‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 21 sur 448 · TH · texte numérisé non relu

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temps est si court. Vrous pourrez de là me dire s'il est déjà lard; car quelque diligence que l'on fasse, tout ce mois sera nécessaire. Mais je me surprends à rire de ceci, comme si j'avais sous la main les sujels à envoyer, et de quoi les expédier ; mais il faut commencer, autrement rien ne se fera. Nous aurions dû avoir commencé lorsque nous fûmss assujettis au bref.

3. Le P. Antoine se plaint fort de ce que nous ne lui avons rien fait savoir, et il a raison. Je suis étonnée de Roques de Huerla, qui a tant de messagers pour Grenade : je lui ait dit ce que vous deviez faire, parce que, tant qu'il a ignoré la chose , il a fait usage de ses pouvoirs sans nul scrupule : je ne sais ce que j'ai fait de sa lettre : si je la trouve, je vous l'enverrai. Je vous dis que j'ai bien souffert de ce que vous avez des pères si peu fidèles (je parle de celui qui est parti avec le frère Baltazar) ; les geôliers du père Jean de !a Croix se sont mieux conduits. Plaise au ciel que ce père ne fasse pas des siennes, aussitôt qu'il se sentira en liberté ! du reste il est mieux dehors.

k. Je crains que le P. Jean de la Misère ne soit retenu en prison : il ne reparaît plus depuis que ces autres disent l'avoir vu. Que le Seigneur soit notre secours : qu'il conserve vos jours, nous le lui demandons instamment, mes filles et moi. Amen. Ma santé est assez bonne. La prieure de Salamanque m'a déjà écrit qu'elle vous a annoncé l'admission de la sœur. C'est aujourd hui la fête de saint Michel.

Votre indigne Tille et servante, Thérèse de Jésus.

P. S. Faites part de ceci au P. Mariano, autant que vous le jugerez à propos : mes compliments à ce père et au P. Barlhélemi ; répondezmoi promplement sur l'affaire de Rome. Vous saurez qu'il s'y trouve un père de l'ordre, un de mes intimes amis : on dit qu'il y est pour le compte du président; je ne sais s'il est de son pays. S'il convient à l'affaire, je lui écrirai : il se nomme Paul Fernandez.

Celle lettre vous était portée par un voiturier : on l'a ramené malade : il me l'a rendue, et je l'ai ouverte pour voir ce que je vous disais : je crois devoir vous la renvoyer, dût-elle vous ennuyer.

NOTES

N. 1. L'original de celle lettre se trouve entre les mains des religieuses de Rioseen : elle est datée du jour de saint Michel \bli. Dans le premier nombre, il s'agît d'envoyer à Home pour régler les affaires de la réforme avec le général ;... celui-ci était déjà mort au commencement de septembre de la même année; mais la nouvelle de sa mort n'était pas encore arrivée en Espagne. Ce que la Sainte avait en vue dans celte négociation, c'était d'obtenir du général que sa réforme fût entièrement séparée du reste de l'ordre.

N. 2. Le bref, dont il est question au second nombre, était celui par lequel Mgr. le nonce avait révoqué les pouvoirs du P. Gracian, et assujetti les pères de la réforme a leurs prélats ordinaires.

N. 3. Dans le troisième nombre, le P. Antoine était un délégué du P. Gracian pour la visite des couvents de l'Andalousie. Il se plaignait de ce que la révocation

des pouvoirs du commissaire ne lui avait pas été notifiée les ijeèliers sont ceux

qui fuient chargés de la prison où fui retenu le P. Jean de la Croix.

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Aa mime. (Neuvième.)

1. Jésus soit avec vous, mou père. Je vous annonce que le P. Ambroise se trouve ici : il attend le moment de s'aboucher avec le P. Gabriel, qui nous est destiné : il me paraît homme de bien et d'intelligence. Ce n'est pas que je me sois ouverte à lui le moins du monde. J'ai en tout procédé avec la plus grande réserve, par oui et par non; mais je crois devoir vous dire qu'il ne fait aucune mention des ordres dont on le croyait chargé, si tant est qu'il en ait reçu. Quant au père Jean de la Croix, je jurerais qu'il a si peu contrarié les agents de Rome , qu'il les a plutôt aidés de tout son pouvoir : si c'était nécessaire, il mourrait pour vous ; c'est la pure vérité.

2. Ce P. Ambroise est très-zélé pour le bien de l'ordre : je suis donc convaincue qu'il ne fera rien d'inconvenant. Il arrive de Séville ; il a vu ce qui s'y passe. Le P. Nicolas n'a pas peu souffert avec ce monde-là. •. J'ai trouvé la petite Isabelle, fort bien de santé , avec un teint et des couleurs admirables. On m'annonce tout récemment que tous vont bien à Madrid, sans en excepter voire sœur, doua Juana. Ne manquez pas de d'envoyer la permission pour la petite d'Antoine Gaylan. Je suis bien contrariée de ce que le P.Marian ne me fait pas passer les papiers que vous lui avez adressés : que Dieu le lui pardonne. La mère prieure et toutes nos sœurs se recommandent à vos prières. Que Dieu vous conserve pour le bien que vous nous faites ; qu'il vous donne tout ce qui vous convient le mieux, et beaucoup de courage au milieu de si grandes épreuves. Amen.

Votre indigne fille,

Thérèse de Jésus.

NOTES

N. 1. L'original de cette lettre se conserve au couvent de Larréa : elle parait écrite de Malagon, l'an 1580.

N. 2. Le P. Ambroise était prieur d'Almodovar... le P. Gracian avait dû se plaindre de lui el du P. Jean de la Croix : mal informé sur leurs dispositions à l'égard de la réforme, il les soupçonnait sur ce point. La Sainte cherche ici à dissiper ces soupçons. Le P. Jean de la Croix avait été le pins ardent à conseiller el à aider même l'envoi de quelques agents pour Home, pour traiter des affaires de la réforme : c'est ce que l'on peut voir dans sa Vie , par le P. Alonzo de la Mère de Dieu, livre I, chap. 36.

N. 3. Vers la fin du nombre 2, la fille d'Antoine Gaytan entra toute jeune au couvent d'Alva, et y prit l'habit sous le nom de Marianne de Jésus.

Au même. (Dixième.)

Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, mon père. C'est aujourd'hui que nous arrivent le P. Antoine et le P. prieur de la Roda ; ils amènent un carrosse et un chariot, et selon les nouvelles qu'ils apportent , je crois que tout va bien pour celte fondation : priez pour le succès de celle affaire. Le bon P. Antoine ne peut nier l'affection qu'il

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me porte, puisque, malgré sa vieillesse, il veut bien venir auprès de nous : pour moi, je me sens soulagée; je vous en ai déjà dit la cause. Le P. Antoine va bien; il y a même de l'embonpoint. Il me semble que cette année tous s'engraissent de fatigues et de travail.

2. Dites au seigneur Velasquez que j'ai reçu ses lettres, et que je désire pouvoir y répondre : je ne sais si j'en aurai le temps , étant excessivement occupée. Que Dieu vous récompense de la laveur qu'il nous a faite de nous laisser en liberté pour pouvoir communiquer avec vous. Toutes, nous le recommandons à Notrc-Seigneur dans nos prières (Je désire bien de connaître celui qui nous a fait un si grand bien).

3. Si vous et don Louis Manriquez pouviez obtenir de l'archevêque la permission de fonder à Madrid un monastère , je le pourrais , en partant pour cette autre fondation, et très-vite, avant que personne en sût quelque chose ; j'ai déjà trouvé quelqu'un qui me donne de quoi avoir la maison , et si l'archevêque veut qu'elle soit reniée, vous savez que les filles de Louis Guillamas ne tarderont pas d'entrer, et qu'elles ont un revenu annuel de quatre cent mille maravedis, qui suffirait pour treize religieuses. Le père vicaire m'en donnera de suite l'autorisation. Peut-être que ces messieurs connaîtront quelque ami dé l'archevêque, qui décide ce prélat : ne laissez pas de n'en parler que par oui ou par non ; si la chose doit avoir lieu, il serait nécessaire de m'en donner avis promplement. Tâchez d'avoir un homme pour ni 'écrire, afin que je sache l'état de votre santé. Que Notrc- Seigneur répande sur vous ses faveurs, comme il le peut ; je les lui demande pour vous.

C'est aujourd'hui le 12 de février.

Votre indigne servante et fille, » Thérèse de Jésus.

NOTES

N. 1. Les religieuses du couvent de Madrid conservent l'original de celle lettre, qui fut écrite de Malagon le 12 lévrier 1580.

N. 2. Dans le premier nombre, il s'agit do la fondation du couvent de Villanueva : ces deux pères devaient accompagner la Sainte dans le voyage qu'elle allait entreprendre à ce sujet. Les années 1571) et 1580 lurent en effet pour la réforme entreprise par sainte Thérèse un temps de grandes épreuves.

N. 3. Le seigneur Velasquez avait obtenu du nonce que le P. Gracian pût correspondre librement avec la Sainte et les sœurs de la réforme: faveur insigne dont elle se montre si reconnaissante. Sainte Thérèse nous apprend qu'une religieuse s'était donné cent fois la discipline pour obtenir cette grâce.

N. 4. Dans le nombre trois, il est question de la fondation du couvent de Madrid. 11 ne manquait à la Sainte, pour le fonder, que l'assentiment de Mgr. Quiroga, archevêque de Tolède.

Au même. (Onzième.) Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, mon père 1 Je suis fatiguée, et la nuit est déjà fort avancée, ainsi je vous dirai seulement que l'évêquc (de Valladolid) arriva hier : aujourd'hui tout a été réglé pour la procession de demain , et ce n'a pas été un petit travail :

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elle aura lieu le soir avec loute la pompe possible. Nous allons d'ici à la paroisse de Saint-Lazare. Messieurs les chanoines ne font pas demain d'autre solennité que celle d'y prendre le saint sacrement : je crois que nous passerons par Sainte-Claire, qui se trouve sur le chemin. Tout irait le mieux du monde, si vous veniez ici, mon bon père : je ne sais ce que vous m'en direz.

2. On est aussi venu de Soria pour nous prendre : je crois qu'on devra nous attendre jusqu'à lundi. Je me porte bien. L'évêque a passé ici toute la soirée ; il montre d'excellentes dispositions pour notre œuvre : il y a de quoi en louer le Seigneur : que sa grâce vous accompagne en tout lieu. Recommandez-lui dans vos prières le P. Jean Diaz.

3. Toutes nos sœurs se recommandent à vos prières. Le P. Nicolas est bien et moi aussi. Il nous a fait aujourd'hui une excellente instruction. J'ai vu avec plaisir le P. Jean de Jésus : je sens que je lui veux du bien toutes les fois que je vois son attachement pour vous : ne lui montrez pas de mauvaise humeur ; c'est un si grand bien d'avoir un ami par le temps qui court !

Votre Glle et servante,

P. S. C'est la sœur Isabelle de Jésus qui vous remettra cette lettre : je vous prie de lui faire un bon accueil.

NOTES

N. i. L'original de celte lettre se conserve au couvent des dames de las Huelgas de Burgos. Elle fut écrite de Palencia l'an 1581. 11 s'agit ici de la translation 'de la communauté au nouveau couvent. L'évêque de Valladolid était le vénérable don Alvaro , qui se rendit à Palencia l'avani-veille de celle cérémonie ; c'était un des jours de l'octave du Saint Sacrement. Tout le cérémonial de celte journée Tut régla par la Sainte elle-même. Saint Lazare était une paroisse de Palencia, et Sainte- Claire, un monastère des filles de Sainte-Claire. Sainte Thérèse, pour honorer cette illustre servante du Seigneur, voulut que la procession entrât dans l'église de ce couvent. Le P. Graciait se trouvait alors à Valladolid.

