LIV. III. CIIAP. XII
sans s'attacher à la douceur qu'ils répandent en son cœur. Elle j>eut aussi, pour le même effet, rappeler en sa mémoire les images qui oui contribué à l'enflammer de l'amour divin, afin de se remettre en l'esprit les motifs qui l'attirent à l'amour, et qui allument l'amour dans son cœur. Car, quoique le souvenir de ces choses ne produise pas un effet aussi fort que leur première impression et leur première vue, toutefois il réveille l'amour, il élève ensuite l'âme à Dieu; surtout lorsqu'on se souvient des fuilômes et des sentiments surnaturels qui sont gravés si profondément dans l'âme, qu'ils y demeurent longtemps; et que quelques-uns n'en sont presque jamais effacés. Les images qui sont imprimées de la sorte, et auxquelles l'âme a recours pour se rafraîchir la mémoire des choses qu'elles a connues, font des effets d'amour, de douceur, de lumières, de transports , de paix, quelquefois plus grands, quelquefois plus petits, quelquefois plus souvent, quelquefois plus rarement; car c'est pour ce dessein que Dieu les lui a communiquées ; si bien que celui-là est favorisé d'une grâce insigne en qui Dieu opère toutes ces merveilles, puisque c'est posséder des trésors infinis de biens célestes.
Ces espèces restent dans l'âme d'une manière vive et non pas morte , parce qu'elles y résident selon son entendement et sa mémoire ; et elles ne ressemblent pas aux images qui se conservent dans l'imagination. C'est pourquoi l'âme n'est pas obligée de les emprunter de cette faculté matérielle, lorsqu'elle veut s'en ressouvenir. Elle s'aperçoit bien qu'elle les a dans elle-même ; et elle les y voit comme ou voit dans un miroir l'image de l'objet qu'on lui présente. S'il arrive donc qu'une âme remarque en elle-même ses idées, elle peut en réveiller la mémoire pour s'exciter à l'amour de Dieu, car ces espèces ne l'empêcheront pas de parvenir par la foi à l'union de l'amour, pourvu qu'elle ne s'attache point à ces images, qu'elle ne s'en occupe pas, et qu'elle les rejette aussitôt qu'elle sentira l'amour allumé dans son cœur.
Il est difficile de distinguer quand ces idées passent jusqu aux choses purement spirituelles, quand elles atteignent et touchent directement ces choses comme leur terme ; ou si ces espèces sont tellement resserrées dans la fantaisie, qu'elles ne sortent point de ses bornes. Car cette faculté du corps en forme si souvenl, que plusieurs personnes ont des visions qui ne sont que l'ouvrage de l'imagination, et qui sont représentées de même manière, soit que cela vienne de la vivacité de leur fantaisie, qui fait incontinent le portrait des choses qui leur tombent dans la pensée, soit que ce soit une opéralion du démon qui en imprime aussitôt l'image ; soit enfin que Dieu aeetle lui-même cette espèce dans cette puisssance, sans la graver formellement dans l'âme. On peut néanmoins faire ce discernement par les effets. Car les images naturelles dont le malin esprit est l'auteur ne sont d'aucune utilité, et ne renouvellent point l'amour ni l'état spirituel de l'âme; mais elles lui sont infructueuses, quoique l'âme en ait la mémoire présente. Au contraire les espèces qui sont bonnes, et qui viennent de Dieu, produisent à la vérité de bons effeis dans l'âme quand elle s'en souvient, comme elles en ont produit la première fois qu'elle y a pensé: mais les images formelles, c'est-à-dire celles qui sont imprimées dans l'âme, font en elle des effets plus considérables lorsque l'âme fait un retour sur ces images, et qu'elle les regarde avec quelque attention. Celui qui aura quelque expérience de ces dernières espèces, découvrira facilement la différence qu'il y a entre elles et les premières images. Pour en marquer ici quelque chose, je dis seulement que celles qui sont imprimées formellement dans l'âme, et qui y persévèrent, sont très- rares. J'ajoute qui! est du bien de l'âitie <!e quelque nature due soient ces
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LA MONTÉE Dl MOXTCAIHIEL.
images, ac ne vouloir connaître et comprendre que Dieu par la foi, dans l'espérance de le posséder.
Je reponds enfin à ce qu'on dit, qu'il y aurait de l'orgueil à rejeter les bonnes choses qui se présentent à l'esprit; je réponds, dis-je, que c'est au contraire l'effet d'une insigne humilité de se servir de ces choses avec prudence et avec utilité, et de prendre le chemin le plus sûr et le plus droit pour aller à son terme, qui est Dieu.