeur, et que, de l'autre, elle craignait de déplaire à Joseph.
2. Elle fut dans cet étal pendant quelques jours, et c'était pour elle grande peine de ne pouvoir vous consulter : elle craignait d'ailleurs de vous ennuyer et d'en parler à tout le monde. Sur ces entrefaites , le Père Salazar vint ici , et Angèle se décida à suivre son avis , quoi qu'elle fût contrariée d'un changement el qu'elle dût se plaindre de ce que Joseph ne l'en eût pas avertie plus tôt. Elle découvre tout au père Salazar, le même qui. dans un dernier voyage, l'avait adressée au
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prieur delà Sisla. Ce père est un de ceux avec qui l'on peut conférer de tout, comme vous le savez, puisqu'il sait tout ce qui se passe. lia conseillé de suivre l'avis de Joseph ; c'est ce qui a été fait , et tout s'accomplit comme Joseph l'avait prédit. D'un côté, le prieur est revenu : la révérende mère lui demandant pourquoi il en avait agi de la sorte , il a répondu qu'il ne savait comment expliquer ce mystère ; bien qu'il n'y eût au monde chose qu'il désirât plus ardemment et qu'il prévît qu'il aurait à se repentir de sa conduite, il n'avait pas élé maître de lui-même dans cette circonstance : qu'il en était lui-même étonné , mais qu'il n'en pouvait pas davantage.
3. Quant à l'autre, à peine lui a-t-on proposé la chose, qu'il a dit qu'il viendrait chaque semaine, ses occupations fussent-elles encore plus nombreuses, aussi content que si on lui donnait l'archevêché de Tolède; et comme il est fort ingénu, je ne crois pas qu'il y attachât grande importance. Frère Hernando de Médine vous dira ce qu'il est. Ne manquez pas de vous en informer. Afin que Votre Révérence puisse voir comment il a pris la chose, je vous envoie le billet que je lui adressais pour l'appeler à l'occasion de quelques embarras de conscience : il serait trop long de vous en parler : il n'était pas question d'oraison.
h. Ainsi, mon père, Angèle est contente de s'être confessée à ce docteur; ce qui fait sa joie principale, c'est que, depuis qu'elle a goûté de la direction de Paul, elle ne trouve ni calme, ni satisfaction avec aucun autre. Maintenant elle goûte de la joie et du repos, quoiqu'il ne soit pas aussi parfait que celui dont elle jouissait sous la direction de Paul : elle se sent portée à lui obéir en tout , ce qui fait pour elle une indicible consolation , à cause de sa propension pour celte vertu , et parce que, privée des lumières de Paul, elle n'aurait ni calme, ni succès en tout ce qu'elle ferait, et qu'elle pourrait s'assujettir à un autre directeur, quand elle en aurait le désir. Croyez-bien , mon père, que celui qui a fait l'un a fait l'autre, et qu'Angèle est étonnée de tout ceci, comme aussi de l'empêchement qu'a éprouvé le prieur.
5. Je vous prie, mon révérend père , de vous réjouir de ce enangement, si vous désirez procurer quelque soulagement à Angèle; car, bien qu'elle n'ait pas le même contentement qu'avec Paul, son âme n'est pas néanmoins sans quelque consolation.
Le docteur n'ignorait pas l'amitié de Joseph pour elle : ii en avait entendu parler assez, et il ne s'en étonne pas : étant plein d'érudition , il trouve dans la sainle Ecriture le fondement de tout cela : ce n'est pas une petite consolation pour la pauvre Angèle à qui Dieu en fait éprouver de toutes les manières , d'être éloignée de tout ce qu'elle affectionne : qu'il en soit à jamais béni.
6. 11 nous reste à nous arranger avec l'autre, Ue sorte qu'il comprenne qu'en son absence, l'on se confessera avec ce dernier, et que Votre Révérence m'ordonne d'en agir de celte manière , afin d'avoir le
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mérite de l'obéissance. Je dois vous dire que la bonne volonté de cette pauvre personne est si grande, et son désir de faire quelque chose pour Dieu si ardent que, puisqu'elle ne peut rien dans les grandes choses , elle doit chercher à lui plaire d'avantage dans celles qui sont en son pouvoir.