"N. 2. Dans le nomhre deux , la Sainte parle de son projet d'aller fonder une maison à Soria. Le P. Nicolas devait l'y accompagner.

N. 5. Le P. Jean de Jésus était l'un des hommes les plus éininents de la réforme. La Sainte parle ici de la joie qu'elle éprouva dans les entretiens spirituels qu'elle eut avec ce saint personnage.

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Réponse de sainte Thérèse, faite à la marge d'un écrit du vénérable

P. Gracian.

1. Les gens du monde se soucient peu d'être raisonnables en matièro d'intérêt : ce qui manque à celte mère supérieure, c'est que , habituée à l'abondance du couvent de Pastranne, il lui est resté fort peu de pauvreté d'esprit : ce qui m'a causé et qui me causera toujours un grand chagrin, parce que, grâces à Dieu, ces maisons se sont établies sur la confiance en sa bonté : ainsi je crains que, si nous commençons à nous appuyer sur des moyens humains, le secours de Dieu ne vienne à nous manquer : je ne dis pas cela pour cette affaire; mais je sais que ce sei-

gneur ne placerait sa fille que de celte manière, et nous lui devons si peu, que Dieu doit vouloir que la chose se fasse ainsi.

La manière de faire la visite des maisons du Carmel est telle que si Dieu lui-même nous l'avait tracée : qu'il soit loué en toute chose.

2. Votre Révérence n'a pas besoin de me donner des ordres ; j'agirai tout comme si j'en avais reçu. Vous me rendrez un vrai service en m'éparguanl cet embarras : je crains seulement que, dans quelques maisons, on ne soit plus intéressé que je ne le voudrais. Je désire qu'on ne vous en impose pas plus qu'à moi : je me suis plus inquiétée de cela que de tout le reste.

Autant que je puis me connaître, j'étais décidée, lors même que vous n'eussiez pas été notre supérieur, à ne pas la recevoir sans vous en parler, puisque vous éljez si près, et même quand vous auriez été plus loin. 11 est impossible de bien rencontrer en tout. Le temps nous apprendra ce qui en est, et ce sera pis encore, si nous courons après les dots.

3. Voici l'enquête de la prieure... Quand je crois devoir me passer de plus amples informations, c'est pour le succès des affaires et le bien de nos maisons. Je ne sais comment on peut alléguer cela : je l'offre à Dieu, et le prie de nous éclairer pour la suite : mais que fais-je en cherchant à me justifier? Ce qu'il y a de pis, c'est que je suis bien tentée de soutenir ce que j'ai dit.

NOTES

N. 1. L'écrit du Père Gracian , auquel la Sainte répond à la marge, se réduisait en substance à ces deux questions, savoir : 1° si l'on pouvait recevoir sans dot une personne capable d'en avoir, que Laurence (sainte Thérèse) s'engagea à recevoir graiis ; le père pensait que non ; 2° s'il ne convenait pas de défemli e à Laurence de rien promettre dans la suite, sans en donner avis au P. Gracian.

N. 2. La mère dont il s'agit au premier nombre de cet écrit , était la mère Isabelle de Saint-Dominique qui avait liabilé la maison dePasiranne. La Sainte avait une affection si vive pour celte admirable religieuse, qu'elle lui dit un jour : Je vous aime tant, parce que vous me ressembla. L'humble religieuse lui ayant dit : Mais si cela était, ma mère, que me manquerait-il? La Sainte ajouta pour l'humilier : Dans te ma/; je veux dire, dans le mal. Elle disait aussi aux religieuses de Ségovie : Quelle prieure pensez-vous que vous avez? sachez qu'elle n'e*! pas moins sainte que tainle Catherine de Sienne.

Au P. Jean de Jésus, carme déchaussé.

Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, mon révérend père. Cette maison est si écartée que, malgré mon bon vouloir , je n'ai personne pour vous répondre ; j'ai dû attendre le départ de ces pères. Nous nous félicitons du départ du P. Antoine. Je savais qu'il élait en proie à une profonde mélancolie, et avec notre régime, elle aurait pu dégénérer en une grave maladie. Que Dieu lui soit en aide : c'est chez lui faiblesse de santé, et non défaut de bonne volonté. Je désire qu'il rentre dans son ordre. Pour nous, nous ne perdons rien à ces allées et Tenues.

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9. J'étais dans l'idée que vous passeriez par ici : vous ne faisiez pas un grand détour. Vous ne devez pas avoir un grand désir de nous être agréable : dans voire dernier voyage, vous ne m'avez pas entretenue longtemps. Je dois vous dire que mon pouvoir est très-borné en ce qui regarde l'affaire de Rome : il y a quelques jours que je demande ce départ : et je n'ai jamais pu obtenir qu'on écrivît même une lettre à qui nous avons tant de motifs de nous adresser. Mais faisons notre devoir : arrivera ce que pourra. Il ne dépend pas de notre père visiteur que la chose ait lieu : il y en a tant qui conseillent autrement, que j'ai peu d'influence. Je souffre bien de ne pouvoir davantage. J'ai pensé que ce qui a été décidé en resterait là ; on nie l'avait fait entendre. Que Dieu conduise celte affaire : mais vous, ne cessez de la poursuivre; vous pouvez plus que moi.

3. J'avais déjà expédié les lettres à Séville et à Almodovar : comme elles étaient parties avec célérité, le prieur devrait être déjà rendu à Madrid et il y est. J'ai aussi envoyé celle de Caravaca; par bonheur, car les occasions sont rares ; un messager partait pour ce pays. Je suis affligée de la maladie du P. Gabriel ; dites-le lui en lui faisant mes compliments : nous le recommandons dans nos prières. Je lui veux le plus grand bien ; mais lui ne répond pas à mes sentiments.

4. Notre père m'écrit pour me dire qu'il est arrivé en bonne santé, que quelques pères de la grande communauté étaient allés le voir, et qu'il avait donné satisfaction à Cabilde. Ces pères lui ont fait un parfait accueil, et ont réclamé sa protection. Si Dieu nous le laisse , je' le crois destiné à faire un grand bien. Faites en sorte qu'il soit recommandé dans toutes les prières : ne m'oubliez pas moi-même. La mère prieure se recommande à vos prières, et moi, à celles de tous ces pères. Je prie le Seigneur qu'il fasse de vous un grand saint. Amen.

Notre indigne servante,

Thérèse de Jésus.

NOTES

N. \. Celle lettre fut écrite de Tolède l'an 1376, et adressée au P. Jean de Jésus, l'un des personnagesjles plus éminents de la réforme. -

N. 2. Au nombre trois, le P. Gabriel était prieur du couvent de la Roda, que la Sainte estimait singulièrement.

N. 3. Dans le quatrième nombre, il est question de l'arrivée du P. Gracian à Séville, où il reçut l'accueil le plus gracieux cbez les pères non réformés du Carniel. Ce vénérable père fut dans la suite exposé à de grandes persécutions ; le temps de souffrir n'tilait pas encore venu pour ce zélé serviteur de Dieu.

Au P. Ambroise Marian. (Première.) Jésus. — 1. Que l'Esprit-Saint soit avec vous, et vous récompense de la nouvelle que vous m'avez donnée de la santé de noire bon père, le licencié Padilla. Dieu veuille qu'elle se soutienne longtemps ! Vous me donnez à présent les titres de dame et de révérende .'... Dieu vous le pardonne... il parait que vous et moi nous nous sommes rechaussés. J'ap-

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précic assez le souvenir de ce révérend qui a été réclamer vos faveurs; je l'ai vu à Avila, el je désire que Dieu lui donne une meilleure santé. Ah! il y a douze heures dans le jour... peut-être a-t-il changé.

2. Je vous annonce, et la chose est ainsi, que Tostade a envoyé ici un courrier avec des lettres pour le P. provincial, et celui-ci est dans l'intention d'envoyer là-bas un frère. 11 paraît qu'il y a beaucoup de mouvement. Je suis fâchée du retour du P. Bonaventure qui a laissé tout le bien qu'il faisait dans sa visite. S'il doit aussi se ressentir des folies que l'on fait, tout le monde dira ensuite que Dieu lui fait une grâce; et vous ne me dites pas ce qui en est de celle dernière bravade... O Jésus, que de choses vous souffrez !

3. Je désire vivement que l'on fasse l'acquisition de cette petite maison : l'autre affaire sera traitée plus tard, s'il plaît à Dieu. Oh! je ne voudrais pas même voir les murailles de ceux qui sont si contraires à notre œuvre. Je vous ai dit déjà que tout est termine avec une lettre du nonce. Mon bon père, donnons-nous du mouvement en ce que nous pouvons, et vous, s'il est possible, attachez-vous à l'affaire (de la séparation) de la province. Nous ignorons l'avenir, et en cela, loin de perdre, nous gagnons beaucoup. De grâce, faites-moi savoir des nouvelles du P. Gracian, aussitôt que vous en aurez : je suis très-inquiète sur ce point. Mes compliments au licencié Padilla et au P. Balthazar

de Jésus : de même que ceux de la mère prieure (Anne des Anges). Je suis charmée de savoir que ce bon père se trouve là : Dieu soit avec lui et avec vous, toujours.

Votre indigne servante,

TnÉRÈSE DE JÉSUS.

NOTES

N. 1 . L'original de cette leitre se conserve en grande vénération clmz les carmélites de Zumaya. Elle fut écrite de Tolède l'an 157G : le P. Marian , que la Sainte qualifie de docteur, se trouvait alors à Madrid.

N. 2. Le révérend du second nombre était le P. Valdemore.

N.5. Le P. Bonaventure était visiteur apostolique des i ères capucins en Andalousie. Ami du bien public, il favorisait de tout son pouvoir la visite et la réforme du Carmel. Tostade parait un de ceux qui contrariaient les vues de la Sainte réformatrice.

N. i. l>;ins le nombre troisième, sainte Tbéièse veut qu'on acbètc une maison ii Madrid ou aux environs, pour y placer les pères de la réforme.

Au même. (Deuxième.)

1. Jésus soit avec vous. J'ai reçu aujourd'hui la visite du bon Valilcmore. Je crois qu'il est sincère dans ses démonstrations d'amitié; il en a pour le moment. 11 me parle beaucoup de la conduite de saint Paul lorsqu'il persécutait les chrétiens, et de ce qu'il a fait depuis. Qu'il fasse pour Dieu la dixième partie de ce que fit saint Paul, et nous lui pardonnerons ce qu'il a fait, et ce qu'il fera. Il me prie d'intercéder auprès de vous pour la réception de son frère; s'il est comme il dit, et qu'on ait besoin de prédicateurs, ce serait une bonne

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acquisition pour l'ordre. Mais comme notre père (Gracian) renvoie dans le cours de sa visite ceux qui appartiennent à d'autres ordres, je crains qu'il ne veuille pas admettre celui-ci dans le sien. La meilleure preuve d'amitié que je puisse lui donner, c'est de le recommander à Dieu dans mes prières : on verra là-bas ce qui convient, si le reste est faisable. 2. Nous demandons avec ferveur la santé de ces pères; nous prions le Seigneur de la leur donner en proportion de nos besoins. Les épreuves de notre bon père Pudilla me causent beaucoup de chagrin. Le démon doit nécessairement faire la guerre à de si grandes œuvres. Que Dieu lui donne force et santé : qu'il fasse de grands saints de vous »• du Père Maestro. Je n'en sais pas davantage sur l'état des affaires. *c pense que là on recevra les premières nouvelles. Demain je remettrai une lettre pour vous à Valdemore ; dans celte lettre, je vous solliciterai en faveur de son frère. Mais ma dernière volonté sera que l'on fasse ce qui conviendra le mieux au service de Dieu. Ces bons petits frères sont autant de saints : la vue de telles âmes encourage à soutenir les plus grandes tribulations qui pourraient arriver. C'est aujourd'hui le 3# de novembre.

