‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 28 sur 448 · ES ET D'AUTRES ECRITS DE LA SAINTE · texte numérisé non relu

ES ET D'AUTRES ECRITS DE LA SAINTE

S I FRAGMENTS DE DIFFÉRENTES LETTRES ADRESSÉES AUX ÉVÊQUES ET AUTRES £ | PRÉLATS, OU A DES PERSONNES DE DISTINCTION.

/?ot<r l'illustrissime et révérendissime seigneur don Alvaro de

Mendoze. % *

1 . Toutes nos religieuses offrent à votre seigneurie leurs très-humbles respects. Il y a à présent un an , nous attendions que vous viendriez ici pour voir madame dona Marie. M. don Bernardin nous l'avait assuré, et nous étions dans une grande joie. Notre-Seigneur ne le voulut

* 3 pas. Qu'il plaise à sa majesté que je vous voie dans le lieu où l'on ne **■ *4J se quitte jamais. Les psaumes seront récités cette année le même jour,

l^* et ainsi ils le seront toujours avec beaucoup de dévotion. Que Notre- ^'*

Seigneur vous conduise toujours par la main et qu'il vous conserve de jj;;|

£]$; longues années pour son plus grand service. * ;-*

2. M. Garcia se porte très-bien, grâces à Dieu; chaque jour il devient g > S [ de plus en plus son serviteur, et il ne cesse de nous rendre service. Le

provincial lui a donné la charge de maître des novices, qui est un emploi bien au-dessous de son mérite ; mais on ne l'en a chargé qu'a fin -. '.- que son esprit et sa vertu passassent dans l'ordre, en l'obligeant à ren- ** f. ;- dre les âmes semblables à la sienne. Il l'a accepté avec tant d'humilité, £J %'% qu'on en a été extrêmement édifié. L'ouvrage ne lui manque pas. \ 1 C'est aujourd'hui le 6 juillet. £*

"; ; L'indigne servante de Votre Seigneurie,

Thérèse de Jéscs. ^

Vous m'obligerez si vous expédiez le plus tôt possible les dépêches *;* ?.y à ce père. Une lettre de votre seigneurie ne sera peut-être pas inufl tile. Il

g | Notes. , **

L'éditeur espagnol de ces morceaux détachés semble s'être rendu à l'ordre donné *><$ par Notre-Seigneur, après que le peuple, qui l'avait suivi dans un lieu désert, eut été *>* rassasié des c în-j pains mnliipliéspar sa bonté toute-puissante :Colligitequm superave- ££j 2* runt fragmenta, ne perçant. \ «

L'original de cette lettre est entre les mainsdes bernardines deYepcs.au royaume *>;«$ - r de Tolède.

N. 1. Puisque le psautier, lui dit la Sainte, sera récité celte annee. de manière que les psaumes reviennent le même jour, cette disposition aurait été conseillée par M le prélat, ou soumise à son approbation. Frère Garcia était frère Garcia de Tolède ; ce noble dominicain était frère de don Fernando, duc d'Albe, fondateuret premier ^ prieur du couvent de dominicains de la Mère de Dieu.d'Alcala, OÙ il eut, pour second, '.[ ; I>. lîanez. Le provincial vient de charger Fr. Garcia de l'instruction des novices. Fr. Jean de l'Esprit-Saint, après avoir éié procureur-général à Home, et général île

* S l'ordre, avait au^si été nommé maître des novices de Valladolid. Il y avait de l'bujg/£ milité dans les chefs de cet ordre.

*-ï: II

Poi»- l'illustrissime et rcvérendissime seigneur D. Sanche d'Âvila, qui fut dans la suite ivûque de Jaën.

1. Quoique voire lettre m'ait fait un grand plaisir, comme je vous attendais vous-même ces jours-ci, et que je vois que je n'aurai pas la satisfaction de vous voir, le plaisir que m'a causé votre lettre s'est déjà

^5| évanoui. Que Notre-Seigneur en soit loué. Je regarde comme un grand avantage ce que vous prenez pour une perte : une peine si accablante ne pouvait être d'aucun profit, ni d'aucun bien pour l'âme. Vous pouvez donc remercier la divine majesté de vous en avoir délivré, puis-

r* -■ que vous retrouvez la liberté de servir Notre-Seigneur qui est ce qui

ï '■ importe uniquement.