Votre indigne servante et fille, Thérèse de Jéscs.
NOTES
N. 1. Celle lellre est une des plus précieuses île cet admirable recueil. Elle renferme un Irait singulier île la vie de sainte Thérèse dans ses rapports avec le seigneur Yepes . son confesseur , et le docteur Velasquez , qui devait la diriger. Elle fut écrite de Tolède l'an 7".
N. 2. Pour la parfaite intelligence de celte pièce, il convient de rapporter ici un passage de l'Année Thérésienne , du savant P. Antoine i!e Saint-Joacbim. Voici ce qu'il dit : « L'on sait positivement ipie , du vivant de la Sainle. ce trait de sa i vie fut un mystère pour le seigneur Yepes, et qu'il en fut informé dans la suite i par le R. P. Diego Yanguas : ce qui résulte de la déclaration île doua Marie i Heuriquez et Colona, duchesse d'Albe. dans les informations qui eurent lieu i pour la béatification île la servante du Seigneur. Cette illustre dame déclare que i le P. Tanguas et >Lr. Yepes étant venus vérifier l'incorruplion du corps, ce « dernier se mit à pleurer ei à regretter vivement de ce qu'un jour ayant été « mandé par la Sainle , il ne s'était rendu à Sun appel ; que trois fois qu'il s'é:ait « mis en marche, il avait trouvé un obstacle. Le P. Yanguas lui dit alors qu'il le « tirerait de cette peine. Sur ses instances et celles de la duchesse, il dit qu'il te- « naii de la Sainle elle-même que, se plaignant en celle circonstance à Nolre-Seii prieur, il lui apparut , et que , pleine de joie et de consolations, elle lui dit: « Pourquoi, à bon pasteur, me tenez-vous dans la peine, en me privant des secours de i voire ministre? Pour quel motif celui que J'ai appelé ne vient-il pas, tandis qu'il déi pendait de vous de me renvoyer? Nôtre-Seigneur lui répondit : Ma fille, c'est moi i qui le retiens, parce que je veux que tu te confesses au docteur Velasquez. La duchesse « en coti' luail que c'était pour sanelili ;r le docteur. »
N. 5. D'après celle citation, le sens de celle lettre devient clair. II suffira de faire remarquer les noms supposés. Joseph, c'est Nutre-Seigncur : elle se désigne elle-même sou^ le nom li'Angèle, et sous c- lui de Paul, le P. Gracian.
N. 4. Mgr. Yepes nous dit de la Sainte, qu'elle éiail si humble et si reconnaissaule, que jamais elle ne quittait un directe ir qu'elle avait une fois choisi. Or, se voyant ici oldigée de quitter le sien par ordre de Joseph , elle s'accusait d'ingratitude : I gela.
N. 5. Dans le noml.re 3, elle parle du contentement du docteur Velasquez, plus heureux que s'il était nommé à l'archevêché de Tolède. Ce n'était pas sans nmlif, ie choix venait du ciel : quel plus grand bonheur que d'èirc choisi par Nolre-Scigneur lui-même pour être confesseur de sainle Thérèse. Le docleur Velasquez sut dans Ii suite renoncer à des archevêchés; mais jamais il ne renonça à l'insigne bonheur de diriger la Sainte. Il en fit sa directrice et le guide de son oraison : il la vénérait comme un oracle du ciel et un trésor de sainteté : entre autres éloge-. il disait de la Sainle que c'était une des femmes les plus parfaites qui eussent paru sur 1 1 .crie. Le ciel avait choisi celte femme pour faire un saint du docteur, comme au-si pour sanctifier plusieurs de ses directeurs.
N. G. Le docteur Velasquez fut un modèle des confesseurs : il réglait en quelque sorte jusqu'aux moindres pas de la Sainle. Celle-ci fut de son côté un modèle d'obéissance ei de docilité pour les avis de son directeur. Elle renonçait aux choses les plus grandes, pour exécuter les moindres, lorsqu'elles lui étaient suggérées par sou confesseur, en disant, qu'il lui était impossible de ne pas se porter à ce qui lui avait été ordonné.