De Votre Révérence, Thérèse de Jésus.

NOTES

N. 1. L'.idresse de celle lettre porte : Au R. père el docteur frère Marian de Saint- Benoît. L'original se trouve chez les religieuses de Itioseco. Elle fui éciitc de Tolède l'an 1570.

N. 2. La Samte parait ne pas trop compter sur l'amitié du P. Valdemore. Ses démonstrations étaient intéressées; il sollicitait pour faire entrer son frère dans l'oidrc du Carinel. C'est ce même père qui renvoya du couvent de Médina une prieure nommée par sainte Thérèse, el le» obligea .toutes les deux à rentrer dans leur couvent d'Avila. Elaul prieur d'Avila, il renvoya les pères lé ormes du couvent de l'Incarnation.

N. 5. Le P. Padilla, dont le sort inspire tant d'inquiétudes à sainte ïiiérèse, avait é.é dénoncé à l'Inquisition, qui tuuiefois le renvoya libre.

Aumëme. (Troisième.)

1. Jésus soit avec vous, mon révérend père. Oh! quelle joie j'éprouve en apprenant que vous jouissez d'une bonne santé ! que Dieu soit loué à jamais; ces jours-ci j'en étais bien en peine. Ménagezvous pour l'amour de Dieu : pourvu que vous soyez en bonne santé, loul ira bien. 11 est certain qu'en vous voyant malade ou dans la peine, je sens combien je vous affectionne dans le Seigneur. Avant de l'oublier, vous ne devez en aucune manière faire venir Nicolas (Doria ) à la cour (ce serait rendre un très-mauvais service à ces religieuses) jusqu'à l'entrée de celle veuve dont me parle la prieure : le démon y met mille obstacles; mais Nicolas est très-bien au courant de celte affaire. Elle a bonne volonté, mais les autres lui en font un cas de consience : je vois l'inlérét qu'ils y ont : ils ont envie de lui faire payer leur maison.

2. Je suis enchantée du bon archevêque que Dieu vient de nous

206 LETTRE CXTI1.

donner ; quant aux propos des frères , je n'en fais pas le moindre cas : il en sera comme de loul ce qu'on vous a d'ailleurs imputé; du reste, ils ont trouvé l'homme envieux (de souffrances). J'ai vu votre lettre aujourd'hui, et aussitôt j'ai envoyé la sienue à l'archidiacre ; je crois qu'il ne fera rien : je voudrais cesser de l'en importuner; et lors môme que nous n'aurions pas d'archevêque, je doute que, puisque la chose est publique, nous dussions user de sa médiation pour en faire parler à ceux d'ici (du chapitre).

3. Si l'on prend envers Tostade le parti dont vous me parlez, ne craignez plus que les pères s'opposent encore à l'œuvre. J'applaudis à votre projet de faire une visite à dona Louise (de la Cerda) : nous lui devons beaucoup de toutes les manières. Elle m'a écrit qu'elle s'attendait à votre visite. L'archidiacre m'a dit qu'il ferait faire une prompte réponse à la lettre, et qu'il viendrait me voir. Je m'occuperai décela : ces jours-ci ne sont pas des jours d'affaires.

k. Je n'osais pas m'expliquer aussi ouvertement dans les autres lettres sur l'affaire que Jean Diaz a adressée à ces bons pères; je vous dirai maintenant que je l'ai retirée de leurs mains, parce que Cordova lui-même est cousin du P. Valdemore, et l'autre, l'ami du prieur et du provincial, et à tout ce qu'ils leur disent (et ils en disent beaucoup), ils y ajoutent une foi entière. Je pense bien qu'ils ne chercheraient pas à tromper sciemment, parce qu'ils sont gens de bien; mais ils ne mettront pas une grande chaleur dans une négociation qui leur paraît blesser la justice. Autant que nous pouvons le conjecturer, le P. Gracian doit être maintenant à Grenade. L'a prieure de Sévilie m'a fait dire que l'archevêque l'avait priée de revenir auprès' de lui : je ne sais plus rien.

5. Faites agréer nos remercîments à Nicolas pour ce qu'il fait en faveur de nos sœurs : de grâce, laissez-le libre, si Dieu l'appelle à des affaires plus importantes que celles de l'archevêque : Dieu lui en donnera un autre. Ce n'est pas, toutefois, que je ne ressente les contrariétés qu'il éprouve, et c'est le moins que je puisse faire pour celui à qui nous devons beaucoup. Il y a longtemps que je savais d'une manière certaine que le grand inquisiteur devait être archevêque ici (Sévilie) : cela nous convient parfaitement

Indigne servante de Votre Révérence,

Thérèse de Jésus notes.

N. 1. Cette lettre fut écrite l'an 1577. C'est à celle époque que Mgr. Quiroga fut élevé au siège de Tolède. Le P. Marian se trouvait alors à Madrid. La Sainte avait prophétisé dans une autre circonstance l'élévation de Mgr. Quiroga, alors évoque de Cuença : ce prélat est célèbre dans l'Eglise d'Espagne par ses rares talents et son éminenle vertu. Il était, avant sa nomination, grand inquisiteur.

N. 2. L'affaire qu'elle traitait en secret avec l'archidiacre devait être quelque projet de fondation à Tolède, ou quelque autre lieu sujet à la juridiction de l'archevêque de Tolède.

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LETTRE CXMII.

N. 3. Le parti qu'on devait prendre contre Tostade était un décret du roi pour lui retirer les pouvoirs de sa commission; c'était le moyen de briser les obstacles que les anciens carmes opposaient aux progrès de la réforme.

N. 4. L'archevêque de Séville était l'illustre Roxas, qui avait prié le P. Graciai» de revenir auprès de lui pour l'aider de ses conseils et de ses lumières.

Au même. ( Quatrième.)

1. Jésus soit avec vous, mon révérend père. Je ne sais pourquoi vous avez manqué de m'écrire par ce voiturier, et de m'annoncer que vous avez reçu la réponse du conseil que je vous ai envoyée l'autre jour. Je désire de savoir comment vous êles en cet endroit, séparé des frères (je veux dire hors du couvent), puisque le nonce ayant tant insisté sur ce point, Une nous convient en aucune manière de le mécontenter : nous avons des raisons pour cela. Je désirerais vivement avoir un entretien avec vous : il y a des choses qui se disent, mais qui ne s'écrivent pas.

2. Jusqu'à présent, espérant qu'il y aurait une maison, on a pu tolérer cet état de choses : mais quatre déchaussés seulement, et attendre si longtemps, croyez-moi, mon père, personne n'approuve cela, et surtout en haut lieu (à la courj. Pour ce que peuvent dire les anciens, il n'y a pas lieu à s'en inquiéter : dans les choses qui ont une apparence de mal, ne donnons aucune prise, et de ce que vous dira le marquis que le nonce ne s'en fâchera pas, n'en tenez aucun compte.

3. Je vous prie instamment d'être très-réservé dans vos paroles, sif vous avez lieu de vous plaindre d'une personne; je crains qu'elle na vienne pour cet objet (et c'est assez clair) et que ce que vous diriez n'arrive à ses oreilles. Songez que tout l'enfer est déchaîné contre nous, et que nous n'avons à espérer de secours que de Dieu seul: pour cela, obéir et souffrir, et alors il prend la chose en main.

i. Je trouverais fort à propos que vous et les autres religieux, vous vous rendissiez à Pastranne, ou à Alcala, pour le dimanche de la Passion, puisque le temps n'est pas pour négocier : et les affaires que nous avons, le licencié Padilla suffira pour les traiter, comme il l'a toujours fait : il ne convient pas que, ces jours-ci, des religieux soient hors de leur monastère : personne ne le trouvera bien, moins encore le nonce, et c'est prudent. Je serais enchantée que vous prissiez ce parli : soyez bien convaincu que cela convient, ou bien il faudrait demeurer avec les anciens, ce qui serait pis encore.

5. Si l'archevêque a été instruit de la chose, gardez-vous de lui en parler de nouveau, quand vous auriez toute facilité de lui parler ; cela ne convient pas. Il en reste chargé, et cela étant, le meilleur moyen de réussir est de se taire et de s'en entretenir avec Dieu. Je vous écris cette letlre avec une attention particulière, non sans de pressants motifs, dont je ne puis vous parler ; mais je vois qu'il convient beaucoup que vous fassiez ce que je vous demande : il n'y a au-

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208 IETTRH CXIX.

cun inconvénient à îe faire, et il y en aurait beaucoup à ne pas lo faire. Lorsque les chosessontfondéesen raison, l'on n'a quefaire de prétextes.

6. Noire-Seigneur nous fournit beaucoup d'occasions de mériter : je connais celles que vous avez eues, et que vous avez, et votre patience m'étonne : mais c'est le moment d'une grande prudence, et Dieu la donne en conséquence, comme il l'a lait dans l'affaire de l'évêque. Qu'il soit béni en toute chose; il protégera enûn notre œuvre. On donne comme certaine l'arrivée de Tostade en Andalousie : que Dieu nous le ramène, tel qu'il soit : je crois qu'il vaudra mieux avoir nos débats avec lui qu'avec celui à qui nous avions affaire jusqu'à ce jour : que Dieu nous éclaire et vous conserve , ainsi que ces autres pères: je suis un peu mieux. C'est aujourdhui le 15 mars.

De Votre Révérence,

Thérèse de Jésus, notes.

N. 1. Celle lettre, dont l'original se trouve au monastère d'Alcala, fut écrite le 15 mars 1578. La Sainte é:ailà Aleala.et le P. Marian, à Madrid.

N. 2. Lai épouse du conseil devait concerner un procès qu'avaient les religieuses du couvent de l'Incarnation. Le P. Marian poursuivait à Madrid le projet d'un établissement de la réforme. Avec trois autres pères de la réforme, il parait qu'il habiiaii le palaisdu marquis, dont il est parléaunomurei. La Sainte n'approuve pasle séjour si prolongé de ce i-ère hors du couvent; on était en carême.

N. 5. Elle recommande au père une grande réserve dans ce qu'il pourrait dire, surtout sur le compte du nonce qui, à celte époque, traitait sévèrement les pères de la réforme, et len.i il la Sainte elle-même en réclusion. Elle fut rendue à la liberté, le mois de mars de l'année suivante.

N. 4. On ignore quelle esl l'affaire de tévéque, dont la Sainte parle à la fin de celte admirable épilie. On sait seulement qu'elle eut affaire avec Mgr. Soto, évèque de Salamanque, concernant la fondation qu'elle lit dans celte ville.

Au même. (Cinquième.)

Jésls. — 1. L'Esprit-Saint soit avec vous, mon révérend père. Je vous ai écrit, il n'y a pas longtemps. Notre père vous aura déjà fait la relation de ce qui s'est passé ici avec l'archevêque, qui a consenti à l'achat d'une maison. Grâces à Dieu, nous l'avons achetée, et elle convient parfaitement : nous voudrions sortir de cet hospice, parce que d'abord nous y sommes à l'étroit, et ensuite pour voir l'issue de celle affaire.

