MIT OBSCURE DE I.'AME
prend à s'approcher de Dieu avec plus de respect el de soumission; ce qui est toujours nécessaire dans le sacré commerce que nous avons avec lui. Klle n'était pas néanmoins si respectueuse dans l'abondance de ses délices spirituelles, et les bienfaits de Dieu la rendaient un peu plus hardie et moins réservée en ses conversations avec lui. C'est ce qui arriva à Moïse lorsqu'il entendit la voix de Dieu qui lui parlait. Charmé de celte bonté, et ne prenant pas garde à ce qu'il allait faire, il voulut approcher, mais Dieu l'arrêta : Ne venez pas plus près de moi, dit-il, et déchaussez-vous (Fa-ode, III, 5).
On infère de là av< c combien de vénération et de discrétion el avec quel dégagement d'affection et de désir il faut agir avec Dieu. Aussi Moïse lut depuis ce temps-là si circonspect et si retenu, que non-seulement il n'eut plus la présomption d'approcher de Dieu, mais qu'il n'osa pas même le regarder fixement ni le considérer. Car s'élanl dépouillé de la satisfaction que la présence divine versait en son cœur, il reconnut distinctement devant Dieu sa misère; et ces bas sentiments de lui-même le disposèrent à entendre la parole du Seigneur. Dieu se servit aussi, pour se communiquer familièrement au saint homme Job, non pas des plaisirs intérieurs et de la gloire dont il jouissait, mais des souffrances les plus affreuses qu'on se puisse imaginer (Job., 11,5). il le réduisit à coucher sur un fumier, couvert d'ulcères, rongé de vers, abandonné de ses proches, persécuté de ses amis, pénétré de douleurs et d'amertumes. Mais ce fut en cet état pitoyable, que le Tout- Puissant jugea qu'il lui était glorieux d'enrichir ce pauvre des trésors les plus sublimes de sa sagesse, et de combler ce malheureux de ses délices les plus douces et les plus consolantes.
Il est à propos, puisque l'occasion s'en présente, de remarquer ici l'utilité qu'on lire de la nuit, c'est-à-dire de la mortification des sens. Elle fait l'accomplissement de ce mot d'Isaïe : Votre, lumière naîtra dans les ténèbres ( Isa., LVIII, 10 ). Car Dieu éclaire l'âme et lui donne la connaissance, non-seulement de sa pelilcsse et du mépris qu'elle mérite, mais encore de la grandeur et de l'excellence de son Créateur. Il délivre l'esprit des désirs, des goûls sensibles et des appuis du sens, lesquelles l'obscurcissaient dans les choses spirituelles; et il lui donne la pureté et la clarté nécessaires pour comprendre la vérité. Il use aussi des peines el des aridités du sens, pour augmenter les lumières de l'âme, selon le langage d'un prophète: La tribulalion donnera de l'intelligence ( Isa.. XXVIII, 19 ) ; c'est-à-dire, elle fera entendre comment Dieu dégage l'âme de ses obstacles, par le moyen de cette nuit obscure el de celle contemplation sèche et sans tendresse, et comment il l'élève surnalurellement à la participation de sa sagesse divine. C'est ce que le même Isaïe explique admirablement : A qui donnera-t-it la science et Vintellinenre. dit-il, sinon à ceux qui ont été sevrés et arrachés de la mamelle (Isa., XXVIII, 9 ). Doù l'on conclut que le premier lait des douceurs qui viennent du discours et des autres opérations des puissances de l'âme, n'est pas une si bonne disposition pour recevoir ces divines influences, que le détachement de ces mamelles et la privation de ces délices intérieures.
C'est pourquoi il est utile à l'âme et nécessaire de n'avoir nulle affection pour la créature, de ne s'y point appuyer, et de s'élever beaucoup au-dessus, pour parler avec respect à ce Souverain de l'univers, et pour l'écouler avec toute la soumission possible, comme le prophète Habacuc l'assure lui-même : Je me tiendrai debout sur ma forteresse, dit-il, et j'y affermirai mes pas, et je considérerai pour conconnaîlre ce qu'on me dira ( Habnc, II, 1 ). C'csl-à-di-e, je détacherai mes sens des goûls intérieurs ; je n'emploierai pas mon imagination ni mon esprit à faire des raisonnements, afin que ce dénûment me rende
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