2. Votre Grandeur ne sent pas celte grande détermination de ne pas £S l'offenser, qu'elle a lorsqu'il se présente une occasion de faire quelque *^ chose pour son service, et lorsqu'il faut fuir les occasions où l'on peut H ;: l'offenser; mais elle se trouve forte, et c'est là la véritable marque, à

mon avis, qu'elle en a le désir. Le plaisir que vous trouvez à rendre

chaque jour des visites au saint sacrement, et la peine que vous éprou- #>■* vez en y manquant, témoignent d'un amour plus étroit que vous ne le

dites, en prétendant que vous êtes comme tous les autres. Continuez à jj^j! apprécier les grâces que vous recevez de sa main, afin de croître de

plus en plus dans l'amour que vous lui portez, et cessez de vous élonjK ner de l'excès de vos misères ; nous en avons tous assez, et moi en #£* particulier, je n'en manque pas.

3. Pour ce qui est des distractions qui me viennent dans la récitation je** de l'office divin, quoiqu'il y ait bien de ma faute, j'aime à penser que ^ la faiblesse de ma tête y est pour beaucoup. Que Votre Grandeur

pense de même des siennes ; le Seigneur sait bien que , lorsque nous *2 récitons, nous voudrions faire comme il faut. Je m'en suis confessée

aujourd'hui au père maître fra Domingo, et il m'a dit qu'il n'en faut

faire aucun cas ; je supplie donc Votre Grandeur de regarder cela ^4 comme un mal incurable.

pË'ik &•• Je vous plains bien de votre mal de dents; je sais assez par expé-

jjpsj rienec combien ces douleurs sont sensibles. Lorsqu'une dent fait mal, |m!

il semble que toutes font mal. Il n'y a pas de meilleur remède que ^ W% de la faire arracher , et s'il y a fluxion, cet expédient ne sert encore j£g ** de rien. Que Dieu vous guérisse, comme je l'en prierai. j^

5. Vous avez très-bien fait d'écrire une vie si sainte : je serais un i*<| ? • bon témoin de cette vérité. Je baise les mains de Votre Grandeur pour jU la grâce qu'elle me fait espérer de la voir bientôt. Je vais mieux ; en »•£

comparaison de l'année dernière, je puis dire que je me porte bien, %^ *;J quoique je sois bien rarement sans souffrir, et comme je vois que je ne ES

laisse pas de vivre, c'est le meilleur, je prends bien mon mal. Je dési- Sj3

rerais savoir si le marquis est dans votre ville, comment va madame |H| j£|| la marquise et avoir des nouvelles de mademoiselle dona Jeanne de *Jj

lulèdc, leur fille. Je supplie Votre Grandeur de leur dire que, quoique je sois allée bien loin, je n'ai pas oublié de recommander leurs seigneuries à Nolrc-Seigneur dans mes pauvres prières. Je le fais aussi pour Voire Grandeur, car vous êtes mou père et mon seigneur.

NOTES

C'est ici une lelire entière de sainte Thérèse, et dont l'original est entre le; mains des carméliies d'Ocana. Elle est la même, en substance, que relie que le vénérable Palafox a aunclée dans le premier tome de ses lettres, numéro G.

N. t. Elle l'attendait lui-même, ella lettre qu'elle en a reçue ne la dédommage que faiblement du phisir qu'elle aurait eu de le voir. Il était affligé d'une grande peine ; clic a cessé; il le regarde comme une perte. La Sainte en pense autrement, cl elle lui en donne la raison.

N. 2. Il est dans de bonnes dispositions, et il a des serupules ; la Sainte les lève. On admire les sages leçons de ce docleur des docteurs nominaux.

N. i. Elle le plaint de son mal de dénis. Elle lui conseille un remède plaisant, pnree que tout le monde leconnaît et répugne à y avoir recours. C'était le meilleur qui lïu alors connu. Aujourd'hui on en a découvert un autre qui vaut mieux. Au moyen du suc de la baie d'une planle très-commune, on guérit à l'instant cl radicalement le plus furieux mal de dents. H est regrettable que ce remède soit encore sur le pied d'un secret.

N. 5. Elle lui fait compliment d'une biographie qu'il vient d'écrire. Viennent ensuite quelques petites nouvelles du même degré d'intérêt.

fc

it

Pour un autre illustrissime prélat.

