LIVRE I. CHAPITRi: X
l'âme pourrait, avec un peu d'application, reprendre ses premières opérations, et ses puissances trouveraient facilement leurs premiers appuis. On voit le contraire dans la purgalion de l'appétit sensitif : aussitôt que l'âme y est entrée, il est impossible à ses puissances d'user de discours dans la méditation. Car quoique cette purgalion ne se fasse pas sans interruption dans quelques-uns, quoique quelques autres jouissent par intervalle des consolations sensibles de l'oraison, néanmoins ils avancent toujours de plus en plus en celte purgalion, et mettent fin à leurs opérations sensibles, Dieu les disposant ainsi à passer plus outre. Car ceux qui ne marchent pas par le chemin de la contemplation se trouvent souvent dans de différents états, parce que la nuit ou la mortification des aridités ne dure pas toujours chez eus. Quelquefois ils souffrent des sécheresses, ils en sont quelquefois exempts. Quelquefois ils ne peuvent pas raisonner dans l'oraison, quelquefois ils le peuvent.
Pour ce qui est de la nuit obscure, Dieu les y fait entrer, afin de les exercer, de les humilier, de puriGcr leurs passions et leurs désirs, de peur qu'ils ne s'accoutument à ces attraits intérieurs, qui contentent la gourmandise spirituelle. 11 ne les y met pas pour les conduire à la voie de l'esprit, qui est la contemplation obscure ; car il n'élève pas à la parfaite contemplation tous ceux qui font profession de la vie spirituelle; lui seul sait les causes de celte conduite. C'est pour cette raison qu'il ne prive jamais entièrement ces gens-là des considérations et des discours de la méditation; mais il en use quelquefois plus libéralement avec les uns; il a quelquefois plus de réserve avec les autres.