N. 7. Dans le sixième nombre , nous devons remarquer la demande qu'elle fait au P. Gracian, comme à son supérieur, afin d'auginenier, par l'obéissance, le mérite des œuvres qu'elle veut faire, dans son désir d'opérer quelque chose pour Dieu. Par là. elle nous apprend d'abord le prix et le mérite de cette vertu; secondement, combien est agréable à Dieu une œuvre dirigée par l'obéissance, et enfin comment celle vertu agrandit une action aux yeux de la divine majesté, quelque
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petite que soit l'action pu elle-même. A ce sujet, le vénérable Avila ilisnit : Je préfère m'occupa à lerer des pailles de terre par obéissance , que de faire, de grandes œuvres par ma propre volonté.
N. 8. Elle finît humblement par délirer de contenter Notre-Seigneur en ce qu'elle peut, puisqu'elle ne peut pas faire ce qu'elle voudrait. Maxime propre du grand docteur saint Augustin : .Si vous ne pomez ce aue vous voulez, tâchez de vouloir ce qui tous pouvez.
Au même. (Cinquième.)
Jésus. — 1. La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, mon révérend père! Oh I que de bénédictions je vous renvoie pour la lettre que vous m'avez fait passer par le P. Marianal Je l'ai reçue aujourd'hui même, le 9 janvier. J'avais reçu la veille des Rois celle qui venait par le message deCaravaque: il y a de deux en deux jours un messager fidèle, ce dont je me réjouis beaucoup. Votre lellre me causait une affliction profonde, quelques précaulions que vous eussiez prises, pour me parler de votre maladie. Réni soit le Seigneur qui m'accorde une si grande faveur, en vous rendant la santé : j'ai, sur-le-champ, fait écrire à toutes les maisons, pour vous recommander à Dieu ; j'aurai à écrire de nouveau pour leur annoncer la bonne nouvelle ; je ne vois pas d'autre moyen pour faire cesser l'inquiétude. L'arrivée si prompte de votre seconde lettre a élé pour moi un grand bien : vous m'obligez chaque jour davantage par le soin que vous avez de me rendre contente ; j'espère que le Seigneur vous en récompensera.
2. Je dois vous dire combien je suis dans une grande joie de vous voir travailler à une méthode pour se bien confesser: cela me paraît au-dessus de la nature. Après tout, nous n'avons pas besoin de miracles, et il ne faut pas oublier que vous n'êtes pas de fer, et que nous avons beaucoup de sujets rendus de fatigue dans l'ordre, pour s'être livrés à un travail excessif.
3. Quant à ce que vous me dites de la perte de certaines personnes qui viennent pour servir Dieu, il y a longtemps que je déplore ce malbeur. Ce qui doit opérer le plus grand bien , c'est d'avoir de bons confesseurs. Si vous ne trouvez quelque moyen d'en pourvoir les maisons où l'on envoie nos sœurs , je crains qu'il ne s'y fasse pas grand bien : être vexées au dehors, et n'avoir aucun soutien au dedans, l'épreuve est trop forte. Ainsi je l'ai expérimenté moi-même au couvent de l'Incarnation jusqu'à l'arrivée des pères de la réforme. Puisque vous voulez travailler uniquement pour le bien des âmes , procurez-leur celu' de leur donner un soutien dans ces épreuves, et envoyez dans tous les monastères des frères la défense d'aller les inquiéter dans leurs maisons. Millau se Irouve à Antequcra, peut-être y sera-l-il bien : du moins les lettres qu'il vous écrit me causent une grande joie. Plaise à Dieu qu'il fisse tout marcher vers le bien 1 Amen.
k. Oh 1 combien je suis contente de la lettre parfaite que vous écrivez
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à Esperanza : c'est en effet aiivsi qu'il faut écrire des lettres qui doivent être vues! Combien vous avez raison de dire (en ce qui concerne le bien de la réforme) qu'il ne faut pas conquérir les âmes, comme les oorps, par la force des armes ! Que Dieu vous conserve pour notre bien! Je voudrais être parfaite pour vous recommander à Dieu, j'entends pour tirer quelque fruit de mes désirs et de mon courage : jamais je ne trouve mon cœur si faible qu'en ce qui concerne Paul. Oh' combien Angèle est beureuse de tout ce que vous voulez bien lui dire dans une autre de vos lettres ! elle me charge de vous offrir ses respects,et de vous dire de n'être plus dans la peine.
