‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 210 sur 448 · LIFRE III. CHAP. III · texte numérisé non relu

LIFRE III. CHAP. III

quérir cet état : ce qui arrive lorsque Dieu conduit l'âme et ses puissances dans la solitude, et que, selon l'expression d'un prophète, il lui | parle : Je la mènerai, dit-il, dans la solitude et je lui parlerai au cœur (Osée, II, 14). H Si vous ajoutez, néanmoins, que si la mémoire ne contribue point |S à contempler les choses divines et à réfléchir sur Dieu même, l'âme ne pourra ni faire ni recevoir aucun bien, et qu'au contraire, elle tombera dans les distractions, dans la dissipation et dans la tiédeur; je vous dirai que la mémoire, se séparant de l'idée des choses présentes et des futures, et se tenant recueillie en elle-même, ne donnera nulle entrée aux égarements, au relâchement ni aux autres imperfections humaines, lesquelles n'entrent jamais dans l'âme, que quand elle se répand parmi les créatures. Ainsi , la porte étant fermée à tous ses empêchements , l'esprit seul demeurera eu silence, prêt à entendre la parole intérieure de Dieu, à qui il dira avec le Prophète : Pariez, Seigneur, car votre serviteur écoule (I Reg., 111, 10). L'Epoux sacré souhaite, comme il est écrit dans les Cantiques, que sa sainte épouse soit ornée des mêmes dons, lorsqu'il dit que sa sœur, son épouse , est un jardin fermé et une fontaine scellée (Cant., IV, 12) ; c'est un jardin fermé à toutes les choses extérieures qui peuvent y entrer, afin que l'âme soit délivrée de tout soin et de toute peine, et que celui qui entra autrefois çorporellement chez ses disciples, les portes étant fermées, et qui leur donna sa paix 'lorsqu'ils ne savaient et ne pensaient pas même que cela pût se faire ; aOn, dis-je, qu'il entre dans l'âme sans qu'elle connaisse de quelle :■ manière il entre, et sans qu'elle y coopère de sa part, pourvu néanmoins qu'elle tienne fermées aux images des créatures les portes de la mémoire, de l'entendement et de la volonté : alors il la remplira d'une douce consolation , en faisant couler dans elle , comme parle Isaïe , un fleuve de paix (Isa. LXVI, 12). De sorte qu'il la garantira des soupçons, des défiances, des troubles, des obscurités et des autres peines qui lui donnaient sujet de craindre qu'elle ne s'écartât du droit chemin et qu'elle ne courût à sa perte. Elle doit cependant s'appliquer avec soin à l'oraison et attendre avec patience dans la nudité et le vide de toutes choses, car Dieu ne tardera pas à la combler des biens spirituels.

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