‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 284 sur 448 · LIVRE I. GUAPITIIE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I. GUAPITIIE VIII

chant n'est pas conforme a la volonté de Noire-Seigneur , et qu'au contraire, tout ce qui esi de leur goût est agréable à Dieu. Ils jugent de Dieu par leurs sentiments , et ils ne jugent pas d'eux-mêmes par les sentiments de Dieu. Mais ils se trompent , puisque celui , dit Jésus- Christ , qui voudra sauver sa vie la perdra ; et celui qui la perdra pour l'amour de moi , la trouvera [Matth., XVI, 25).

Ils s'abandonnent aussi à la douleur lorsqu'on les oblige à faire des choses qui ne leur donnent aucune délectation. Et comme ils sont fort avides des consolations intérieures, s'ils en sont destitués, ils ne travaillent à la perfection qu'avec tiédeur et qu'avec faiblesse. Ils ressemblent à ceux qui, ayant été nourris dans les plaisirs, s'exemptent )e plus qu'ils peuvent des mortifications et des austérités; ils fuient la croix, quoiqu'elle soit la source des délices de l'esprit les plus solides. Plus les choses sont spirituelles, plus elles les ennuient; car, désirant de marcher dans ces pieux exercices par le chemin le plus large et de vivre selon les inclinations de leur volonté, ils ont beaucoup de peine et de tristesse d'entrer dans la voie étroite dont le Fils de Dieu parle dans l'Evangile.

Mais c'est assez parler des imperfections de ceux qui commencent à s'appliquer à la vie spirituelle : il est aisé de comprendre la nécessité qu'ils ont dépasser, avec la grâce divine, à l'état de ceux qui profilent en celle voie. C'est ce qu'ils font, lorsque Dieu les introduit dans la nuit obscure, où il les garantit de ces défauts et de ces tendresses sensibles, en les jetant dans les ténèbres intérieures et dans les aridités et eu les conduisant à la vertu par les différents moyens qu'il leur inspire. Car, quoique les commençanls s'exercent de toutes leurs forces à mortifiée leurs passions, ils ne pourront toutefois les étouffer, ou du moins les soumettre suffisamment à la conduite de la raison et de la grâce, avant que Dieu leur ait donné cette victoire par l'usage de la nuit obscure ; mais pour parler utilement d'une matière si difficile , il est nécessaire que Dieu nous donne de grandes lumières, et c'est ce que je lui demande, avec toute l'ardeur possible.

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