Votre indigne et obéissante fille, Thérèse de Jésus.
NOTES
N. 1. L'original de celte lettre se vénère en Catalogne , au couvent de Mataro. Elle fut écrite de Tolède le 9 janvier 1577. Le ['. Gracian était en Andalousie.
N. .. Dans le nombre -2, la Sainte se montre très-soucieuse à cause des fatigues exi essives du P. Gracian, qui alors était l'apôtre de la réforme. Il devait être occupé en ce moment à la composition de quelque ouvrage de spiritualité. La Sainte cherche à modérer son ardeur, en lui disant qu'il ne faut pas des miracles.
I>. 5. D'api es le nombre 5, il parait que le P. Gracian aurait mandé à la Sainte, qu'elle trouverait du mai dans quelque maison de la réforme: ce qui faisait gémir sainte Thérèse qui voulait voir ses idles parfaites. Elle propose comme un remède efficace de leur donner de bons confesseurs , citant l'exemple du couvent de l'Incarnation, qui faisait peu de progrès dois le bien, malgré le= exemples de la Sainte jusqu'à l'arrivée des pères de la réforme.
N. i. A la lumière de celte céleste doctrine, on voit l'importance d'un bon confesseur pour les âmes qui tendent à l.i perfe lion. La Sainte en lit elle-même l'expérience, ci comme elle avait beaucoup souffert Je ce côté , elle ne cesse dans ses écriis de prôner le pris el la valeur des bons directeurs. Un entre mille, disait le vénérable Avila. Saint François de Sales à peine eu (roman un entre dix nulle. Le là le docte Coneinna conclut l'obligation pour une âme chiélienne de choisir un confesseur instruit el le plus capable; celui du moins qu'elle juge tel après un examen sévère el impartial , comme l'on choisit le meilleur médecin ou avocat, pour des affaires d'une moindre importance. Il est à craindre qu'on ne soit mu dans ce i noix plutôt par un attrait aveugle que par le désir de son avancement spirituel. Mais bientôt on se irouve cruellement trompé : ce qui convient le plus à notre geùi est souvent ce qui nuit le plus à notre santé.
Au même (Sixième.)
i. Que l'Espril-Sainl soit toujours avec vous, mon révérend pèrel J'ai reçu deux de vos lettres il y a peu de jours, l'une du mardi-gras, el l'autre qui renfermait celle du pasteur pour nos chères sœurs. Plaise au ciel que .nous puissions vous revoir aussi bien que vous le diles ; mais je crois que ce que vous nous donnez est fort au-dessus de ce que nous vous donnerons.
2. Le petit traité me paraît fort bon. <e ne sais pourquoi Paul nous dit qu'il n'entend pas la matière de l'union : celte nuit claire et cet éclat (ont entendre le contraire : seulement ce qui se passe au delà de cet état (ce qui n'est pas ordinaire) ne se comprend plus. Je porte bien e.uvie aux âmes que vous faites tant avancer dans la perfection, et ja
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me fais pilic à moi-même en voyant que je ne fais ici que manger et dormir, el converser avec nos pères , car l'occasion ne nous en manque pas j comme vous le verrez par cet écrit où, pour m'en épargner la peine, je charge la sœur Catherine de .vous dire ce qui se passe : il se l'ait tard, et nous avons ce soir sermon du P. Daza, grand homme de bien : les dominicains ont beaucoup de charité pour nous ; ils nous prêchent deux fois la semaine, et ceux de la compagnie une fois : je me souviens toujours de ceux de Votre Révérence.