Vous m'obligez en toute façon. Je vous ai écrit par une autre voie et je pense que tous avez déjà reçu ma letlrc : en ce moment il n'y aurait rien de nouveau, si le trouble ne s'élait mis dans une maison ; je crains bien que ce ne soit une raison pour moi de passer ici le printemps. Relativement à l'affaire dont vous me donnez connaissance, quoiqu'elle soit à notre commun avantage, je ne sais si je désire vous voir dans les embarras qu'enlraincnt ces sortes de choses, car ils sont terribles ; je la recommande au Seigneur : que sa majesté la conduise. Je me porte bien, cl les affaires semblent aller assez bien. Fasse le Seigneur que votre santé soit toujours bonne. Je suis si pressée que je ne puis vous en dire davantage.

C'est aujourd'hui le mardi de la semaine sainte.

NOTES

L'original de ce fragment esta Madrid, entre les mains de dona Maria de Saint- Pierre.

A qui s'adresse-t-clle ? on n'en sait rien. L'affaire, dont elle ne parait pas curieuse que se mêle trop ce personnage a l'air d'une fondation de couvent. Lue fondation élail une cliO!>c terrible. Il y avait fort à faire pour le matériel cl pour le personnel.

Pour différents confesseurs de la Suinte. Tout hier je fus dans une grande solilude, cl, si ce n'est quand je communiai, je ne fis aucune action qui me fit sentir que c'était le jour de la Résurrection. Le soir, étant toutes réunies, nous chantâmes un

sa

là

cantique qui exprimait combien il est insupportable de vivre sans Dieu. Comme je me trouvais dans la peine , l'effet qu'il produisit sur moi fut tel que les mains m'enflèrent ; toute ma résistance fut inutile : de même que dans les transports de mes ravissements je suis hors de moi, de même l'excès de la peine suspend l'usage des facultés de mou âme, qui en reste aliénée, et je ne le comprends qu'aujourd'hui. Depuis quelques jours ces transports étaient moindres qu'à l'ordinaire, et mainlenant il me semble que ce que j'ai dit en est la cause ; j'ignore si cela peut être, Auparavant la peine ne me jetait pas hors de moi, mais comme elle est si intolérable et que j'en avais le sentiment, elle me faisait pousser de grands cris sans pouvoir m'en empêcher. A présent qu'elle a augmenté, elle est venue au point qu'elle me fait perdre connaissance, et je comprends mieux les douleurs que souffrit Notre- Dame; car, comme je l'ai dit , jusqu'à présent je n'avais pas su ce que c'est que perdre l'usage des sens. J'en ai le corps tellement excédé, que tout en écrivant ceci aujourd'hui, j'ai tout ce que je puis faire ; j'ai les mains endolories et presque disloquées.

NOTES

Le cantique dont parle sainte Thérèse commence par ces mots -.Que mes yeux puissent le voir, et fut composé par une de ses religieuses. Il fut chanté par la sueur Isabelle de Jésus, alors novice au couvent de Salamanque.

Le violent désir, la passion que j'avais de mourir m'ont quittée depuis la fête de la Madeleine , où je me déterminai à vivre volontiers pour servir Dieu longtemps. Cependant j'éprouve encore par fois le désir de le voir, et quoi que je fasse pour m'en empêcher, je ne le puis.

NOTES

La crise fâcheuse dont il est question dans la lettre précédente eût des suites prolongées. L'affaissement et la prostration des forces physiques et morales produisirent dans l'esprit de la Sainte l'idée qu'il fallait qu'elle mourût; et, comme elle était une Sainte, elle voulait mourir pour Dieu, et la sainteté de ce motif augmentait encore ce désir ; mais, vers la fin de juillet, la nature reprenant le dessus, elle commença àse débarrasser de celte idée fixe, qui lui revenait cependant de temps en temps à l'esprit ■ ^

Je vous dirai, monsieur, que je trouve ici un agrément dont je souhaitais jouir depuis bien des années. Quand la nature est livrée à elle seule, sans aucun appui étranger, l'âme ne laisse pas d'être en repos, et la vérité est qu'il n'est pas plus question ici de Thérèse de Jésus que si elle n'était pas au monde. Aussi je ne songe pas à quitter ce lieu , à moins qu'on ne me l'ordonne. Là-bas j'avais à digérer tant de folies mortiûantes, comme d'entendre dire : C'est une sainte, ce qu'on ue pouvait dire sans entendre une sainte sans léte et sans pieds. Qu'il* s'en moquent, je leur conseille d'en faire une autre, puisqu'il ne leur en coûte que de le dire.

