‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 225 sur 448 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

On commence a traiter de la nuit obscure ou mortification delà volonté,

et on allègue deux passages : l'un du D( uléronome, l'autre de David.

On apporte aussi la division des affections de la volonté.

Tout ce que nous avons écrit pour purifier l'entendement et la mémoire, afin de bien établir l'un dans la foi, l'autre dans l'espérance, serait inutile, si nous ne purifiions aussi la volonté, pour lui inspirer la charité qui donne tout le prix aux œuvres qu'on fait selon les lumières de la foi : Caria foi, dit saint Jacques, est morte sans les œuvres (Jacob, I, 20), c'est-à-dire, sans les œuvres qui sonl animées de la charité.

Or, pour parler de la nuit ou nudité active de la volonté afin de la perfectionner dans la charité de Dieu, je ne trouve point d'autorité plus propre à notre sujet que cet endroit du Deutéronome où Moïse dit : Fous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toute votre force (Ueut., VI, 5). Ces paroles contiennent tout ce que l'homme spirituel doit faire et tout ce que je lui enseignerai pour unir sa volonté à Dieu par la charité. Ce commandement l'oblige à employer toutes ses puissances, toutes ses opérations et toutes ses affections à aimer Dieu; tellement, que toute la capacité, toute la force de son âme ne soient appliquées qu'à ce divin exercice, selon le mot de David : Je conserverai ma force pour vous (Psal. LVi, 10). Or, la force de l'âme esl renfermée dans les puissances et dans les passions; toutes lesquelles choses sont soumises à la direction de la volonté. Lors donc que la volonté les conduit à Dieu, et les sépare d'avec ce qui n'est pas Dieu, elle garde pour Dieu toute la force de l'âme qui aime ainsi Dieu autant qu'elle peut l'aimer. Mais afin qu'elle puisse le faire, nous traiterons ici des moyens de délivrer la volonté de ses affections déréglées qui l'empêchent de consacrer toute sa force à l'amour divin. Ces affections ou ces passions sont quatre : la joie, l'espérance, la douleur, la crainte; et elles rapportent à Dieu la force et la capacité de l'âme lorsqu'elles sont mises en usage suivant la droite raison, c'est-à-dire, lorsque l'âme les tourne vers Dieu, de telle façon qu'elle ne se réjouit que de ce qui touche la gloire et l'honneur de Dieu Noire-Seigneur ; qu'elle n'espère autre chose que lui, qu'elle ne sent de la douleur que de l'offense «le Dieu , el qu'elle n'est frappée que de la crainte de Dieu seul. Plus elle recevra de joie des créatures, moins elle mettra son contenlemenl eu Dieu ; plus elle s'appuiera sur les choses créées, moins elle établira son espérance en son Créateur, el ainsi des autres pas sions.

Mais afin de donner plus de jour à cette matière, nous parlerons en particulier de chacune Je ces passions el de ces affections de la volonté; car le point pnucipal de celte affaire, qui regarde l'union divine, consiste à dégager la volonté de ses affections, afin que la volonté, lout humaine el loule vile qu'elle est, soit transformée en la volonté de Dieu, ne faisant par cette union qu'une môme chose en quelque manière avec elle.

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