3. Je ne sais pourquoi vous allez ainsi de paroisse en paroisse: je me suis fâchée à bon escient de ce qu'on a allégué là-dessus. Que Dieu vous conserve, mon père : les temps deviennent, si mauvais , qu'il faut avoir beaucoup de courage pour courir ainsi , parce qu'il y a des âmes en tout lieu. Quant à cet autre, fasse le ciel que ce qui paraît un zèle ardent ne soit pas quelque tentation qui nous coûte cher 1 le P. Caslagno suffirait en cet endroit : d'ailleurs je crois qu'il y a des dominicains et des franciscains. Toutefois je suis convaincue que ce bon père ne prêche pas mal ; faites-lui mes compliments... faites-moi savoir si on l'écoute : mais non , voyez quelle curiositél... détruisez celte lettre, et ne me parlez de rien pour mes péchés : et vos repas à l'hôpital, et vos noirs pâles de morue nous ont fait -vivre ; mais ce que l'on m'a dit de vous me fait désirer que vous preniez plus de précautions.
k. Carrillo a raison de dire que j'ai peu de courage, qu'il a répondu à la première lettre que je lui ai écrite, où je lui disais qu'il était un méchant, et autres choses. Il en a ri , dit-il , mais cela ne l'a changé ni plus ni moins. Il dit que je suis une souris qui craint les chats, et que, la main sur le saint-sacrement, je lui avais promis la chose : que rien au monde ne l'y fera renoncer. Quant à moi, je suis étonnée de cela ; ses frères assurent que ceux qui oseraient lui donner le nouvel habit seront frappés d'excommunication. Il prétend qu'il a déjà la permission du père provincial, que vous lui avez écrit une lettre , el que, bien que vous trembliez comme un homme , vous écrivez comme un ange, et il a raison. Les siens demandent une chose bien dure, en exigeant qu'on ne le reçoive pas : c'est sans doute parce qu'ils sont persuadés qu'on ne le peut pas. Je pense qu'ils vous auront écrit, afin d'en donner avis à nos maisons. Ils m'ont tellement pressée que je leur ai dit que j'en avais écrit à Votre Révérence.
5. Certes, si la chose doit el peut être , comme il le dit , il vaudrait mieux qu'elle fût faite avant qu'il y eût eu par là tant de bruit pour nous en parler, el je ne sais comment fera Votre Kévérence; car si la chose est possible, il me parait que ce serait un cas de conscience de ne pas l'admettre. Je crois que , de la manière dont il nous parle , personne n'y mettra obstacle : ainsi il vaut mieux suspendre, si la chose n'est pas déjà .faite. Que Dieu conduise cc4te affaire : il me semble que plus on s'en occupera et plus le Seigneur en sera glorifié, et que le démon s'efforce de la faire manquer. Ils ont à craindre qu'il ne soit pas
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seul; et ils sont si nombreux, qu'ils ne négligeront rien, quand même ils seraient tels que vous me les dites.
6. Quant aux scrupules de Paul , s'il peut ou non user des pouvoirs de sa commission, il me semble qu'au moment de ces scrupules ou à celui d'écrire sa lettre, il était en proie à la mélancolie , parce que la chose me paraît claire dans l'exposition même des motifs : aussi je n'ai pas voulu consulter de nouveau , cl d'ailleurs , selon le docteur Ardapilla, Gilbert a déjà fait passer la consultation de l'angc-majeur : les doutes dureront peu ; chaque jour on attend la réponse.
7. J'ai éprouvé les frayeurs d'Eiie sur votre absence : il y a tout à craindre pour qui va dans des sentiers aussi scabreux. Daigne le ciel en retirer Paul : l'aveuglement est si grand , que je ne pourrais m'étonner de rien de ce qui pourrait arriver : je m'étonnerais bien plus de qui ne craindrait rien et irait d'un bout à l'autre sans fâcheuse rencontre.
8. Pour revenir à ce que je disai-, j'avais déjà écrit à Paul que, m'entretenant un jour avec un savant dominicain de ce qui était arrivé à Malhusalem, il me dit. je crois , qu'il n'y avait aucune contrainte, qu'il n'avait qu'à faire connaître pour quoi il en agissait ainsi : il n'y a donc plus maintenant aucun motif d'en parler.
9. Je voulais vous envoyer la lettre de la prieure de Valladolid, on elle me parle du bruit qui a eu lieu au sujet de l'affaire de Carrillo : enCn il parait qu'on est très-content de moi et des sœurs : toutes les menaces, ce me semble, n'aboutiront à rien. Ce qui me préoccupe et me fait craindre , et sur quoi vous devez être fixé , c'est que la chose puisse se faire sans offenser Dieu et sans excommunication : s'ils sont fondés en ce qu'ils disent, vous ne pouvez avancer en aucune manière : le comte de Tendilla , allant à Rome, et même quand il n'irait pas, envoyant sa relation , je suis convaincue que l'autorisation lui sera accordée.