NOTES

On ignore et le confesseur à qui la Sainie adresse ce billet et le lieu où elle se trouvait. 11 est possible que ce fût Véas ou Malagon. Celte admirable Sainte était bien là

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00 Bon humilité pouvait la dérober sus applaudissements du monde. Mais la renommée est comme l'ombre, qui s'attache à celui qui veut la fuir.

Fragments de lettres pour le vénérable p. fra -jérome gracian , de

la mère de dieu.

1. Que Dieu vous donne la force pour que vous restiez ferme dans la justice, fussiez-vous menacé de grands dangers. Lorsqu'ils ne nous en détournent en rien , nos combats sont heureux , quelque grands qu'ils soient. Je ne m'étonne pas que vos amis désirent vous voir hors de ces périls et vous suggèrent les moyens d'en sortir : toutefois il vous siérait mal d'abandonner la sainte Vierge au moment où elle est dans de si mauvaises affaires. Nous sommes bien assurées que madame dona Jeanne ne vous conseillera pas cette désertion et qu'elle n'y consentira pas. Dieu nous en préserve 1 Ce ne serait pas fuir le péril, mais s'y précipiter. Ceux où vous êtes engagé finiront bientôt , avec l'aide de Dieu, et ceux d'un autre ordre dureraient toute votre vie.

2. Mais cependant si on vous charge encore de la visite, plus j'y réfléchis, plus je m'en afflige pour vous ; car alors, j'irai tout le jour en sursaut et je vous verrai en butte à mille vexations en mille manières. Enfin, je vois ce que c'est que ces visites ; ce sont des honneurs de la durée desquels il ne faut pas s'inquiéter, et nous ne pourrions supporter de vous voir toujours dans un grand danger. Pour l'amour de Dieu , je vous en supplie , quand même le nonce vous en ferait un devoir...

NOTES

N. 1. A l'époque où sainte Thérèse écrivait celle lettre au 1\ Gracian, celui-ci élail retenu prisonnier chez les pères de l'Observance, à Madrid, depuis le mois de novembre 1578. 11 parait que le principal grief qu'on lui imputait, était qu'il voulait changer d'ordre : ce même père effectua dans la suite >:c projet.

N. 1. Elle ne lui conseille pas d'accepter la charge de visiteur, si on la lui offre. Elle lui donne deux raisons pour la refuser. Ces visites sont de si peu d'utilité etelles attirent tant de désagréments, en exposant à mille dangers.

1. Avec nos dispositions à négocier , je ne voudrais pas qu'on remuât des questions très-malaisées à résoudre. Il faut aussi faire attention s'il serait bon d'avoir une maison à Rome avant que nous nous soyons fortifiés; car ce n'est pas tout d'avoir déjà fait des préparatifs. Si les Romains prenaient en aversion les déchaussés, lorsqu'il y en aurait si près du pape, ce nous serait un terrible revers pour tous. Si on envoie la lettre au chanoine du roi, il est nécessaire que Votre Révérence lui écrive pour lui marquer qui on doit nommer pour provincial.

2. Pour le présent je ne voudrais pas que vous fissiez ce voyage, puisque tout marche si bien que, selon les apparences, il n'y en a pas nécessité , et que tous ici ne seront pas mis en pénitence pour être abandonnés, sans que personne ne s'en mêle. Lors même qu'il y au-

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rait nécessité de partir, ce serait spécialement l'affaire du chapitre général d'en ordonner, si c'est au provincial de partir, comme c'est à lui, si Dieu en donne un. Ceux qui partiraient maintenant auraient à prendre garde de nous faire essuyer un affront. Que Notre-Seigneur conduise tout pour sa gloire, et qu'il vous conserve en augmentant votre sainteté.

3. Je n'ai rien voulu dire de peur que vous n'éprouvassiez de plus grands embarras au milieu de tant de difficultés. Je crains que le père Marian ne se prononce pas, car Dieu sait qu'il est faible. Que sa majesté nous rende assez forts pour mourir pour lui ; car il est certain que ce refroidissement a été un effet de sa miséricorde.

Nous sommes aujourd'hui le 20 février.

L'indigne servante de Votre Révérence, Thérèse de Jésus.

Celle-ci est plus remplie de conseils qu'il ne convient à une lettre d'une vieille un peu humble. Dieu veuille qu'il y en ait quelqu'un qui porte juste. Sinon, amis comme devant.

