‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 209 sur 448 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

L'âme qui ne s'aveugle pas à l'égard des images et des connaissances de la mémoire en ne les regardant nullement, tombe en trois sortes de dommages, dont on propose ici le premier.

Tandis que l'homme spirituel se servira des espèces naturelles de la

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mémoire pour aller à Dieu, il sera nécessairement exposé à trois sortes d'inconvénients, deux desquels sont positifs et le troisième est privatif. Le premier naît des choses de ce monde. Le second vient du démon. Le dernier est l'empêchement que ces connaissances apportent à ceur qui aspirent à l'union divine.

Le premier traîne avec soi, par le moyen de ces opérations de la mémoire, plusieurs pertes particulières, telles que sont les faussetés, les passions, les jugements, la perle du temps et plusieurs autres, qui remplissent l'âme d'impuretés. Pour ce qui est des faussetés, il est clair que les idées qui restent dans la mémoire jettent l'âme, malgré elle, dans de fausses connaissances. En effet, elle prendra souvent le faux pour le vrai, et le douteux Dour le certain, en sortequ'elle neconnaitra jamais à fond la vérité. Elle se délivrera toutefois de ce mal, si elle s'affranchit de l'idée des choses que la mémoire lui retrace en l'esprit.

Quant aux imperfections, la mémoire y engagera l'âme presque à chaque moment dans les choses dont elle aura reçu les images par la vue, par l'ouïe, par le goût, par l'odorat, par l'attouchement; parce que le ressouvenir de ces objets élèvera dans le cœur des mouvements, tantôt de douleur, tantôt de crainte, tantôt de haine, tantôt de vaine espérance, de vaine joie, de vaine gloire. On ne peut nier que ce ne soit du moins des imperfections et quelquefois même des péchés véniels et que toutes ces choses ne blessent la parfaite pureté de l'âme et ne rompent sa très-simple union avec Dieu. . ''..

Les mêmes représentations de la mémoire soulèvent les passions, *■* puisque vouloir discourir sur les choses que la mémoire fournit, vou- &%

loir acquérir de nouvelles connaissances, cela suffit pour exciter les

passions et pour les nourrir. •'/-.

quelquefois ï'un pour l'autre. Ce qu'elle évitera sans doute lorsqu'elle

Les différents jugements tirent encore de là leur origine, l'âme ,ne *■* pouvant s'empêcher de juger du bien et du mal d'autrui , et de prendre %^

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effacera les espèces naturelles de la mémoire. ., £

Que si vous soutenez qu'un homme peut facilement vaincre toutes ces difficultés, je vous répondrai que cela est impossible, supposé qu'il estime ces connaissances et qu'il s'y attache. Il s'y glisse mille extravagances, et quelques-unes sont si fines qu'elles souillent l'âme sans £.'? qu'elle y fasse réflexion, comme la poix noire gâte les mains presque imperceptiblement. De plus, je dis qu'on se débarrasse tout d'un coop de ces obstacles, lorsqu'on rejette entièrement le souvenir de tous les objets extérieurs.

Vous me direz encore que, quoique ces choses soient véritables, l'âme est néanmoins dénuée de plusieurs pensées et de plusieurs consi- ^ déralions qui lui seraient d'un grand secours pour obtenir de Dieu des *# faveurs singulières; mais je vous réplique qu'il faut dégager tout à fait la mémoire , non pas de ce qui est purement Dieu , et de ce qui nous aide à parvenir à la connaissance de Dieu, confuse, universelle, pure, simple, amoureuse, mais de toutes les choses absolument qui nous sont %#, représentées par des espèces , par des ressemblances ou par d'autres moyens corporels.

Or, la pureté est surtout nécessaire à l'âme pour recevoir les dons de Dieu, et elle consiste à n'aimer rien de créé et de passager, et même à n'y faire aucune attention. Mais je crois que l'imperfection des puissances de l'âme la fait tomber souvent dans ces attaches et dans ces réflexions sur les créatures. C'est pourquoi il sera plus utile et plus prudent d'apprendre le moyen de retenir les facultés de l'âme dans le silence et dans le repos, afin que Dieu lui parle et qu'elle l'écoute, puisque les opérations naturelles de ses puissances doivent cesser pour ac-

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