10. Je me réjouis fort de la bonne occasion du départ du comte pour Rome, parce que nos frères pourront y aller avec lui. Que le Seigneur conduise cette affaire et conserve Votre Révérence : je ne sais si je réponds à tout; je n'en ai pas !e loitir : mais combien peu j'ai été courte, pour n'en avoir pas! Toutes les sœurs ici vous font leurs compliments, et sont charmées des charges que vous leur avez données. Je n'ai pas vu dona Yomar qui vient rarement ici ; elle est très-mal.
C'est aujourd'hui le second jour de mars.
Votre indigne servante et véritable 011e, et combien véritable !... combien peu je me retrouve avec les autres pères !
Thérèse de Jésus.
11 . Je suis bien peinée de ce que le P. Marian est si faible : alimentez-le bien; qu'il ne soit pas question d'aller à Rome; sa santé avant
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lout. Oh I que votre sœur tirde d'arriver! combien je l'attends avec impatience! on m'écrit qu'Izabelila est fort bien.
NOTES
N. 1. L'original de cène lettre se Ironve cliez les religieuses de Séville. Elle fut écriie il'Avila le 1 mars \h~S. Le P. Graciait se trouvait à Alcala.
N. 2. Le iraiié . dont il s'agit dans le nombre I, devait eue une espèce de lettre pastoral-, adressée par ce peu- à toiles les religieuses île la réforme.
N. ?. Dans le seo ni nombre . la Sainte parle d'un autre opuscule sur des ma- Itères de spiritualité. On admire ici l'humilité du vévérabfe t\ Gracian. Ceux qui veulent approfondir ce point de mysticité, peuvent consulter sainte Thérèse, cltap. 17 de sa Vie, et saint Jean de la Croix, Flamme du dhin amour, Cantique 5, page ô.
N. i. Dans le troisième nombre, la Sainte parle d'un autre prédicateur, dont la prudence n'égalait pas le zèle.
N. 5. Dans le quatrième nombre, sons le nom suppo;é de Carrillo. il est question dti II. P. Salazar, jé'Uiie, qui manifestait le désir d'embrasser la réfurtuc du Garnie!. La Sainte avait déjà écrit deux lettres à ce sujet : on peut les voir dans le premier tome de ce reçue. 1. Ce père éprouvait une grande opposition de la part de ses supérieurs. La Sainie parait ici assez disposée à l'admettre : du moins elle n'est pas d'avis que l'un écrive aux maisons de l'ordre, pour leur intimer la défense de le recevoir.
N. C. Dans le cinquième nombre, el'e combat les scrupules du P. Crac ian, qui
ne voulait plu* user des pouvoirs de sa commission La Sainte les réfute avec
clarté et précision Vange-majeur e>l le cardinal Quiroga, archevêque de Tolède.
Ce prélat, au nom du roi, avait consulté Rome, sur les démarches et les meures du nonce apostolique, Mgr. Séga.
N. 7. Dans le -huitième nombre, Maihusalem, c'est le nonce. Ceci a rapport à la commission du P. Graciait.
N. 8. Dans le neuvèuie nombre, c'est toujours l'affaire du P. Salazar : sainie Thérèse voulait profiter du dépari du comte de Teudilla pour lui obtenir une permission du pape, OU du général de l'ordre. Quelques pères devaient être de ce voyage, et solliciter la formation de la réforme en province :-éparce. Dnna Tomar est cette dame qui rapporta de Uouie la premièie bulle , pour la fondation du monastère primitif d'Alcala.
Au même. (Septième.)
1. Jésîjs soil avec Votre Révérence. Pour qui avait grande envie de vous écrire au long, celle lettre quej'ai reçue de vous, pleine de trislesse et de mélancolie, demandant une prompte réponse , je suis heureuse d'en avoir d'autres à vous envoyer, car ma léle n'en peut plus. Faites écrire l'adresse de celle qui est pour le nonce , par celle de ces dames qui imite le mieux mon écriture; je ne la mets pas moi-même de peur de me tromper.