2. L'archevêque est content de la maison : il dit qu'elle est bien. Mais l'on soupçonne qu'il ne fera rien de plus, et ainsi je désirerais obtenir du nonce la permission d'y faire dire la messe : avec cela nous pourrions supporter toutes ces longueurs. J'ai écril à ce sujet à la duchesse (d'Albe une lettre qui vous vient avec celle-ci, pour lui demander une lettre de recommandation. Lisez-la d'abord, et expédiez-la, de grâce, après l'avoir fermée : faites en sorte d'avoir une prompte réponse, que vous enverriez à Madrid au P. Nicolas, ou à Jean Lopez, et écrivez tout ce qui convient pour obtenir prompteuienl celte autorisation. Songez que vous nous rendez un service très-signalé : quoique nous soyons

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près d'une église, c'est un grand inconvénient d'avoir à sortir de la maison, pour aller entendre la messe.

3. Si vous croyez que le duc le fasse, en le lui demandant en mon nom, cela irait plus vite : je crois que c'est facile : car, comme je le fais observer dans la lettre à la duchesse, il y a dans la maison une chapelle qui n'a servi à autre chose qu'à la célébration de la sainte messe : mais aussi, dans la maison que nous voulions fonder, le saint sacrement avait été laissé pendant les quatorze années que la communauté y a passées, et jamais il ne consentit à ce que la messe y fût dite ; et si vous entendiez ses belles paroles, et combien il dit qu'il le désire, on n'en peut pas demander davantage : il paraît qu'il n'est pas maître do lui : cet établissement contrarie beaucoup le démon : ce n'est pas une raison pour qu'il réussisse, puisque nous avons la maison : nous attendrons peut-être longtemps, mais à force de les lasser, on pourra finir par les amener à nous autoriser. Je désire vivement de savoir si vous avez remis mes lettres à ces messieurs, et s'il y a quelque chose de fait. Quand on devrait échouer, celte mesure ne nuit en rien. De grâce, no négligez rien pour me rendre ce service.

4. Je suis tellement affligée des procédés du père N. , que j'ai pris le parti de lui écrire la lettre que je vous envoie avec la vôtre : si vous êtes de cet avis, l'on fera peu de tentatives : fermez ma lettre : expédiezla avec les autres, parce que je ne connais pas d'autre voie pour les envoyer : mes salutations au licencié Padilla, et au P. Antoine de la Mère de Dieu. Toutes nos sœurs vous saluent. Dieu vous conserve, et vous fasse aussi saint que je le lui demande dans mes prières. Burgos, 18

mars.

\otre servante,

Thérèse de Jésus, notes.

N. \. Celleletire futécritede Burgos, l'an 1582:on en conserve l'original étiez Iss carmélites de Séville. En attendant qu'elle eût une maison, la Sainte logeait à l'hospice de la Conception, où elle eut à essuyer les plus terribles épreuves. Elle fui singulièrement aidée dans celle circonstance par le révérendissiuie Christophe de Santolis, anguslin, et théologien du concile de Trente.

N. 2. L'archevêque deBurgos, donChrislopheVela.il se disait parent de la Sainte. Dans les informations que l'on fit dans celle ville, sur la vie de sainte Thérèse, l'archevêque avait déclaré que, dans les entreliens qu'elle eut avec lui, ses paroles fuient si suhlimes qu'il croyait entendre saint Paul.

LETTRE CXX. A M. Laurent de Ce'pède, frère de la Sainte. (Première.) Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous.' Quoique je vous aie écrit plusieurs fois depuis peu, je le ferais encore plus souvent, si j'avais une occasion. Je le fais aujourd'hui, parce que j'ignore si, à Villanueva.j'enauraisla commodité : jepensaisque nous y serions déjà, et comme on ne doit pas tarder à venir nous chercher, je suis contrariée d'avoir à voyager en carême. Je trouve plaisant ce que m'écrit la

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prieure de Séville sur la question de vous payer. Je ne sais si cet objet n était pas mieux là-bas : vous me disiez toujours que vous le vouliez pour la chapelle, et il ne fera que lout gâter. Dieu fasse ( car c'est pour sa gloire que vous le voulez; que vous gagniez avec ce que vous avez gagné. Comme je vous l'ai déjà mandé, je suis un peu mieux que là, mais toujours avec mes attaques ordinaires.

2. Tout va bien à Séville. Nos sœurs viennent de recevoir huit cents ducats dont elles ont hérité de la vieille dame qui mourut dans les Indes. Le prieur de las Cuevas est très-mal d'une chute qu'il a faite : je n'ai pas d'autre nouvelle à vous donner. Priez bien pour lui : nous lui devons beaucoup. Tout ce qu'il fait pour nos sœurs est admirable: elles feront une grande perte. Dieu veuilleque vous gagniez dans cellesolilude de grandes richesses pour l'éternité : tout le reste est de l'argent sans valeur : toutefois ces biens sont en bonnes mains, puisque vous en faites un si saint usage. H. vous fait ses compliments. C'est aujourdhui le N.

de février.

Votre indigne servante,

Thérèse de .escs.

notes.

N. 1. Cette lettre est de l'an 1580. Elle esl écrile de Malagon, où la Sainte se trouvait, alors en route pour Yillanueva de la Ilara. On en conserve l'original au couvent de Carnide.

N. 2. Dans le nombre 2, il est question dePantoja, prieur des chartreux. M. Laurent de Cépède, après avoir gagné de grandes richesses dans l'Inde, s'était retiré à la solitude de la Sema, où il s'occupait à s'enrichir pour le ciel, par le saint emploi qu'il faisait de ses biens. Sa saune sœur l'encourage dans c< tie mule. Ses avis à son frère rappellent ces paroles de saint Grégoire : Si vere diviies esse cupiiis, veras di-

Villas umulc.

Au même. (Deuxième.)

1. Jésus soit avec vous. Comme l'on vous aura déjà remis une longue lettre de ma part sur le compte de Pierre de Abu mada, je me borne dans celle-ci à vous demander une prompte réponse, que vous confierez à la mère prieure : les occasions ne manquent pas pour ce pays-ci. Ce pauvre homme est ici, dépensant beaucoup, faible et bien affligé. Je serais contrariée si votre réponse n'arrivait pas avant mon départ qui aura lieu sous peu de jours.

2. Je suis mieux que je n'ai été; il n'y a pas à s'étonner qu'il y ail des restes de mes vieilles infirmités. Je suis bien de n'être pas plus mal. Je crois que, là-bas, être sans tant de lettres et d'affaires me donnait de la santé. Nous apprenons de Rome que les affaires vont très-bien , quoique les contradictions ne manquent pas. Demandez à Dieu le succès de nos démarches, comme aussi de connaître le parti à prendre sur ce qui regarde Pierre de Ahumada : Dieu vous inspirera ce qu'il y a de mieux à faire.

3. Je vous ai dit déjà qu'il m'avait donné les quatre cents réaux : il

doit prendre ses dépenses sur ce que lui donna Diego de Gusman, et avoir déjà tout dépensé. Je dois vous dire que dans ma position je souffre beaucoup de ne pouvoir lui rien donner en bonne conscience: je serais heureuse de le pouvoir, ne fût-ce que pour vous décharger de cet embarras : que Dieu y porte remède.

4. Je trouve fort dur que vous n'ayez la messe que les jours de fête: je pense au moyen que vous auriez à prendre, et je n'en trouve pas. Pierre de Ahumada me dit que la maison est mieux que celle d'Avila, et surtout les chambres à coucher : J'en suis fort aise. Je pense encore aux inconvénients d'avoir à la maison les hommes du labourage : si vous bâtissiez une petite maison pour les loger, ce serait éloigner une grande occasion de distraction de votre logis... Pourquoi n'avez-vous pas raccourci la cuisine, comme nous l'avions dit? ... Mais de quoi parlé-je? Je vois bien que chacun connaît mieux sa maison que personne. Serna, qui vous porte cetle lettre, doit, dit-il, revenir dans huit jours. Si, pour lors, vous n'aviez pas envoyé votre réponse, donnez vos ordres afin qu'il en soit porteur: je ne serai pas encore partie, et dussé-je partir, j'attendrai.

5. Ce que vous me disiez de le placer dans une maison de nos Pères, il me lavait dit lui-même: mais la chose ne peut avoir lieu, parce que l'usage n'est pas de loger des séculiers, et qu'il ne pourrait supporter les mets qu'on lui donnerait. Même à présent, il ne peut manger la viande qu'on lui sert dans son logis, à moins qu'elle ne soit très-tendre et parfaitement cuite : il ne mange qu'un gâteau. Quand je le puis, je lui fais passer quelque petite chose, mais c'est rare. Je ne sais qui pourra le supporter et lui donner les choses si à point.

6. C'est une terrible chose que cette mélancolie qui nous rend à charge à nous-mêmes et aux autres. Que Dieu vous donne tout le bien que je lui demande pour vous, et vous ôte la pensée de le ramener à la maison : je désire que l'on prenne tous les autres moyens, afin que, s'il vient à mourir, nous soyons, vous et moi, à l'abri de toute inquiétude. Mes compliments à don François et à Aranda. Dieu vous conserve et fasse de vous un grand saint. Amen. Pourquoi ne me dites-vous pas comment vous êtes dans la solitude ? C'est aujourd'hui le 15 avril.

Votre servante, Thérèse de Jésus.

NOTES

N. I. Celle lettre fui écrite de Tolède, l'an 1580 : La Sainte revenait de Villanueva de la Hara ; l'original en est conservé avec vénération chez les carmélites de Tolède.

N. 2. Dans le nombre premier, Pierre de Ahumada était un frère de sainte Thérèse. Après avoir vaillamment combattu dans les guerres de l'Inde, il tomba dans une profonde mélancolie, qui ne le quittait nulle part. 11 avait laissé son frère Laurent pour se rendre à Tolède, auprès de sa sœur, qui cherchait tous les moyens de le guérir. Elle devait faire un voyage à Ségovie.

N. 3. Ou croit qu'elle ressentit, à cetle époque, les douleurs que Notrc-Seigneur éprouva dans la nuit du jeudi saint. La faiblesse dont elle parle était une suitedeses douleurs... Quant aux affaires de Rome, le P. Koques sollicitait alors la séparation

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de la province, et venait, malgré toutes sortes de contradictions, d'obtenir à Rom« un bref favorable à ce projet.

N. 4. Dans le dernier nombre, la Sainte attaque avec force la mélancolie, qui était la maladie de son frère, Pierre d'Ahumada. Déjà, à la demande de ses lilles du couvent de Salamanque, elle avait décrit les causes, les effets et les remèdes de celte terrible maladie, dans le chapitre 7 de l'histoire de ses Fondations. Aristoie n'a pas égalé la force et la clarté avec laquelle sainte Thérèse a parlé de cette passion. C'est là qu'elle explique les symptômes et les accès des mélancoliques. Virgile semble avoir en vue leurs bizarreries dans ces vers, cités pour le même sujet par saint Au' gustin et le docteur angélique :

Hinc meluunt, cupiuntqtie, dolent gaudentque, nec auras

Rcspiciunt clausai leuebris, et caicere ca?co.

(-•t'neid., lib.VI, v. 732.)

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Au même. (Troisième.) Jésus.— 1. L'Esprit-Saint soit avec vous. Me voilà à présent à Ségovie, mais en proie à beaucoup d'inquiétudes, jusqu'à ce que je connaissel'état de votre santé : car je ne sais ce qui enest;on me remit une de vos lettres, aussitôt après le départ de Pierre de Aliumada, mais depuis je n'ai aucune nouvelle d'Avila. On ne m'écrit pas de Saint- Joseph, et je crains que ce ne soit pour ne pas m'annoncer votre maladie. Le P. Antoine de Jésus vous remettra cette lettre ; il doit vous voir, et il vous rendra compte de tout : c'est par ce motif, et pour élro fort occupée que j'abrège ; je m'en réfère à ce qu'il vous dira.