NOTES

On conserve au couvent de Sainte-Anne de Madrid, ce débris d'une lettre écrite le 20 février 1579.

N.l.Le nombre premier renferme une grande précaution éprendre, que négligent souvent les négociateurs d'aiïaires. La raison que donne la Sainte, pour ne pas se presser de fonderàRome une maison, est solide. Comme les assistants se trouvaient réunis auprès de la cour pontificale, elie craignait peut-être que le pape ne la nommai elle-même provincial. 11 faut que Gracian écrive au chanoine du roi d'en proposer un autre.

N. 2. Elle le détourne de faire le voyage de Rome. Tout va si bien que sans lui on réussira à Rome. Sa présence y est inutile, et elle est nécessaire en Espagne, où toutes les maisons sont en pénitence et ont besoin d'un consolateur. Mais je répète ce qui est déjà clair.

N. ô. Elle est inquiète de l'attitude que prendra Marian, qui est faible de caractère.Le P. Roca et le prieur de Pastranne sont ceux qui allaient à Rome, pour nésocier l'importante affaire de la séparation des réformés. Ils partirent au commencement de mai 1579.

1. Il ne convient pas de mettre à rente cette somme ; car il faut qu'ils achètent par force au plus tôt une maison bonne ou mauvaise. Je ne sais pourquoi je n'éprouve aucune peine de ce qu'ils ne tombent pas d'accord pour celle de Monroy , où il me semble qu'ils seraient mal. Tous les monastères ne sont pas où l'on veut, mais où l'on peut : enfin vous verrez ce qui est le mieux. Je n'entends pas comment vous dites que vous venez avec ma sœur, ni en quel temps vous pourrez venir.

2. La belle-sœur de francisque m'a écrit cette lettre : il y a deux jours qu'on me l'a remise. J'ai été bien affligée de voir de si mauvaises intentions. Ici les hommes éclairés prétendent qu'on ne peut annuler le testament sans pécher mortellement. Je crois nécessaire de ne pas me séparer de celte jeune personne , et enfin , ils n'y pourront rien et nous ne consentirons pas. La mettre en liberté, c'est ce que je crains ;

Me

26y LETTRE XI

elle a un gros rhume et de la fièvre. Elle se recoin mande beaucoup à Voire Révérence, ainsi que toutes les sœurs. Dieu soit avec vous. Minuit vient de sonner. Faites savoir là-bas , ou avertissez-moi de ce qu'il y aura à faire pour les faire venir. Anne de Saint-Barthélemi ne cesse d'écrire ; elle m'aide beaucoup. Elle vous offre ses respects. Vous saurez que je n'ai personne avec qui aller. Ne pensez donc pas me laisser dans le froid.

Le h décembre.

NOTES

Ce morceau et le suivant ont été conservés pardona Manuela Palacios de Madrid. Ils furent écrits à Avila en 1581.

N. I. H est d'abord question de la rente qu'on voulait fonder sur la dot d'une religieuse de Salamanque. Ce n'est pas son avis ; il y a un autre emploi à faire de cet argent.

N. 2. Elle revient sur le leslament de son frère qu'on argue de nullité, parce qu'il s'e>i n ouvé décacheté et ouvert. La petite, que la Sainte ne lâchera pas, est la petite Thérèse, que les parents voulaient <létourner de l'état religieux sous prétexte de la meure en liberté. Quoique la Sainte la ciùt appelée de Dieu, elle ne laisse pas de craindre que le monde lui fasse perdre sa vocation. L'Eglise, en exigeant la liberté dans ceux qui font profession de l'état religieux, n'entend pas donner au monde la liberté de les séduire ; mais ôter aux couvents celle de faire violence aux sujets qu'ils engagent.

Je me réjouis du bien que l'on a fait dans l'Andalousie, quoiqu'il soit

encore nécessaire que Votre Révérence y fasse cet hiver la visite,

lorsque la peste aura fait son effet. Casademonte m'apprend qu'elle a

déjà cessé, et je me réjouis de cette bonne nouvelle. Il ne peut pas croire

que je voudrais pouvoir lui envoyer beaucoup d'argent , car il est bien

pauvre, et, en vérité, tous devraient secourir cette maison , qui est une

si grande ressource pour tout l'ordre. Je me tourmente assez l'esprit

pour trouver des expédients; je ne sais à quoi j'aboutirai; à peu de

chose, sans doute. Il fait ici de grandes chaleurs ; il faut prendre garde

de ne pas perdre la tête à l'ouvrage ; car le soleil commence à donner

sur les oreilles.

