‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 248 sur 448 · LIV. III. CHAP. xsx. 5i · texte numérisé non relu

LIV. III. CHAP. xsx. 5i

eux-mêmes leurs opérations, comme quelque chose de propre et de particulier.

On peut comprendre par ces autorités que cette joie entraîne à faire un mauvais usage des dons gratuits de Dieu, comme firent autrefois Balaam et les autres prophètes, qui faisaient des miracles pour décevoir le peuple. Elle jette même les esprits vains dans de si grands égarements, que quoiqu'ils n'aient rien reçu de Dieu, ils se servent de leurs rêveries et de leurs imaginations, comme ils se les sont formées, ou comme le démon les leur a présentées ; et ils les publient comme des oracles infaillibles. Car ce prince des ténèbres les voyant attachés à ces sortes de visions, leur ouvre uu vaste champ, et leur fournit une grande matière pour s'y appliquer; il se mêle en leurs opérations, et il les excite en différentes manières. Ainsi ces gens, animés de ses suggestions malignes, s'abandonnent à leurs emportements en ce sujet, et par une hardiesse qui va jusqu'à l'imprudence, ils deviennent prodigues de ces merveilles prétendues et de ces faux miracles.

Cependant ce mal déplorable n'arrête pas là son cours; le désir et le plaisir d'éclater poussent si loin ces gens-là, que s'ils avaient auparavant quelque commerce occulte avec Se démon, car c'est d'ordinaire par sa puissance et par son ministère qu'ils font ces prodiges illusoires , ils n'ont plus de honte de se déclarer et de faire profession d'être ses disciples aussi bien qu'ils sont ses esclaves. C'est là où se se forment les empoisonneurs, les devins, les enchanteurs, les magiciens et les sorciers. Ils passent encore plus outre (Acl., VIII, 19). Car non-seulement ils souhaitent d'acheter à prix d'argent les dons extraordinaires de Dieu, comme Simon le magicien, pour rendre leurs hommages et leur obéissance au malin esprit, mais ils s'efforcent aussi d'acquérir les choses sacrées et même les divines ; ce qu'on ne peut dire sansfrayeur.Ohlque nous avons besoin qucDieu augmente et multiplie à l'infini les effets de sa grande miséricorde!

.Mais qui peut dire combien ces malheureux sont pernicieux a euxmêmes ? Qui peut connaître combien ils sont funestes au christianisme? Tous ceux qui s'adonnèrent à la magie parmi les Israélites que Saiil chassa de son royaume, commirent ces abominations et séduisirent ainsi le peuple.parce qu'ils voulurent imiter les prophètes du Seigneur (I Rcg., XX VIII, 3). Il est donc nécessaire, pour éviter ces illusions, que ceux qui ont reçu de Dieu quelque grâce particulière , renoncent à toute la satisfaction que l'usage qu'ils en feront leur pourrait donner. Ils doivent aussi attendre que Dieu, qui les gratifie de la sorte pour le bien de l'Eglise et de ses enfants, leur inspire le temps et la manière de se servir de ces dons naturels. Car comme le Sauveur des hommes défendit aux apôtres de se mettre en peine de ce qu'ils auraient à dire, parce qu'il s'agissait d'établir la foi, ce qui le regardait en particulier, de même il veut qu'en ces œuvres extraordinaires, qui sont sans doute très-importantes, les hommes qu'il a choisis pour les faire dépendent de ses inspirations et des moments qu'il leur marquera pour opérer, puisque c'est par sa seule vertu qu'ils produisent ces effets miraculeux. Pour cette- raison les disciples de Jésus-Christ, quoique partagés avantageusement de ces faveurs surnaturelles, prièrent Dieu d'opérer lui-même la guérison des malades, et de faire par eux les autres miracles, qui devaient planter dans les cœurs la foi de notre Sauveur. Maintenant , Seigneur, disaient-ils, considérez leurs menaces, et donne: la grâce à vos serviteurs d'annoncer voire parole avec une entière liberté. Etendez aussi votre main pour faire des guérisons, des prodiges et des miracles au nom de votre saint Fils Jésus (Act. IV, 29, 30).

Le second dommage, qui est la perte de la foi, peut naître du pre-

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