2. Le mariage qui se traitait ici avec le personnage dont vous parliez n'a pas lieu: on ne le voulait pas ici. La prieure me dit tant de bien de la jeune personne, que j'aurais regardé comme un bonheur qu'elle eût été acquise pour notre famille : elle est très-liéc avec la prieure ; elle a le dessein de me venir voir. Nous prendrons quelques détours pour que la prieure fasse un essai , et voir si vous ne pourriez pas vous occuper de celte affaire. Dieu conduise tout cela comme il convient le plus à sa gloire, et conserve vos jours.

3. Ne tardez pas de me donner des nouvelles de votre santé; j'ai laissé pour vous une lettre ^à Tolède; je ne sais si vous l'avez reçue. Je me recommande aux prières de don François; le P. Gracian vous prie de ne pas l'oublier. Dieu vous conserve et fasse de vous un saint. Amen. Nous arrivâmes avant-hier. C'est aujourd'hui le 15 juin.

h. Je ne sais d'où vous savez que vous mourrez bientôt et pourquoi vous occupez votre esprit de pensées si étranges et de pressentiments qui ne se réaliseront pas. Fiez-vous en Dieu ; c'est un vrai ami qui n'abandonnera jamais, ni vous, ni ses enfants. Je désirerais bien que vous vinssiez ici , puisque je ne puis aller là. Du moins vous faites mal de rester si longtemps sans aller à Saint-Joseph. C'est si près, la promenade vous ferait un grand bien, et vous ne seriez pas toujours dans la solitude. De grâce, changez de régime et parlez-moi de votre santé. Je suis beaucoup mieux depuis que je suis dans ce pays-ci : je ne ressens plus ces mouvements de Oôvre. Je ne m'occupe plus de l'affaire sur

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laquelle je vous écrivis, et je ne le pourrai pas jusqu au départ du P. Ange de Salazar (vicaire général). La mère prieure, le P. Graciai] et le P. Barlhélemi se recommandent à vos prières, et moi à celles de don François. De grâce prenez soin de voire sanlé. Je vous laisse avec Dieu: le temps me manque. C'est aujourd'hui le 19 juin.

Votre servante,

TnÉRESE DE JÉSCS.

NOTES

N. 1, Celte lettre , dont l'original se trouve au couvent des carmélites tic Barra-

meil.i, fut écrite l'an 1 580. La Sainte parle de son voyage de Tolède à Segovie , où elle arriva le 13 juin.

N. 2. Dans le nombre 2, il s'agissait d'établir don François , neveu de sainte Tbérèse, et fds du frère dont la sanlé lui inspire tant de sollicitudes.

N. 5. Le nnmbre '• eM le fragment d'une lettre qu'elle écrivit à ce mèire frère quatre jours plus tard. Les pressentiments de son frère sur sa fin prochaine n'étaient que trop fondés : tel excellent et digne frère île sainte Thérèse passa à une meilleure vie le 26 juin 15î;0 , sept jours après avoir reçu celte leiire de sa sœur bien-aimée. On a pu voir dans une aune lettre de ce recueil la description de celle belle mon parla Sainie elle-même. Elle couronna une vie pleine d'oeuvres saintes. Qunlis vit a, finis ha; telle vie, telle mort.

LETTRE CXXI1I. - A la dame Jeanne de Ahumada, sœur de la Sainte. (Première.)

Jésus. — 1. L'Esprit-Saint soit avec vous. J'ai envoyé de l'argent à Avila, pour \ous faire faire ce message ; ces lettres devront vous causer une grande joie: l'arrivée de mon frère m'en a causé une bien grande, et j'espère qu'elle sera pour vous un grand soulagement au milieu de vos épreuves: des desseins si pieux doivent nécessairement produire quelque bien : je préférais que ces bons frères fussent eu pais dans leur maison que dans ces hautscmplois : en tout il va un stet un non. Béni soit le Seigneur qui a fait celle belle œuvre. Je ne vous cache pas que, pour votre compte et celui de Jean deOvalle, je suis charmée de tout ceci: enfin il y a quelque profit dans mes lettres, bien que les vôtres en produisent peu.

2. J'ai écrit au petit Gonzalez par le grand inquisiteur Solo: je n'en ai aucune nouvelle; je ne sais si ma lettre lui est encore parvenue. Ne voit-on pas maintenant les desseins de Dieu sur Laurent de Cépède ? Il me semble qu'il songe plus aux moyens de sauver ses enfants, qu'à l'agrandissement de sa fortune. O Jésus, combien je vous suis redevable, et combien peu je vous sers ! . . . il n'est pas pour mon cœur de salisfaclion aussi grande que de voir des frères que j'aime si tendrement portés à embrasser le parti le plus profitable à leur âme. Ne leur disais-je pas de se confier à Notrc-Seigneur qui aurait soin de tout? je leur redis encore de remettre leurs affaires entre ses divines mains : sa majesté sainie fera ce qui nous convient le mieux. Je m'arrête ici, ayant beaucoup écrit aujourd'hui, et ii se fait lard. Enfin je suis heureuse en pensant que vous serez dans la joie: que Dieu nous la donne dans le lieu s. th. m 1'*

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ou elle est toujours durable ! . . . toutes celles de celte vie sont suspectes. Je suis bien : je me presse pour acheter la maison : la chose marche sur un bon pied. Je me recommande aux prières de Réalris. C'est aujourd'hui le 19 octobre.

Votre servante,

TnÉUÈSE de JÉscs P. S. J'avais ouvert celle lettre de mon frère pour... mais j'allais l'ouvrir, et j'en ai eu du scrupule. S'il y a quelque lacune dans ce qui vient, prévenez-m'en.

NOTES

N. \. L'original de celle letlre se trouve chez les carir.éliles du couvent de Toro. Selon toutes les conjectures, elle fut érrite de Snlamanqne l'an 1575. Elle est adressée à celte heureuse sieur de sainte Thérèse, riche en noblesse et en vertu-, quoique peu favorisée du côlé de la fortune , Jeanne de Ahumada. Ou croit que sa famille remonte jusqu'aux temps du roi don Pelavo:elle s'illu-tra par la valeur héroïque avec laquelle ses ancêtres défendirent près de Burgos une forteresse, contre laquelle les Arabes , qui l'attaquaient , avaient dirigé le fer et les flammes. Sainte Thérèse était donc issue d'une famille célèbre depuis neuf siècles en gloire et en vertus.

N. 2. Dans le premier nombre , la Sainte annonce à sa sœur l'arrivée de leur vertueux frère Laurent de Cépède, qui venait de l'Inde avec les intentions les plus pures.

N. 3. Dans le nombre 2, f.onzalès d'Ovalle est un neveu de sainte Thérèse : étant enfant, il fut ressuscité par la Sainte, et il élait alors attaché au service des ducs d'Albe. L'inquisiteur Solo fut nommé dans peu évèque de Salamanquc. Tout le resie de celle lettre est une doctrine divine. ■ — '

A la même. (Deuxième.) Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, ma chère amie, et vous donne le bonheur de jouir de la présence de vos frères, qui, grâces à Dieu , sont déjà arrivés à San Lucar. Ils ont écrit aujourd'hui au chanoine Cueva, pour nous le faire savoir, à Jean de Ovalle chez les ducs d'Albe, et à moi, à Avila, où ils supposent que je me trouve. Je ne doute pas de la joie qu'ils éprouveront en me trouvant ici: mais les joies de celle vie sont toujours mêlées d'amertumes, aOn que nous ne nous enivrions pas.

2. Je vous apprends que le bon Jérôme de Cépède est mort comme un saint, au nom du Seigneur: nous verrons arriver Pierre de Ahumada, et Laurent qui , m'a-t-on dit, a perdu sa femme : mais ne nous chagrinons pris de cette mort ; je connaissais sa vie, et je savais que, depuis longtemps, elle s'élait donnée à l'oraison : sa mort a été telle «qu'elle a laissé tout le monde dans l'admiration ; je le liens de celui qui l'a raconté. Il a aussi perdu un enfant: il emmenait trois garçons et la petite Thérèse : ceux-ci arrivent en bonne santé, grâce à Dieu : je leur écris aujourd'hui, en leur envoyant quelques petits cadeaux.

3. On m'a dit qu'ils seront ici dans deux ou trois jours : je regarde comme une heureuse circonstance pour eux, de me trouver si près. Les secrets de la Providence m'étonnent, en m'amenant ici, dans ce mo-

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ment, ceux que je croyais si loin de moi. J'écris aujourd'hui au P. Gracian, à Madrid, afin que vous appreniez promptement celte nouvelle, qui est une chose certaine, par celte même voie, qui est celle de cette lettre : ne pleures pas celui qui est déjà au ciel : remerciez plutôt le Seigneur de nous avoir ramené ceux-ci.

k. Je suis d'avis que Jean de Ovalle ne se mette pas en roule, jusqu'à ce que j'aie vu mon frère : d'abord parce que le temps est mauvais ici, el qu'ensuite il pourrait avoir des affaires qui le retinssent dans ce pays: si elles devaient l'arrêter longtemps, il voudra peut-être que vous veniez avec lui, pour retourner ensemble : sous peu je lui écrirai de nouveau, pour lui dire que c'est moi qui ai empêché son départ, et aussi le temps deviendra meilleur : je vous prie de féliciter de ma part Jean de Ovalle, et de lui dire que celte lettre est aussi pour lui.

5. Je vous annonce encore que tous les pères et toutes les sœurs de la réforme sont placés sous l'autorité du P. Gracian : c'est ce qui pouvait nous arriver de plus heureux. Sachez que c'est un homme, comme vous l'aura dit M. Anloine Gaylan, à qui je vous charge de faire mes compliments, en lui disant que cette lettre est aussi pour lui : il m'est impossible d'écrire davantage : item, à la mère prieure, en me recommandant beaucoup à ses prières, el à celles de toutes les sœurs. Veuillez faire une visite de ma part à madame la marquise, et dites-lui que je me porte bien : félicitez aussi madame dona Major de l'arrivée de M. Pierre de Ahumadaqui,jecrois, lui est bien dévoué : mes compliments à toutes les sœurs : faites passer ces nouvelles à la mère prieure de Salamanque: dites-lui que le Seigneur vient encore de lui retirer une autre sœur.

G. Que Dieu vous conserve, ma chère dame, le vous écrirai plus au long: les occasions ne me manquent pas: soyez dans la joie et dans le repos. C'est aujourd'hui le douze d'août. J'ai mis la date d'hier à celte lettre que je vous charge de faire partir, et il me semble que c'est le douze, jour de sainte Claire. Si vous voyez par là le P. Gracian, le bon accueil que vous lui ferez, je le regarderai comme fait à moi-même.

Votre servante,

Thérèse de Jésds.

notes.

N. I. Celle lettre est du 12 août 1375; elle fut écrite de Séville. Les deux frères, dont elle annonce l'arrivée à San Lucar de Barramcda, revenaient de la conquête du Pérou. Jérôme de Cépèile était un troisième frère qui avait fait aussi la guerre dans l'Amérique méridionale : il mourut à l'âge de 55 ans, étant né le2S décembre 1522. La femme de Laurent de Cépède était Jeanne de Fuentes, native du Pérou. Ce mariage eut lieu le 18 mars 1556. Elle mourut des couebes d'une fille le H novembre 1567. Laurent de Cépède fait le plus grand éloge de sa piété et de sa belle mort. L'enfant qu'il avait perdu dans la traversée s'appelait Etienne. 11 lui restait trois enfants, François, Laurent el Tbérésita.