De Votre Révérence, la fille et sujette,

Thérèse de Jésus.

notes.

II est question de l'acquisition faite, au mois de juin de cette année, d'une maisos pour la fondation de Salamanque, où se trouvait Gracian.

1. Madame dona Jeanne est venue ici hier soir, presque à la nuit. Elle est arrivée en très-bonne santé, grâces à Dieu. J'ai éprouvé bien de la joie de la voir. Chaque jour je l'aime davantage, et elle me parait mieux et plus prudente. Le contentement de notre religieuse est audessus de tout ce qu'on en peut écrire; dès son entrée on eût dit qu'elle avait passé ici toute sa vie. Dieu me fait espérer qu'elle ne sera pas peu de chose : elle a l'esprit fin et elle est très-adroite.

2. Je voulais bien que madame dona Jeanne n'allât pas plus loin,

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LETrr.E su. 2G9

mais votre paternité rend Valladolid si cher à cet ange, que mes prières pour la retenir n'ont servi de rien. Mais , ô Thérèse ! qu'a-t-elle fait î qu'a-t-elle dit? ne l'a-t-elle pas plutôt pris en personne discrète, en disant qu'elle ferait ce que je voudrais; mais elle entendait trèsbien que je ne le voudrais pas.

3. Je lui ai parlé en particulier, et je lui ai dit beaucoup de choses de celte maison, qu'elle s'est établie par miracle, et autres choses. Elle m'a dit qu'elle ne se trouvait pas mieux ailleurs qu'ici. Nous commencions à penser que nous tenions déjà quelque chose ; cependant je m'apercevais qu'elle devenait triste; enfin elle s'en est expliquée secrètement à madame dona Jeanne, et elle lui a dit que, sans donner à entendre qu'elle le voulait, elle ne laissât pas de la conduire à Valladolid.

h. Il a semblé à elle et à moi qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement, parce qu'il pourrait y avoir des inconvénients à prendre d'abord l'habit ici et à aller ensuite là-bas. Elle m'a dit clairement que ce serait lui faire de la peine, qu'elle ne souffrirait pas qu'on la fit sortir de la maison où elle entrerait. Je crois donc que madame dona Jeanne partira demain après déjeûner avec sa fille. J'aurais désiré qu'elle fût demeurée jusqu'à lundi au moins; mais en voyant qu'elle faisait tant de dépense, je ne l'en ai pas trop pressée. Elle loge chez mon frère, où elle est très-bien traitée par Aranda. Que Dieu l'accompagne , j'en suis en peine. Quoiqu'elle soit arrivée ici heureusement, elle a encore à faire le pire du chemin. Dieu la préservera de tomber malade , elle est bien portante et de bonne complexion. Je l'aime beaucoup : je l'ai embrassée à la porte ; en ce moment entrait madame dona Marie. Que Dieu la ramène heureusement dans sa maison, car c'est une personne précieuse.

NOTES

Les deux premières noies se trouvent dans la lettre xv du tome m.

N. 3. Il s'agii d'une demoiselle de madame dona Jeanne, mère de Gracian. Celle jeune personne entrait dans l'ordre ; sainie Thérèse voulait la placer à Avila, dont clic lui contait merveilles ; mais la novice voulait être à Valladolid, et on ne pui pas la gagner à rester, tlle y alla donc, accompagnée de sa mère, au désappointement de la Sainte.

Je suis bien contente que le père fra N. ne soit pas avec vous , mon père, parce que, comme il voit tant de mes lettres, et qu'elles ne sont pas pour lui, il en éprouve beaucoup de peine. O Jésus 1 ce que c'est lorsqu'une âme s'entend avec une autre âme! elle ne finit jamais de tout (»irc et elle n'ennuie jamais.

La Sainte fait une rédexion intéressante sur la sympathie des deux âmes montées à l'unisson; elles s'entendent sans se parler ; elles s'aiment de loin comme de près. Leurs pensées et leurs sentiments sont de communauté, ainsi que leurs joies et leurs peines.

fe'C*

Joseph ne m'a jamais fait entendre que je dusse aller bientôt à Burgos ; il ne dit ni bientôt, ni bien tard ; mais seulement que je ne charge pas une autre d'y aller, comme je me proposais de le faire.

