‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 281 sur 448 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Des imperfections dont la gourmandise spirituelle est la source.

Il se présente beaucoup de choses à dire du quatrième vice, qui est la gourmandise spirituelle; à peine se trouve-t-il un seul homme entre les commençants , quoiqu'il soit d'une prudente conduite en la vie intérieure , sur qui quelques-unes des imperfections que la gourmandise spirituelle cause ne rejaillissent , parce que la douceur qui se répand en leur âme, au commencement de leurs exercices spirituels, les abani donne. C'est pourquoi plusieurs , attirés par ces charmes , cherchent

plutôt ces tendresses délicieuses que la pureté de cœur et la véritable s>4; dévotion. Ainsi celte gourmandise les possède absolument, et les retire |H[ du milieu et de la médiocrité en quoi consiste la vertu , et les fait passer d'une extrémité à une autre extrémité, et du défaut à l'excès , sans garder aucune mesure. De sorte que les uns s'épuisent d'austérités , et les autres s'affaiblissent des jeûnes qu'ils font au-dessus de leurs forces, sans modération, sans règle, sans conseil , sans soumission aux ordres de ceux qui se sont chargés de leur conduite spirituelle, et même quelquefois contre le commandement de ileurs supérieurs ou de leurs directeurs. Ces gens-là sont assurément très-imparfaits, et privés du bon sens et de la raison , puisqu'ils préfèrent ces choses à la sujétion et à l'obéissance, en quoi réside la pénitence intérieure, raisonnable et discrète , et qui est un sacrifice plus agréable à Dieu que toutes les macérations du corps, lesquelles, étant entreprises sans soumission , sont des sacrifices défectueux, parce que le seul dérèglement de la passion et du goût qui les accompagnent en est le principe, la cause et le motif. Et comme les extrémités sont toujours vicieuses, et que la volonté propre règne en ce genre de vie , ceux qui le suivent accroissent plutôt leurs vices que leurs vertus ; au moins ils nourrissent leur gourmandise spirituelle et leur orgueil en se retirant de l'obéissance. Ce qui donne lieu au démon d'en séduire plusieurs par les désordres de la gourmandise qu'il irrite sans cesse , afin que , ne pouvant rien faire davantage, ils entreprennent autre chose que ce qu'on leur a ordonné, et qu'ils le changent en un autre exercice, ou qu'ils y ajoutent quelque nouvelle mortification , parce que toute obéissance les gêne, les inquiète et leur parait fort fâcheuse. Quelques-uns sont même si malheureux, qu'ils perdent la volonté et la résolution de faire ce que l'obéissance leur enjoint, quoiqu'ils semblent s'y soumettre ; car ils n'exécutent volontiers en ces rencontres que ce que la douceur qui les flatte les excite à accomplir. Mais, après tout, il leur serait peutêtre plus utile d'omettre ces choses , que de les faire de cette manière.

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