LIVRE II. CHAPITRE XXIX
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(re de laquelle de ces trois causes ces effets naissent; mais il est trôsdiflkile d'en apporter d'assez certaines pour en faire le juste discernement. En voici toutefois quelques-unes qui sont générales : lorsque l'âme tandis qu'elle sent ces opérations, aime et joint à son amour l'humilité et le respect envers Dieu, c'est un sigue de la présence et de l'aciion du Saint-Esprit, parce qu'il couvre et cache ainsi ses dons célestes; mais quand le seul entendement agit par la force de ses lumières naturelles, il n'y a en tout cela aucune vertu, quoique la volonté puisse alors concevoir quelque amour pour Dieu. C'est pourquoi, à la fin de la méditation, la volonté demeure sèche, aride, froide, quoiqu'elle ne soit e-ncline ni à la vanité, ni au mal, sinon lorsque le malin esprit la lente et la porte à ces vices. Au contraire, lorsque ces paroles intérieures prennent leur origine de l'esprit divin, la volonté, après qu'elle* se sont évanouies, conserve beaucoup d'amour de Dieu et d inclination pour le bien. Il se peut néanmoins faire que Dieu la laissera, pour sa plus grande utilité, dans l'aridité et dans le dégoût. D'autres fois* aussi elle ne sentira presque pas ces opérations, ni les mouvements qui l'excitent aux vertus, quoique les choses dont elle a joui dans sa contemplation soient effectivement bonnes et surnaturelles. C'est pourquoi j'ai dit qu'il est très-difficile de connaître clairement la différence qui s'y trouve, à cause de la diversité de leurs effets. Ceux néanmoins que nous venons de remarquer sont les plus communs et les plus ordinaires, quoiqu'ils soient quelquefois plus et quelquefois moins abondants.
Pour ce qui concerne les connaissances et les paroles intérieures qui procèdent du démon, on s'en aperçoit malaisément; car quoiqu'elles affaiblissent la volonté dans l'amour de Dieu, et qu'elles inclinent l'âme à la vanité, à l'estime d'elle-même et à la complaisance en ses propres perfections, elles lui inspirent une fausse humilité et un amour vif et ardent, fondé en l'amour-propre : de sorte que les seules personnes éclairées et spirituelles sont capables de les découvrir et de connaître les artifices de cet esprit de ténèbres. 11 en use ainsi pour se cacher plus adroitement; il excite, même dans le cœur, des sentiments si louchants, qu'il eu tire les larmes des yeux et qu'il allume dans le fond de l'âme l'amour qu'il se propose. Mais son principal soin est d'émouvoir la volonté à faire beaucoup d'estime de ces communications intérieures, à s'y abandonner, surtout à celles où l'on ne pratique nulle vertu, et où l'âme a occasion de perdre les biens spirituels qu'elle avait acquis.
Il reste à nous servir de loute la circonspection nécessaire en ces deux sortes d'opérations, de peur d'être ou trompés, ou retardés en noire course. Celle circonspection consiste à ne faire nul état de ces communications, à conduire efficacement notre volonlé à Dieu, à accomplir avec loute la perfection possible ses commandements , ses conseils et ses "desseins ; car c'est là toute la sagesse des saints, et il nous doit suffire de connaître les mystères divins et les vérités éternelles avec la simplicité et la sincérité avec laquelle l'Eglise nous les propose : c'est principalement ce qui nous enflamme de l'amour divin (Rom., XII, 3 . Ne nous occupons donc, point à entrer dans les profonds secrets de Dieu et dans les connaissances curieuses où l'on ne peut éviter, sans une espèce de miracle, le danger de se perdre; et souvenons-nous, selon cet avis salutaire de saint Paul, de ne vouloir pas être plus connaissants et plus sages qu'il ne faut, Voilà ce que nous avions à dire des paroles successives.
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1A MONTEE DU MONT CARMEL
CHAPITRK TRENTIÈME.