NOTES

D'après ce que dil la Sainle, Notre-Seigneur n'entendait charger qu'elle-même et elle seule de l'intéressante fondation de Burgos, qui est donc d'institution divine. Quel motif pour les religieuses de cette maison de mener une vie sainte!

1. Le temps vous fera perdre , mon père , un peu de la franchise que vous avez, qui est certainement celle d'un saint, à mon avis. Mais comme le démon ne veut pas que tous soient saints, celles qui sont faibles et malignes comme moi, voudraient éviter les occasions. Je puis vous parler de bien des choses et vous en parler avec beaucoup de liberté; mais toutes les religieuses ne le pourront pas, et tous les prélats ne seront pas comme mon père, et ils ne souffriront pas lant de simplicité; et puisque Dieu vous a confié ce trésor, ne pensez pas que tous le garderont comme vous ; je vous le dis avec assurance : je crains bien plus que les hommes vous le dérobent que les démons. Ce qu'elles me verront faire (je sais à qui je parle et à raison de mon âge je puis parler ainsi), il leur semblera qu'elles peuvent le faire aussi , et elles auront raison ; ce n'est pas là manquer d'amour pour elles, c'est au contraire les aimer beaucoup.

2. La vérité est que , quelque faible que je sois , depuis que j'ai commencé à avoir des Allés, je leur ai été si attachée et si réservée, observant soigneusement tout ce qui pourrait de ma pari les mal édifier , que, grâces à Dieu, je leur ai donné peu de mauvais exemples dans les choses importantes (la divine majesté m'ayant en cela favorisée). J'ai mis un grand soin à leur dérober mes imperfections, je l'avoue ; cependant, comme elles sont si nombreuses, elles en auront remarqué assez, et l'amour que je porle à Paul , et la sollicitude que j'ai pour lui. Bien des fois je lui ai représenté l'intérêt de l'ordre, et que c'était nécessaire, comme aussi que, si ce n'était pas un moyen ,Je renoncerais à lo faire.

3. Mais pourquoi suis-je inquiète? Mon père, ne vous rebutez pas d'entendre de telles choses; vous et moi nous sommes chargés d'un grand fardeau, nous avons à rendre compte à Dieu et au monde. Puisque vous connaissez l'amour qui me le fait dire, vous pouvez me pardonner, et me faire le plaisir que je vous ai demandé, de ne pas lire en public les lettres que je vous écris. Considérez combien les esprils sont différents; que jamais les prélats n'ont besoin d'être aussi clairs sur certaines choses ; il pourra se faire que je vous parle d'une personne tierce, ou de ma personne, et il serait mal que quelqu'un le sût ; qu'il y a bien de la différence entre parler avec moi-même de ce qui vous regarde, et d'en parler devant d'autres personnes, fût-ce même

devant ma sœur; or, de même que je ne voudrais pas que quelqu'un m'entendit lorsque je m'entretiens avec Dieu , ni qu'on me troublai lorsque ie lui parle seule à seul, de môme en est-il lorsque je suis arec Paul.

N. 1. D'après cette leltre, il parait que le P. Gracian était d'un caractère doux cl facile, et la Sainte clierche avec adresse à corriger une qualité qui peut être un défaut dans un supérieur.

Les lettres d'Alcala m'ont effrayée, surtout celle que je vous avais écrite, étant assez fâchée. Dieu me soit en aide! Et comment, nous ne nous connaissons pasl je vous dis donc, mon père, comme je vous l'ai déjà écrit une autre fois , que j'ai tant de crainte , même de ce qui est fait, que je ne voudrais pas le voir là, et je crois que cela doit arriver. Plût à Dieu qu'il s'en retournât avec les chats. La menace est bonne.

NOTES

Elle enseigne la nécessité de se connaître soi-même pour excuser ics autres des Sujets de plainte qu'ils donnent.

SUITE DES FRAGMENTS DE LETTRES POUR LE MÊME PÈRE FRA JÉRÔME GRACIAN DE LA MÈRE DE DIEU.

Par la voie du courrier de cette ville, j'ai écrit la semaine dernière pour répondre à Paul sur ce qui regarde les langues ; et en m'entretènantavec Joseph, il me dit que je devais l'avertir qu'il a beaucoup d'ennemis visibles et invisibles , qu'il eût à se tenir sur ses gardes. Je ne voudrais donc pas qu'il se fiât tant à ceux d'Egypte (que votre paternité le lui dise], ni aux oiseaux nocturnes.

