CHAPITRE SEPTIÈME
Des imperfections qui procèdent de l'envie et de la paresse spirituelle.
Les commençants se souillent aussi de plusieurs imperfections que l'envie et la paresse spirituelle traînent avec elles; car, pour ce qui est de l'envie, plusieurs des commençants se chagrinent et s'affligent sensiblement du bien spirituel des autres , qui les surpassent en vertu et en spiritualité. Ils ne souffrent qu'avec peine qu'on les loue, ils diminuent les louanges qu'on leur donne, ou ils alfirmenl le contraire. Ils sont pénétrés de douleur lorsqu'on ne les préfère pas à ces gens-là , ou qu'on estime les autres autant qu'eux-mêmes. Ce qui est contraire à la charité, laquelle , selon saint Paul, se réjouit du bien spirituel et de la perfection d'autrui. Que si la charité est touchée de quelque envie, ce n'est qu'une sainte émulation qui lui inspire de la douleur de ce qu'elle ne possède pas autant de vertu que les autres , mais qui ne l'empêche pas d'avoir de la joie de ce qu'ils en ont plus qu'elle, afin qu'ils rendent plus de service et plus de glotre à Noire- Seigneur.
Quant à la paresse spirituelle , les commençants s'ennuient ordinairement des choses qui sont si spirituelles, qu'elles ne leur causent aucun goût sensible. Car comme ils se sont accoutumés à cette douceur, aussitôt que les exercices de l'intérieur ne les en comblent pas, ils en prennent un grand dégoût; ils quittent l'oraison, ou ils ne la font qu'avec répugnance. Il est néanmoins expédient que Dieu les prive de ces délices sensibles pour les éprouver. Ainsi cette paresse les engagea préférer la satisfaction de leur goût à la perfection , à laquelle "abnégation de sa volonté propre et de la sensualité conduit sûrement ; et de celte manière ils cherchent plus à se satisfaire qu'à contenter Dieu. De là vient qu'ils estiment que tout ce qui ne favorise pas leur pen-