CHAPITRE CINQUIÈME
Des défauts où le vice de la colère précipite ceux qui commencent
Le désir déréglé d'avoir des consolations spirituelles est cause qu'il s y mêle beaucoup de défauts qui viennent de l'impatience et de la colère. Car les commençants qui sont privés des douceurs qu'ils avaient accoutumé de sentir dans leurs exercices, deviennent naturellement secs et durs en cet état; et l'amertume de cœur, qui les abat, les rend pesants, fâcheux à eux-mêmes et colères dans les moindres occasions qui se présentent : ce qui leur arrive souvent après qu'ils ont passé quelque temps dans un profond recueillement et dans une oraison pleine de délices toutes célestes. Car, quand ces douceurs se sont évanouies, ils s'ennuient et se dégoûtent comme des enfants qu'on a sevrés de la mamelle et du lait qu'ils suçaient avec plaisir. Cependant, lorsque les commençants résistent à ces dégoûts naturels et ne permettent pas qu'ils aient ie dessus, il n'y a nul péché : c'est seulement une imperfection, qu'on efface par les peines et les aridités de la nuit ob>cure.
Quelques-uns aussi d'entre eux sont agités d'une autre espèce de colère : ils observent les vices du prochain, et, par un zèle trop inquiet, ils s'emportent jusqu'à le reprendre avec indignation, comme s'ils étaient les maîtres de la vertu et les docteurs qui l'enseignent à tout le monde. Tout cela est bien éloigné de la douceur spirituelle.
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Quelques autres, jetant les yeux sur leurs défauts, s'indignent contre eux-mêmes avec plus d'orgueil que d'humilité; e.t leur impatience est si excessive, qu'ils voudraient acquérir en un jour la sainteté. Plusieurs se proposent beaucoup de choses, et forment le dessein d'exécuter les plus grandes; mais, parce qu'ils sont destitués d'humililé et pleins de confiance en eux-mêmes, plus ils font d"actions, plus ils commettent de fautes et se fâchent davantage : ils n'ont pas même la patience d'attendre que Dieu leur accorde ce qu'ils désirent. Cela est encore très-contraire à la douceur spirituelle.
Tous ces maux ne se peuvent guérir que dans la nuit obscure; mais comme les esprits sont de différents caractères , on en voit de si lents et de si peu sensibles, qu'à peine travaillent-ils pour leur avancement en la vertu ; et cette lenteur n'est pas agréable à Notre- Seigneur.