N. 1. Dans le cinquième no. nbre, le nonce llormaneto avait donné le litre de provincial au P. Gracian. et soumit tous les religieux delà réforme à son autorité, ilne le:tre de la Sainie au roi avait contribué à celle mesure, qui causait tant de joie au cœur de la sainte réformatrice. La personne, dont il est parlé , était le P.

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Gracian lui-même. La prieure était celle du couvent d'Albe; la dame mayor était une sœur d'Ovalle; la prieure deSalanianque, c'était la mère Anne de l'Incarnation, cousine de sainte Thérèse.

A M. Laurent de Cépède, neveu de la Sainte.

Jésus. — t. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, mon cher enfant. J'ai reçu votre lettre, et en même temps que je me suis réjouie du bonheur que le ciel vous a accordé, je partage aussi avec vous le chagrin que vous avez ressenti avec tant de raison : comme je vous ai écrit longuement sur la mort de mon frère (que Dieu l'ait dans sa gloire1, je ne veux pas rouvrir vos plaies. Je ressens moi-même de vifs chagrins, en voyant les choses aller autrement que je ne l'aurais voulu : je vous ai mandé que don François avait heureusement rencontré, et c'était pour moi une grande satisfaction: car sa femme, outre qu'elle appartient de tous les côlés à ce qu'il y a de plus grand en Espagne, est douée de si bonnes qualités, que cela seul suffirait pour le bonheur de celte union. Ecrivez-lui avec toutes sortes d'égards, montrez-lui de l'estime; car elle le mérite. Je dois vous dire que, lors même que don François eût été riche de plusieurs millions de fortune, il est parfaitement bien établi: mais après les legs qu'a faits son père que Dieu ait dans sa gloire), la dot de Thérèse et les dettes, il lui est resté si peu de bien, que, si Dieu n'y pourvoit, je ne sais comment il pourra vivre.

2. Que bénie soit toujours la divine bonté, qui vous a fait tant de faveur, en vousj donnant une compagne qui vous porte la paix et le bonheur. Recevez toutes mes félicitations: celle pensée est pour moi une source de consolations. Je fais mes complimenls à la dame dona Maria: elle a ici plusieurs personnes qui lui sont dévouées. Je voudrais bien la voir ici: mais si cela doit êlre avec les amertumes que nous éprouvons, je préfère qu'elle soit là dans la paix et le calme, plutôt que de la voir ici dans le chagrin.

3. J'éprouve beaucoup de satisfaction de la part de votre sœur Thérèse de Jésus: c'est déjà une femme faite, et elle croît toujours en vertus: vous pouvez certes accueillir ses conseils: la lettre qu'elle vous écrit m'a fait rire: c'est Dieu lui-même qui parle en elle, et elle met en pratique ce qu'elle dit aux autres: que sa divine main la soutienne: elle est pour nous toutes un sujet d'édification. Elle a beaucoup de prudence, et je la crois propre à tout. Ne manquez pas de lui écrire, car elle est bien abandonnée dans sa solitude: en me rappelant l'affection que lui portait son père, et ses attentions pour elle, je souffre de voir que personne ne sesouvienne plus d'elle: don François la chérit tendrement, mais voilà tout ce qu'il peut faire.

4. Diego Suarez s'est étendu plus que vous et que mon frère, en me parlant des bonnes qualités de la dame dona Maria, et de vos autres

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succès: vos loltres sont Irop courtes pour venir de si loin, c'est une faveur singulière de Dieu d'avoir été si heureux et d'avoir conclu ce mariage si promptement.

5. Cette maison se trouve maintenant dans un grand besoin. François de Salcédo vient de mourir, et nous a fait un legs qui, loin de suffire à notre entretien, ne fournit pas pour un seul repas: à la suite décela les aumônes ont cessé: quoique je pense que le temps améliorera notre situation , jusqu'à présent la collecte a été nulle, et nous souffrons beaucoup. La dot de Thérèse sera d'un grand secours, si Dieu veut qu'elle fasse sa profession; elle en a le plus grand désir. Pout moi, par moment, ma santé va mieux que de coutume. Depuis votre départ, Dieu a fondé une nouvelle maison à Palencia, une autre à Soria, et une autre à Grenade: et après la fête de la Nativité, je vais en établir une à Burgos: s'il plaît à Dieu, je compte être de retour dans peu de temps.

6. J'attends ici ma sœur et sa fille : leurs besoins sont si grands que vous en auriez pitié. Je porte un intérêt particulier à dona Béatrix : elle n'a pas de quoi se faire religieuse, quoiqu'elle en ait un grand désir : ce sera une excellente aumône que de leur faire passer quelques secours; le peu que vous pourrez leur faire sera beaucoup pour elles. Je suis celle qui n'a aucun besoin d'argent : priez Dieu seulement qu'il me donne la grâce d'accomplir sa volonté en tout, et qu'il fasse de vous tous de grands saints ; tout le reste passe bien vite. Toutes nos sœurs , et en particulier la mère saint Jérôme, se recommandent à vos prières; nous prions aussi pour vous. Songez, mon fils, que puisque vous portez le nom d'un si bon père, vous devez en montrer les œuvres.

7. Lorsque cette lettre vous arrivera, selon ce que l'on m'écrit, mon frère, Augustin de Ahumada, sera en route : Dieu veuille qu'il vienne avec quelque chose. S'il n'était pas encore parti, faites-lui passer cette lettre, car je n'ai pas aujourd'hui la tète pour écrire beaucoup. Je vous déclare que s'il n'apporte pas de quoi manger, personne ne sera en état de lui fournir; il sera dans un terrible embarras, et ce ne sera pas une petite peine pour moi que l'impuissance d'y remédier. Le viceroi est déjà arrivé, et le P. Garcia jouit d'une bonne santé, quoique je ne l'aie pas encore vu : ce n'est pas une belle chose que d'entreprendre dans un âge aussi avancé un voyage aussi dangereux pour raison de fortune; nous ne devrions plus songer qu'à appareiller pour le ciel.... Dieu nous y conduise un jour, et vous fasse aussi saint que je le lui demande dans mes prières. Amen , amen. Mes compliments bien sincères à la dame et à tous ces messieurs. Je m'arrête ici, m'en référant à la lettre de Thérèse de Jésus : si vous faites ce qu'elle vous dit, vous remplirez tous mes vœux.

Du couvent de Saint-Joseph d'Avila, 15 décembre 1581.

Votre servante, Thérèse de Jésus.

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LETTRE CXXÏI.

NOTES

N. \. Celle lettre étant adressée h un neveu de sainte Thérèse qui se trouvait dans l'Inde, la Sainte a cru devoir y mettre In date complète. Ce neveu était marié à la dame Marie de lnojosa, native de Saint-Domingue. C'est à l'époque de ce mariage que mourut Laurent de Cépède, frère de la Sainte et père du neveu auquel elle écrit cette lettre.

N. 2. Dans le troisième nombre, Thérèse de Jésus, dont la Sainte fait un si bel éloge , éiait novice au même couvent que la Sainte... On ne sait pas quel est ce Diego Sunrez dont elle parle dans le nombre suivant.

N. 5. Dans le cinquième nombre, François de Salcedo s'était fait prêtre, après la mort de sa femme; il fut dix ans dans l'état ecclésiastique. Plusieurs fois il avait rempli les fonctions de chapelain et de confesseur au couvent d'Avila. Il mourut le 12 septembre 1580. Dieu permit que ce bon prêlre fût sujet à de grandes épreuves par des peines intérieures. Etant venu un jour de grande tribulalion célébrer la messe au couvent, Dieu fit entendre ces paroles à la Sainte : Oh! combien tes sacrifices de ce prêlre me sont agréables.

N. i. Dans le septième nombre, Augustin est un frère de sainte Thérèse. A près s'être couvert de gloire dans la guerre, il était resté pauvre au milieu des richesses du florissant empire qu'il venait de conquérir. Il songeait à revenir en Espagne : mais la mort l'empêcha de réaliser son projet. Né le 23 févrierl527, ce digne frère de sainte Thérèse mourut à Lima, assisté dans ses derniers moments par sa sainte sœur, quoiqu'elle fût déjà couronnée dans le ciel. Voir les notes de la lettre L° du second tome.

A M. Jean de Ovalle, beau-frère de la Sainte. i. Jésus soit avec vous. Ce soir, on m'a remis une lettre du P. (îracian, qui m'annonce l'arrivée des bulles de l'archevêque à Tolède, et qu'il y croit ce prélatdéjà arrivé : s'il y est, ce sera pour prendre possession de son siège. Je suis heureuse d'avoir trouvé cet homme tout à l'heure : c'est aujourd'hui dimanche, à ce que je crois, le 19 octobre, et il m'a dit que la lettre sera remise mardi à midi. Je finis, parce qu'il se fait tard ; je n'ai rien fait dire à mon frère du départ de cet homme, parce qu'il n'aura rien à mander. Je lui ai remboursé trois réaux : au retour, je lui eu donnerai deux autres : que là on lui en donne deux pour le retour; on est convenu de sept réaux , et je me fais un cas de conscience de lui rembourser le tout ici, jusqu'à ce qu'il en fasse la demande.

2. Oh! quel embarras dans les obligations de notre pauvreté 1 Puisque je ne puis rien, je désire que Dieu vienne à notre secours d'un autre côté. Je vous ai déjà écrit de ne pas vous arrêter ici, qu'il me suffira de vous trouver à Tolède. J'y ai écrit de nouveau hier, pour prier la dame Louise de la Cerda de ne pas oublier son engagement, et la prieure, d'avoir soin de le lui rappeler. Grâces à Dieu, les démarches et la faveur ne manquent pas : amenez une monture qui aille bien et pas haute, elle pourrait vous broyer.

3. Les religieuses sont privées d'entendre la messe; rien de nouveau du reste : les affaires vont bien. Qu'on parle à la prieure de ce messager, en cas qu'elle veuille m'écrire : celle lettre est aussi pour ma sœur. Je me recommande aux prières de Béatrix. Si vous aviez pu deviner, vous auriez eu un beau temps pour aller d'ici à Tolède, et il

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LETTRES CXXVH-CXXVIH.

est encore assez bon : que le Seigneur conduise celle affaire. I! est déjà tard, et je unis.

Votre indigne servante ,

Thérèse de Jésus, notes.

N. 1. On conserve l'original de celle lettre dans la paroisse de Saint -Jean d'Avila, où sainte Thérèse avait reçu le saint baplême. Elle est du 19 octobre 1577. Dans le premier nombre, il est question des bulles de Mgr. Quiroga, nommé à l'archevêché de Tolède.

N. 2. Dans le second nombre , elle engage Jean d'Ovalle à venir d'Albe à Avila, pour aller ensuite à Tolède. La mère Anne des Anges était alors prieure du couvent de Tolède. Dans le troisième nombre, il s'agit des religieuses! du couvent de l'Incarnation.

A Louis de Cépêde, petit-neveu de la Sainte.

JÉscs. — 1 . La grâce de l'Esprit-Sainl soit toujours avec vous. Amen. Je viens de recevoir vos lettres et les quatre ducats; ils seront remis cette semaine. Que Dieu vous paye du secours que vous accordez à notre sœur de l'Incarnation : c'est celle qui éprouve le plus de besoins. La sœur Béatrix de Jésus est chargée provisoirement de la direction du couvent de Malagon, la prieure étant malade. Gloire à Dieu! elle s'en acquitte parfaitement ; je ne lui savais pas tant de talent.

2. Ne vous étonnez pas de ne pouvoir vous recueillir au milieu de tant d'embarras : la chose n'est pas possible ; remettez à la fin de vos affaires de reprendre le gouvernement de voire âme ; j'en serai contente. Fasse le ciel que tout cela tourne à bien ; ne vous tourmentez pas pour rien : quand il vous en resterait beaucoup , toul doit finir bientôt. Je me recommande aux prières de ces dames , et la mère prieure aux vôtres. Ce 26 novembre.