NOTES

Le P. Graciait avait dit écrire à la Sainte sur le compte d'une femme de Séville, qui parlait toutes les langues ; sainte Thérèse apprit de Notre-Seigneur que cette femme n'était pas animée d'un bon esprit.

La nuit dernière je lisais l'histoire de Moïse et les maux que les plaies faisaient à ce roi et à ce peuple, sans qu'on touchât jamais à Moyse, de manière que l'on éprouve autant d'élonnement que de plaisir en voyant que , quand le Seigneur veut , il n'y a personne d'assez puissant pour nuire. Je prenais plaisir à voir le passage de la mer Rouge, en me rappelant combien est moindre ce que nous lui demandons. Je prenais plaisir à voir ce saint engagé par l'ordre de Dieu dans cette difficile entreprise. Je me réjouissais de voir mon Elizée dans des difGcultés semblables ; je l'offrais de nouveau à Dieu. Je me ressouvenais des grâces que m'a faites Joseph ; et il m'a dit : Tu verras d?$

MMlIliMM:

ehoses bien plus grandes encore pour l'honneur et la gloire de Dieu, J'étais confuse de me voir dans mille dangers pour son service ; c'est ainsi et en choses semblables que la vie se passe. J'ai écrit aussi ces simplicités que vous verrez. Je vais en venir aux fondations dont Joseph m'a promis de grandes choses pour les âmes. Si Dieu aide , je le crois ; quoique sans qu'il me l'eût dit, j'étais déjà dans le dessein de le faire à cause que vous me l'aviez recommandé.

NOTES

La Sainte se pose ici comme un nouveau Moïse, el nous avions déjà pensé en nousmême qu'elle avait pris dans l'histoire des grandes clio>es exécutées par ce grand homme, l'idée de sa glorieuse entreprise. Les maisons de l'Observance étaient pour elle l'Egypte, cl celles de la réforme, la terre promise. Elle avait pris à tâche de vider, à force de travaux et de miracles, les unes dans les autres. Que soil , dit-elle, à ces choses ou a d'autres que la vie se passe, il faut toujours qu'elle se passe. On y perd le sommeil, ou il fait perdre un temps nécessaire à l'entreprise. Pas du tout, clii-ellc ; il y a assez de temps pour les affaires et pour le sommeil.

La Sainte devait être à Tolède, lorsqu'elle écrivit ce billet, dans l'été de li>76. Le P. Gracian faisait la visite des couvents. La mère Marie de Sainl-Josepb, dans son Ir.iilé intitulé: Bouquet de myrrhe, fait mention de cet écrit.

Je viens de relire la lettre de Paul, où il dit qu'il perd le sommeil pour former des desseins, et je crois qu'il veut parler des ravissements de l'oraison ; qu'il ne se fasse pas une habitude de négliger un si grand trésor. Dites-le-lui vous-même, mon père , à moins qu'il ne dût lui en coûter le sommeil dont le corps a besoin ; car le Seigneur accordede trèsgrands biens dans l'oraison ; et je ne m'étonnerais pas que le démon cherchât à les lui ravir. Comme cette faveur n'est pas accordée quand on veut, il faut mettre à profit les moments où il l'accorde. 11 est des temps où sa divine majesté inspire de meilleurs desseins pour son service, que ceux que nous cherchons avec notre propre esprit, en négligeant les grands profils de ce saint exercice. Croyez que je vous dis la vérité. Je n'entends pas parler du temps où l'on a à décider quelque affaire de grande importance, quoique alors les soucis écartent le sommeil, et s'il vient, on trouve encore des moments pour penser à ce qu'il convient de faire. 11 est dit dans un livre que j'ai lu , que si nous nous éloignons de Dieu lorsqu'il nous cherche , nous ne le trouvons plus quand nous le cherchons.

NOTES

Elle s'y prend finement pour inviter Gracian à faire oraison. Il s'adonnait trop à fa vie active, au préjudice de la contemplative. La Sainte le corrige sur les épaules de Paul. Gagner les autres à Dieu et se négliger soi-même, ce n'est pas suivre les règles de la cliariié. Elle entend qu'en allumant le l'eu du ciel dans l'âme du prochain, il l'entretienne dans la sienne par l'exercice de l'oraison.

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