On <rat7e des paroles intérieures gui sont formées sumalurellemenl des l'esprit. On avertit l'(lme (les dommages qu'elles peuvent apporter , on donne les instructions nécessaires pour n'y pas rire trompé.
Les paroles intérieures de la seconde espèce sont celles que nous appelons formelles. Elles se forment su. 'naturellement dans l'esprit sans 1 opération des sens corporels, soit que l'esprit se recueille, soit qu'il ne se recueille pas. J'ai dit que ces paroles sont formelles, parce que l'esprit s'aperçoit formellement qu'elles sont proférées par un autre, sans qu'il y contribue de sa part : c'est pour cette raison qu'elles sont différentes de celles dont nous venons de parler. Mais ce n'est pas la seule différence qui s'y trouve : il y en a encore une autre, qui est que l'esprit est frappé de ces paroles lorsqu'il n'a aucune récoilection, et même lorsqu'il n'y pense pas; au lieu que le contraire arrive dans les paroles successives; car elles ont toujours pour objet les choses que l'on considère dans la méditation.
Or, les paroles dont il s'agit maintenant sont formées quelquefois distinctement, quelquefois avec peu de distinction; elles sont souvent dans l'esprit comme des pensées par lesquelles on lui dit quelque chose, Ijulôl en lui parlant, tantôt en lui répondant. Quelquefois on n'entend qu'une parole, quelquefois on en entend deux, et quelquefois plusieurs qui se succèdent les unes aux autres. Car cet entretien intérieur dure quelquefois longtemps, soit en instruisant l'âme, soit en conférant avec elle de quelque matière : de telle sorte, néanmoins, que l'esprit n'agit pas, et qu'on entend toutes ces paroles comme si une personne parlait à une autre. C'est ce que Daniel éprouva autrefois, lors, comme il le dit lui-même, que l'ange Gabriel lui parla [Dan., IX, 22). Car il prononçait formellement et successivement des paroles dans l'esprit de ce prophète, et il lui apprenait ce qui devait arriver dans quelques années.
Ces paroles, lorsqu'elles demeurent dans le degré de paroles formelles et qu'elles n'ont rien de distingué, ne font dans l'âme qu'un effet médiocre; car elles ne contribuent d'ordinaire qu'à l'enseigner, ou qu'à lui donner un peu de lumière sur quelque sujet particulier, tellement qu'il n'est pas nécessaire qu'elles produisent des effets plus efficaces que la lin à laquelle ces paroles sont destinées. Mais, quand elles sont l'ouvrage de Dieu, elles éclairent toujours l'âme; elles la rendent toujours prompte à exécuter tout ce qu'on lui commande et tout ce qu'on lui' enseigne. Quelquefois, néanmoins, elles ne la délivrent pas de sa répugnance et de ses difficultés : au contraire, l'âme les sent quelquefois davantage, Dieu le permettant ainsi pour l'instruire et pour l'humilier, surtout quand il lui ordonne des choses qui peuvent procurer à l'âme ou quelque honneur, ou quelque degré d'excellence et d'élévation. Mais il lui donne, au même temps, beaucoup de facilité et de promptitude à embrasser les humiliations. De là vient, comme nous lisons dans l'Exode (Exod., IV, 11], que Moïse, lorsque Dieu lui commanda d'aller à Pharaon pour mettre le peuple juif en liberté, fit paraître une si grande résistance, qu'il fut nécessaire de lui faire trois fois ce commandement et d'y joindre df!S miracles. Tout cela néanmoins fut inutile, jusqu'à ce que Dieu lui donna son frère Aaron pour compagnon de son entreprise.
On expérimente le contraire lorsque le démon est l'auteur de ces paroles et de ces communications : il suggère de la facilité et de la promptitude à recevoir les choses honorables et importantes, et de la contrariété à souffrir les choses basses. Ainsi Dieu abhorre tellement une âme qui a du penchant nour )<>* honneurs, que, lors même qu'il
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