‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 223 sur 448 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

On traite des connaissances spirituelles, en temps qu'elles peuvent convenir à la mémoire.

Nous avons dit que les connaissances spirituelles composent la troisième espèce des idées de la mémoire ; non pas qu'elles appartiennent comme les autres au sens corporel de la fantaisie , mais parce qu'elles sont renfermées dans les opérations de la mémoire. L'âme peut se souvenir de celles qui lui ont été présentées, non pas à cause de quelque image qui soit restée d'elle dans le sens corporel, puisque ce sens étant matériel, est incapable de recevoir des espèces spirituelles, mais à cause des espèces intellectuelles et spirituelles qui lui en sont demeurées, ou du moins elle les rappelle en la mémoire à cause des effets que ces connaissances ont produits. El c'est pour cette raison que je leur donne rang parmi les idées de la mémoire, quoiqu'elles n'appartiennent pas directement à la fantaisie.

Pour ce qui est de la nature de ces connaissances et de la manière d'en user afin que l'âme tende à l'union divine, nous en avons parlé suffisamment dans le vingt-quatrième chapitre du second livre, où nous en avons traité comme des connaissances de l'entendement ; nous en avons remarqué de deux sortes : les unes regardent les perfections divines, les autres représentent les choses créées. Or, quant à notre dessein, qui est de montrer comment il faut conduire la mémoire dans l'usage de ces connaissances pour aller à l'union, je dis, comme je viens d'expliquer dans le chapitre précédent, en traitant des connaissances formelles à l'ordre desquelles celles-ci, qui sont les connaissances des créatures, se rapportent ; je dis que l'âme en peut renouveler le souvenir lorsqu'elle en produit de bons effets; non pas pour les conserver en elle-même, mais pour donner de nouvelles forces à la connaissance quelle a de Dieu et à l'amour dont elle est enflammée par lui. Mais s'il lui est inutile de s'en souvenir, elle n'y doit nullement penser. Au contraire, il faut qu'elle s'applique à se remettre en mémoire les représentations des choses incréées ; car elle y puisera de grands biens, savoir : les touches intérieures et les sentiments qui naissent de l'union divine. Or ces touches et ces sentiments reviennent dans la mémoire , non pas à cause d'aucune image matérielle qu'ils aient imprimée d'eux-mêmes en l'âme ; car étant tout spirituels, ils n'en peuvent produire; mais à cause de la lumière, de l'amour, de la douceur, du renouvellement spirituel, des autres effets qu'ils font dans l'âme et dont le seul souvenir lui inspire une ardeur nouvelle.

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