•2. Quant au premier point, mon cher Paul est bien simple avec tous ses scrupules : dites-le lui vous-même : mais je n'ai que faire de vous rien dire. Tous les hommes instruits assurent que vous êtes en sùrelé de conscience, jusqu'à ce que le bref vous soit notifié : cl que de vous livrer entre les mains du nonce, avanl que le président du conseil de Caslillc l'ail ramené, sérail une folie : si c'était possible , vous devriez , la première fois, le voir en sa présence.
3. N'allez pas, de grâce, vous forger de sinistres pressentiments : Dieu tournera loul à bien. Je comprends maintenant ce que me disait Joseph
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(Notre-Seigneur Jésus-Christ) , que l'absence du docteur Arda pilla ne convenait pas mal au succès de nos affaires : je n'ai aucun doute sur les desseins de Dieu, puisque votre œuvre est si mal appréciée. Que me parlez-vous des ermites hypocrites qu'on a châtiés ? Dieu découvre le bien, comme il veut que le mal se découvre. Vous n'êtes pas tenu d'entendre la messe : j'ai consulté sur ce point , et d'ailleurs vous le savez vous-même. Tâchez de vous tenir aussi caché que vous le pourrez ; c'est l'objet de mes soucis. ;Si, avec une bonne conduite, vous avez tant de contrariétés, qu'auriez-vous fait dans la persécution qu'a essuyée le P. Jean de la Croix?
4. L'argent sera compté à Alonzo Ruiz : s'il n'est pas parti , dites-lui que j'ai déjà entre mes mains cent fanègues : que bientôt il nous faudra de l'argent pour Malagon : c'est là qu'il trouvera la portion qui lui revient. Ma tête n'en peut plus : adieu, mon bon père ; honorez une dame aussi bonne , aussi compatissante que la Vierge qui prie pour vous; ne vous inquiétez de rien, quoiqu'il y en ait mille occasions. Mes compliments à dona Juana (la mère du P. Gracian).
Thérèse de Jésus.
P. S. Qu'on fasse dire au président que nous demandons instamment à Dieu le rétablissement de sa santé.
NOTES
N. 1. Cette lettre se conserve en Catalogne, chez les pères de Cileaux du monastère de Poblet. Elle fut écrite vers la lin du mois d'août 1578.
N. 2. Le président, dont il est parlé au second nombre, éiait Mgr. Pazos, évoque de Pâli. La Sainte désire que cet évèque accompagne le P. Gracian dans sa première visite au nonce, Mgr. Séga, qui, par un bref, \enait de révoquer les pouvoirs de Gracian, comme visiteur.
N. 3. Dans le troisième nombre, le docteur Ardapilla avait dû s'éloigner de la cour. Le zèle qui l'animait pour le succès de la réforme était outré : Noire-Seigneur fit entendre à sainte Thérèse qu'il valait mieux qu'd lût éloigné de la cour. On avait dans le même temps découvert des ermites faux et hypocrites, qu'on fut obligé de punir sévèrement. Le P. Gracian redoutait le même sort pour les pères de sa réforme; c'est contre celle crainte que f intrépide fondatrice le prémunit ici.
N. i. On voit par la lin de celle admirable épitre jusqu'où s'étendait la sollicitude de celte tendre mère. Elle embrassait tous les soins et toutes les affaiies de la réforme.
Au même. (Huitième.;
1. Jésus soit avec vous, mon père. Ce serait chose fort importante que d'envoyer à Rome le père N. et N; sinon les deux, au moins un ; mais il vaudrait mieux qu'ils partissent ensemble. Ils sont tous les deux fort considérés dans leur ordre ; cela leur serait fort avantageux pour négocier. En tout cas, écrivez-moi promptement, et de grâce, ne nous berçons pas toujours d'espérances. On est étonné devoir que nous n'y ayons personne pour nos affaires; et ainsi les autres font tout ce qu'ils veulent : ils verront si la réforme peut avoir un protecteur.
2. C'est ici qu'il faut de la promptitude , et comme vous le voyez , le