‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 275 sur 448 · I.A -MIT OBSCURE DE L AME · texte numérisé non relu

I.A -MIT OBSCURE DE L AME

consentir : de sorte que, parler avantageusement de leurs oonnes œuvres, c'est, selon leur sens, quelque chose d'étrange et d'extraordinaire.

Bien loin de s'ériger en maîtres de la vie spirituelle et de vonloir donner des instructions aux autres, ils en reçoivent volontiers de tous ceux qui peuvent leur être utiles; ils sont même prêts, si leurs directeurs le commandent, à quitter le chemin qu'ils tiennent et à suivre une autre voie, croyant toujours que leurs démarches en la vertu ne sont que des égarements. Ils ont de la joie quanti on loue les autres, et de la tristesse de ce qu'ils ne sont pas aussi bons serviteurs de Dieu que ces gens-là. Au lieu d'avoir du penchant à parler de leurs actions, ils ont même de la confusion de les dire à leurs pères spirituels, les jugeant indignes d'être expliquées et connues aux hommes. 11 leur paraît bien plus souhaitable de faire éclater leurs péchés et leurs vices à la vue de tout le monde, ou du moins de donner connaissance de ce qu'ils font, désirant qu'on n'y découvre aucune trace de vertu : pour cette raison, ils se font un plaisir de communiquer leur intérieur à des gens qui n'en fassent nul état. Cette manière d'agir est assurément le propre d'un esprit simple, pur, sincère; et elle plaît infiniment à Dieu, parce que son esprit divin demeure dans ces personnes humbles, et les excite à cacher en elles-mêmes leurs richesses spirituelles et à jeter dehors tout le mal qui s'y peut glisser : et c'est la grâce singulière qu'il accorde aux humbles avec toutes les vertus, pendant qu'il la refuse aux orgueilleux.

Au reste, leur zèle pour Dieu est si ardent et si généreux, qu'ils donneraient de bon cœur tout leur sang à ceux qui le servent et qui s'efforcent de lui gagner des âmes en toutes rencontres. Lorsqu'il leur échappe quelque imperfection, ils la supportent avec humilité, avec tendresse de cœur, avec une crainte amoureuse de Dieu; et, mettant toute leur confiance et en sa bonté et en sa miséricorde, ils se relèvent et s'encouragent à mieux faire.

Mais il me semble qu'il y a très-peu d'âmes qui marchent, au commencement, dans ce degré de perfection, et nous aurions sujet d'être satisfaits, si la plupart ne se jetaient pas dans des désordres tout contraires. C'est pourquoi Dieu plonge dans les ténèbres d'une obscure nuit toutes celles qu'il veut purifier de ces défauts et de ces vices.

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