Voire indigne servante ,

Thérèse de Jésds.

N. 1. Cette lettre fut écrite de Tolède le 26 novembre 1576. Louis de Cépède, auquel elle est adressée, était le fils de François de Cépède, qui avait pour père François Alvarez de Cépède, frère du père de sainte Thérèse.

N. 2. Béatrix de Jésus devait être la sœur de la religieuse à qui cette aumône est adressée. Elle dirigeait le couvent de Malagon pendant la maladie et l'absence de la supérieure, qui était la mère Brianda.

A un parent de la Sainte.

JÉscs. — 1. La grâce du Saint-Esprit soit avec vous. Grâce à Dieu , le mal n'étant pas au bras droit , je puis vous écrire cette lettre. Je suis mieux , et en état de garder le carême. Vos attentions m'en adouciront la rigueur ; que Notre-Seigneur vous récompense de celte faveur : quoique j'en sois l'objet, elle n'en est pas moins grande pour la sœur Isabelle de Jésus , tant est vive et sincère l'affection qu'elle me porte I Je goûte beaucouD de consolations dans sa société : elle me parait

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un ange. Je désire que vous jouissiez d'une bonne sanlé , ainsi que ces dames que je salue affectueusement. Je vous recommande tous à Noire-Seigneur.

2. La mort de cette dame m'a causé un bien vif chagrin. Je venais d'écrire a Don Teutonio (1) , pour le féliciter du succès de ce mariage : je lui suis grandement obligée. Ces messieurs sont rudement éprouvés. Ils doivent être de bien grands serviteurs de Dieu. Les souffrances sont le don le plus précieux que sa divine main puisse nous faire , tant que nous vivons : cette vie si courte n'a de prix que parce qu'avec elle on peut gagner la vie éternelle. Je remercie bien Notre- Seigneur de ce que vous ne vous négligez pas sur ce point. Qu'il daigne vous continuer ses faveurs, comme aussi à ces dames que Laurent

de Cépède salue affectueusement.

Voire indigne servante,

Thérèse de Jésus, notes.

N. 1. Celle lettre fut écrite d'Avila, pondant le carême de 1578. Isabelle de Saint-Paul fut !a première professe de la réforme. Elle mourut en odeur de sainteté le 4 février 158-2... on ne sait pas quelles sont ces dames dont elle parle dans le premier nombre.

N. 2. Dans le second nombre, la dame dont la mort a causé tant de chagrin a sainte Thérèse, devait appartenir à quelque illustre famille; mais on ne connaît aucune particularité de sa vie ou de sa naissance.

A une Dame , parente de la Suinte.

Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous. Ma sœur est arrivée aujourd'hui ici , avec son mari et ses enfants , pour voir mon frère Laurent, et celui-ci était déjà parti pour ta cour ; il a pourtant laissé ses enfants , car il compte passer l'hiver ici : il se rend d'abord ù Avila. Il vint ici bien faible et bien malade ; mais il est mieux. Nous avons beaucoup parlé de vous. Augustin est resté là-bas.

2. La sœur Béatrix de Jésus s'est tellement attachée à la prieure de Malagon , qu'elle m'a priée instamment de ne pas l'en retirer. Elle n'a pas de santé: je prie Notrc-Seigncur de lui en donner; toutes sont parfaitement contentes de son caractère. Quant à moi , je ne le suis pas trop de Louis de Cépède ; il ferait bien de me donner par fois de ses nouvelles. J'ai reçu aujourd'hui une lettre d'Isabelle de Saintl'aul. Dieu vous conserve longues années, et fasse de ces sœurs autant de saintes. Je me porte beaucoup mieux ici que par là. Je me recommande bien aux prières de toutes ces dames. C'est aujourd'hui

le ik octobre.

Votre indigne servante,

TnÉRÈSE DE JÉSUS.

Extrait d'une autre lettre à la même , ou à quclqiC autre Dame. Vous ne paraissez avoir d'autres soins que de me procurer toutes

(1) En réponse à une de ses lettres.

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LETTIIE CXXT. 221

sortes de satisfactions ; c'est une véritable joie pour moi d'avoir une de vos lettres et de savoir que votre santé est bonne. La mienne ne l'est pas trop en ce moment ; ne m'oubliez pas devant Dieu. Sachez que je suis heureuse d'avoir une fille comme celle que j'ai eue, et que j'aurai toujours en vous. Je ne manquerai pas de vous recommander à Dieu : nos sœurs le font aussi. Toutes celles de celle maison vous font leurs compliments , en particulier la mère sous-prieure , qui vous est bien obligée ; priez pour elle. Elle ne jouit pas d'une bonne santé. Que le Seigneur veuille vous conserver et vous donner son divin Esprit. Le

dernier jour du mois d'octobre Je me recommande bien aux prières

de mesdames vos soeurs. Que Dieu donne la santé au malade , je l'en supplierai , et à vous aussi , ma fille.

Notes.

N. 1. Dans le premier nombre, Augustin esl un des frères de la Sainte, qui était rjsté dans le Pérou.

N. 2. On ne sait si la seconde lettre s'adresse à la même darne ou à une autre; sainte Thérèse lui donnait le nom de fitle. Ce titre, que la Sainte ne prodiguait pas, suppose clie; cette dame une vertu consommée.

PJ. 3. Louis de Cépéde était un frère de sainte Thérèse.

ou

Instruction que la Sainte donna à une personne qui devait conférer avec le révérendissime général de l'ordre , sur l'affaire de la séparation des carmes déchaussés d'avec ceux de la primitive observance.

Jésus. — 1. Le provincial doit toujours être chargé de la direction des monaslèrcs des religieuses: comme dans ces maisons, il ne s'agit que de mortification et de perfection, etqu'il n'y a de commerce qu'avec Dieu, il conviendrait beaucoup, si c'est possible', de nommer à cette charge le P. Jérôme Gracian de la Mère de Dieu; parce que d'abord, il les a visitées ces dernières années, et qu'à raison de sa prudente discrétion et de ses procédés pleins de décence et de douceur, il parait avoir été choisi par la Vierge, pour faire avancer ces sœurs dans la voie de la perfection; et ensuite, celles-ci se sentent à chacune de ses visites, animées de saints désirs, et portées à l'avancement spirituel de leurs âmes.

2. C'est le père qu'il convient de nommer, si la chose est possible, et aucune des sœurs ne pourra parler autrement ; mais celle nomination parait 'ne pouvoir se faire parce que le général est aigri autant et plus encore contre lui, que contre Thérèse de Jésus, pourles motifs qui se diront ailleurs ( c'est ce père qui a clé visiteur apostolique par ordre du dernier nonce et du roi ), e! sa disgrâce ne doit pas étonner, vu les griefs qu'on lui impute.

3. Ce serait une œuvre bien agréable à Noire-Seigneur, que d'en finir avec celle cabale, mais la chose parait impossible: il faut donc songer à en faire nommer d'autres à celte charge: ce sera, ou le

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222 LETTRE CSXX.

P. Prescniaao \ntotne de Jésus, ou le P. Jean de la Croix: ces deux pères sonlles premiers de la réforme, et tous les deux grands serviteurs de Dieu. Si le général refuse l'un et l'autre, que ce soit celui qu'il voudra, pourvu que ce ne soit ni l'un de ceux ni N Faisons ce que

nous pourrons; avec du temps et la grâce du Seigneur, nous pourrons obtenir autre chose. L'essentiel d'abord est de se soustraire à l'autorité des anciens.

k. Quel que soit celui qui sera nommé , il aura soin d'envoyer chaque année les taxes ordinaires, en reconnaissance de la visite du général; et quand même il ne la ferait pas ( ce que je ne suppose pas, puisqu'il y est tenu), les monastères les enverront toujours. Ces dons seraient doublés, s'ils devaient passer parles mains du P. Jérôme Gracian. Quand les religieuses donneraient encore davantage, elles y gagneraient beaucoup, vu l'importance de cette nomination. Mais ce dernier point ne se dilqu'àun père confident du général,, après avoir connu quel est celui qui jouit le plus de son intimité. Il conviendrait même de conférer de tout ceci d'abord avec celui-là. Il importe beaucoup au succès de cette négociation , de gagner, et par des paroles et autrement, la faveur de ceux qui entourent le général.

5. Le troisième point consiste à obtenir du générai ae ne pas plus lier le pouvoir du provincial de ces monastères , que ne l'est celui des supérieurs des autres ordres; ceux-ci peuvent, dans le cas où ils acquerraient une maison, ou qu'on leur en donnerait une pour des religieuses, en amener quelques-unes pour commencer la fondation; sans cela, le bien de l'ordre ne se fera pas, et jamais aucun général n'a posé de tels obstacles dans le sien. Au contraire, ils aident et applaudissent au progrès de leur religion, comme le faisait le révérendissime général des carmes, avantd'avoir reçu ces faux rapports. On ne conçoit pas ce qu'on a pu alléguer contre des personnes aussi religieuses , de tout temps exemplaires, et qui mettaient dans la fondation des monastères tant de décence etde religion, pour leur ôterun pouvoir qui s'accorde dans tous les ordres, comme nous l'avons dit.

6. Dans le chapitre, le général a défendu, sous peine d'excommunication, qu'aucune religieuse sortit d'un couvent, et aux supérieurs de donner aucune autorisation semblable , nommément à Thérèse de Jésus. Celle-ci, lorsqu'une maison était sur le point d'être fondée, allait avec quelques religieuses, pour en poser les fondements, et l'affiliaità l'ordre, conformément aux lettres patentes qu'elle lenaitdu révérendissime général; cela se faisait avec tant de religion, que tous les témoins de leur conduite en restaient édifiés, comme on pourra s'en assurer par

une enquête, si on la croit nécessaire.

Thérèse de Jésus notes.

N. 1. L'original de cet écrit se conserve avec vénération cl\ei les carmélites du Corpus-Chrisii d'Alcala. Le commencement et la fin nous en manquent, ce qui fait qu'on ignore la personne à qui il est adressé. C'est une instruction adressée par la

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Sainte h la personne qui devait négocier auprès du général de l'ordre, l'érection de la réforme en province séparée.

8.2. Celte instruction renferme trois points bien distincts; lepremier reste ignoré par la perte du commencement de cet écrit ; les deux autres paraissent assez clairs par la teneur de l'instruction.

N. 3. Dans lepremier nombre, elle propose pour provincial de la réforme le P. Jérôme Graciait, dont le nom se retrouve souvent dans les lettres de la Sainte. Ce père lui inspirait la plus grande confiance. Il parait même qu'il avait mérité les suffrages de toutes les religieuses. A son défaut, sainte Thérèse désigne pour celte importante charge le P. Anioinede Jésus, ou le P. Jean de la Croix, ou enfin tout père au choix d u général, à l'exclusion de quelques pères, dont les noms sont inconnus Elle insiste sur toute chose sur ce que la nouvelle réforme soit formée en

province indépendante; tout le succès de l'œuvre en dépend d'après elle.

N. i. Dans le nombre i, elle propose de doubler les dons que les monastères envoyaient au général, en reconnaissance de ses saintes visites, mais à condition que le P. Gracian sera nommé provincial.

N. 5. Ce fut au chapitre général de Placencia que fut faite la défense de sortir de leurs couvents à toutes les religieuses, nommément à Thérèse de Jésus. La Sainte demandait la levée de celte défense, comme arrêtant l'essor de l'ordre du Carmel.

LETTRE CXXXF.

A don Jérôme Reynoso, chanoine de la sainte église de Placencia.

