‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 220 sur 448 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

Du cinouième inconvénient des espèces surnaturelles de la mémoire, lorsque l'âme prend de bas sentiments de Dieu. Ce n'est pas un inconvénient moins pernicieux à l'âme que les au^ très d'entretenir dans la mémoire la peinture imaginaire de ces connaissances surnaturelles, principalement lorsqu'elle veut les employer comme un moyen pour entrer dans l'union de Dieu. Il lui sera facile

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512 Là MONTÉE Pli MONT CARMEL.

alors de se former des idées de l'essence de Dieu moins élevées que son incompréhensibililé ne l'exige. Car, quoique la raison et le bon sens l'empêchent de croire qu'il a de la ressemblance avec ces choses, néanmoins l'estime qu'elle l'ait de ce? représentations Surnaturelles sera cause que les pensées qu'elle aura de Dieu ne seront pas si sublimes que la foi demande, puisqu'elle nous propose un Dieu infini, incomparable et incompréhensible. En etlel, jugeant de Dieu selon le tableau qu'elle se fait des créatures, elle l'abaisse en les relevant, elle lui ôte quelque chose de son excellence en les estimant propres pour représenter, elle les compare avec lui: et, de celle sorte, elle diminue la grandeur des connaissances et des sentiments qu'elle devrait en avoir, parce que rien de créé, rien de naturel ni de surnaturel qui peut être l'objet des sens, quelque éminent qu'il soit, n'a de la proportion avec Dieu et ne lui peut être comparé. 11 n'est renfermé dans aucun genre ni dans aucune espèce, et l'âme n'est pas capable en celte vie de connaître que les choses qui sont contenues en quelque espèce ou en quelque genre. C'est pourquoi personne, dit saint Jean, n'a jamais vu Dieu; personne n'a jamais compris ceque c'est que Dieu ; car l'œil n'a point vu sans vous, u mon Dieu! ajoute lsaïc,ce que vous avez préparé pour ceux qui vous attendent (Joan., I, 18; Isa. , LXIV, 4). Celui-là ne peut donc ni concevoir Dieu ni i'eslimer comme il est convenable, qui remplit sa mémoire et ses puissances de toules ces choses.

Expliquons ceci par cette comparaison, quoique basse et indigne de Dieu. Il est hors de doute que, plus un homme estimera les servileurs du roi, plus il s'occupera de la considération qu'il a pour eux; moins il aura dans ce moment et d'estime et d'égard pour sa majesté. Quoique son entendement ne forme pas distinctement cette pensée, l'action de de cet homme montre la préférence qu'il donne aux serviteurs et la prééminence qu'il ôle à leur Seigneur : et conséquemment , tandis qu'il fera quelque état des domestiques, il ne prendra pas des idées assez hautes de son souverain. De même lorsque l'âme estime les créatures, et les regarde comme des portraits propres pour lui représenter Dieu, elle a dans ces moments moins d'estime pour lui qu'il ne faut; et si elle n'a pas dans l'esprit celte pensée, elle donne néanmoins par son action l'avantage aux créatures, dépouillant en quelque façon le Créateur de son excellence infinie. Il est donc nécessaire qu'elle retire les yeux de dessus les créatures pour les élever à Dieu seul et pour les fixer en lui par la foi et par l'espérance. Ainsi , tous ceux-là sont dans l'erreur qui aspirent à l'union divine par ces moyens; leur entendement est moins éclairé de la foi, laquelle doit néanmoins l'unir à Dieu; leur mémoire est aussi moins soutenue de l'espérance, laquelle doit toutefois la conduire à celte union.

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