( Première. ) Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous, monsieur!... Me voici de retour à Avila : que volontiers je serais de nouveau votre fille spirituelle, si vous y étiez, mon père. Je ne trouve ici personne pour me guider et me consoler dans mes embarras de conscience. Dieu daigne remédier à ma pénible situation : en vérité, plus j'approche du terme de ma vie, moins je trouve qui adoucisse mes peines. Je suis arrivée ici avec une légère fièvre; mais je suis bien, et je me sens soulagée de ne devoir pas voyager de sitôt. Je vous assure que ces voyages sont bien fatigants. Toutefois, je ne dis pas la même chose, pour celui que j'ai fait d'ici à Soria: c'a été plutôt une agréable récréation; d'abord le chemin est uni et l'on a sous les yeux plusieurs rivières dont la vue charme la fatigue de la route. Notre bon prébendier vous aura dit ce qui nous est arrivé dans ce voyage.

2. C'est une chose étrange, qu'aucun de ceux qui veulent me seconder n'échappe à de grandes contrariétés, et Dieu, comme à vous, leur donne à tous assez de charité pour s'y exposer. Ne laissez pas de m'écrire , lorsque vous en auret l'occasion , dussiez-vous vous fatiguer. Je vous dis que de repos, nous en trouvons ici-bas bien peu; mais de tribulations, beaucoup. L'entrée de Denise m'a causé bien de la joie. Je vous prie de le faire savoir à son parent, le surintendant des postes, et de lui présenter mes hommages. N'oubliez pas de me recommander à Notre-Seigneur. Étant nouvellement arrivée , les visites ne me manquent pas: ainsi je n'ai pas le temps dégoûter la consolation de vous écrire cette lettre. Je salue respectueusement don François. Que Notre-Seigneur daigne vous conserver, et vous donne

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un accroissement de sainlelé, comme je l'en supplie. Amen. C'est aujourd'hui le 9 septembre.

Voire indigne servante et fille ,

Thérèse de Jésus, notes.

N. 1. Cette lettre fut écrite d'Avila, l'an 15SI ; on en conserve l'original au collège de Salamanque. On trouve l'éclaircissement de quelques points de celle lettre, au chap. '29, D. 10, de l'Iiisloire de ses Fondations.

N.-2. Dans le premier nombre, la Sainte arrivait de Soria Au cliap. 30, n.7,

de ses Fondations, elle dit quel était ce bon prébendier, et les services éiuincnls qu'il lui avait rendus pour ses établissements. Il se nommaitPterre de la iiibera, et il fut depuis chanoine de la même église.

N. 5. Au second nombre, Denise devait être quelque jeune personne qui venait d'entrer au couvent de l'alencia, et pareille du directeur-général des postes. INous pensons que don François doit être un autre Reynoso, qui l'utdepuis évêque deCordoue, et un prélat de vertus apostoliques, ch. 29, n. 10, de Vltistoire des Fondations.

Au même. (Seconde.) Jésus. — 1. Que la grâce du Saint-Esprit soit avec vous. Toutes vos 'étires me sont d'une grande consolation , et néanmoins je souffre beaucoup de ne pouvoir y trouver le repos ; vous n'ignorez pas cela, et malgré tout, je suis bien fâchée de ne pouvoir autrement. Je tais que vous me comprenez et je regrette de n'en pouvoir davantage.

2. Par la lettre ci-jointe, que j'écris au P. recteur Jean d'Aguila, et que vous montrera la mère prieure, vous verrez un peu où nous en sommes avec le père de la compagnie (de Jésus); eu vérité, cela paraît aller jusqu'à une inimitié déclarée, le démon semble la fomenter par les mêmes raisons pour lesquelles on me devrait de la reconnaissance. Ils ont des preuves non équivoques; ils trouvent conlrc euxmêmes (car tout ceci est un vil et sordide intérêt) des témoins

qui assurent que j'ai dit que j'ai voulu que j'ai tâché ,

et c'est beaucoup qu'on n'ose pas ajouter: que j'ai pensé : mais

comme je suis convaincue qu'il y aura des mensonges, il est clair que c'esl ici une cabale du démon.

3. Tout à l'heure on a dit à Catherine de Tolosa de n'avoir aucun rapport avec les carmélites, pour ne pas s'entacher de noire manière de faire oraison. Si le démon se presse tant de nous diviser, c'est qu'il y Irouve son compte. Ils ont dit encore à la même personne que leur général arrivait, qu'il avait déjà débarqué. Il me vient dans l'esprit qu'il est lié d'ami lié avec le seigneur don François :si parce moyeu el par un entier exposé de la vérité, on parvenait à rompre cette trame et à imposer silence, ce serait une couvre fort méritoire devant Dieu : c'esl une pilié que de voir des personnages aussi graves se mêler de pareils enfantillages. Vous examinerez cette affaire et vous lâcherez de la terminer de la manière que vous jugerez la plus convenable.

4. Je vous suppose déjà bien ennuyé de ces papiers; je vous prie de nie les renvoyer, mais par une voie sûre en tout cas. Priez Dieu pour

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moi. Que sa divine majesté vous conserve, comme je l'en supplie. Amen. C'est aujourd'hui le 20 du mois de mai. Je salue respectueusement vos tantes et don François.

Votre indigne servante,

Thérèse de Jésus, notes.

N. 1. L'original rie celle lettre se conserve en grande vénération dans l'église de Palencia, renfermé dans un reliquaire de la chapelle de Saint-Jérôme. Elle fui écrite de Burgos, l'an 1582.

N.2. Pour bien comprendre tout ce que dit la Sainte dans le second et le troisième nombres de celle lettre, nous donnons ici. d'après le vénérable Gracian, l'origine de la querelle qui s'éleva entre les pères de la compagnie de Jésuset les carmélites du monastère de Burgos. Catherine de Tolosa, qui demeurait à Burgos, avait, par testament, fait donation de tous ses biens au collège de Burgos, dirigé par les Jésuites. Dans la suite, elle signa plusieurs contrais, par lesquels elle révoquait sa donation pour appliquer ses biens au nouvel établissement des carmélites. Ses confesseurs, qui étaient les Itères de la compagnie, lui faisaient un cas de conscience de celle révocation.Celle bonne dame, qui sans douie avait de bonnes raisons de suivre la dernière impulsion de son cœur, hésitai i cuire ses scrupules et ses engagements ; telle fut la source de sa mésintelligence, qui troubla pendant quelque temps l'harmonie entre ces deux ordres; mais la Sainte cherche à excuser ses adversaires, en supposant que c'est ici une trame du démon.

N. 3. Le général des jésuites étail alors le père Aqua-Viva, dont on annonça la prochaine arrivée en Espagne, mais qui ne vint pas, en effet. Le seigneur don François, ami du général, élail l'oncle du chanoine Reynoso, qui fut depuis évêqtie de Cordoiie.

A Alonzo de Aranda, prêtre d'Avila.

Jésus. — 1. Que l'Espril-Saint soit avec vous, mon père , et vous récompense de la consolation que me donnent vos lettres. L'arrêt favorable de noire procès m'en a fait goûter une bien grande: j'en ai bien remercié Notre-Seigneur; mais je ne sais, si c'est une grande perfection que d'éprouver tant de joie dans une affaire d'intérêt temporel. Je suis persuadée que vous en avez vous-même une grande satisfaction, et que c'est le cas de vous en féliciter, comme je le fais. C'est un malheur pour nous que vous sovez absent de la cour dans celte circonstance. Dieu veuille que les affaires s'arrangent de manière à nous dispenser d'avoir besoin de la protection de madame la marquise et de votre bienveillante activité.

2. Je dois vous dire, mon père, que la situation de ces religieuses ( du couvent de l'incarnation ) me cause beaucoup de soucis. Je désire vivement qu'elles reconnaissent pour prieure celle qui a été nommée a cette charge (elles ne la reconnaissent que comme vice-prieure). Comme il leur semble (et c'est peut-être une erreur) que le bien de la maison dépend de la conduite qu'elles ont tenue, et que sa ruine est imminente, elles disent qu'elles veulent tirer en longueur tant qu'elles pourront.

3. Je vous demande en charité de voir si le P. Tostade, ou le provincial n'a pas quelque moyen de les absoudre, ou si le nonce ira en personne-

c'est un triste état de choses, si cela doit durer. Le tribunal , qui instruit ce procès ne s'y opposerait pas. Conférez sur cette affaire avec le licencié Padilla, et selon que vous le jugerez convenable, écrivezen au père Julien d'Avila, qui peut beaucoup auprès de ces religieuses; peut-être obtiendra-l-il qu'elles obéissent à dona Anna: elles auraient peu de déférence pour moi, sachant qucjc ne veux pas y aller.

k. Je supplie madame la marquise d'intervenir dans celle affaire, autant qu'elle le pourra; ce serait une bien grande consolation pour moi de les voir rendues à la paix. Je n'écris pas au licencié Padilla, pour ne pas le fatiguer. Il a bien assez de fatigues en ce moment. Je désire beaucoup savoir ce que l'on fait du P. ïostade. Faites-lui part de cette affaire. Je le conjure de travailler à mettre un ternie à cet état de choses : le trouble est à son comble, et Dieu est beaucoup offensé. Que sa divine majesté vous conserve!... Ces filles se recommandent à vos prières; c'est aujourd'hui la veille de Saint-Martin.

5. Lorsque vous serez instruit de tout, et que vous en aurez conféré avec le licencié Padilla , si vous n'avez pas un commissionnaire qui vienne promptement, madame la marquise voudra expédier un de ses domestiques , ou si vous voyez que cela la dérange , faites un exprès qui sera payé ici: il est impossible d'attendre au delà de la semaine prochaine ; vous pouvez vous figurer ce que c'est qu'une maison en désordre. Selon le rapport que m'en fait aujourd'hui le P. Jean. Si vous expédiez un commissionnaire , avertissez-en le licencié Padilla et M. Roch de Hucrla; ils auront peut-être à nous envoyer quelques lettres de notre père. Que le Seigneur y remédie et daigne vous conserver. Toute celte affaire me tient dan„ l'accablement.

C'est aujourd'hui la veille de Saint-Martin.

Votre indigne servante,

Thérèse de Jésus.

P. S. J'écris au licencié Padilla ; ainsi bornez-vous à lui parler de la marche à tenir dans cette affaire : elle est de nature à ne souffrir aucun retard. Montrez-lui ce billet.

NOTES

N. i. Celle lettre fui écrite d'Avila, le 10 novembre 1577 ; l'original se trouve chez les carmélites déchaussées de Jaën. Nous ne savons pas bien quel esl le personnage auquel elle csl adressée.

N. 2. On ignore le sujet du procès sur lequel la Sainte croii devoir féliciter Alonzo de Ànmda. Sainte Théièse, à l'exemple de saint Augustin, montre ici beaucoup de répugnance pour les procès. Il est rare que la justice, et plus rare encore que la charité n'y soit pis blessée, quelque légitimes que soient lesdroilsque l'on réclame ou (tue l'un défend. .

N.3. Il parait qu'une partie des religieuses du couvent de 1 Incarnation avait été exromiminiée pour ne vouloir pis rei onnaitre dona Anna, en qualité de prieure : elles avaientprorau à celte charge sainte Thérèse elle-même, qui crut ne devoir pas se rendre à leurs vœux. On ignore quelle csl celle marquise qui pouvait user d'un grand crédit dans celle aflaire.

N. 4. Au troisième nombre, le tribunal qui instruit le procès, c'est le conseil royal de Caslille. La Sainie voulait que le provincial ou le nonce, Mgr. Sega, leur donnât une absolution provisoire ; mais, du resie, elle désirait qu'elles reconnussent pour prieure

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