‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 298 sur 448 · LIVRE I. CUAPITKi: XII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CUAPITKi: XII

capable d'entendre ce que Dieu me dira. Il est donc constant que la connaissance de soi-même et celle de Dieu coulent de cette nuit obscure comme de leur source. Ainsi saint Augustin faisait cette demande à Dieu : Que je vous connaisse. Seigneur, et que je me connaisse. Car, suivant la maxime des philosophes, ou connaît très-bien les extrémités l'une par l'autre.

Mais a (in de montrer plus évidemment la force au délaissement sensible, qui arrive en cette nuit, pour obtenir de lui les lumières dont l'ànie est alors éclairée, je produirai cet endroit de David, où il explique l'efficacité de celte nuit pour nous conduire à la sublime connaissance de Dieu : J'ai paru devant vous, dil-il, dans une terre déserte , sans chemin et sans eau, comme dai:s le sanctuaire, afin que je visse l'otre paissauce et votre gloire {Psal. LXII, 3). C'est une chose sans doute admirable que le prophète ne dise pas que les douceurs spirituelles lui ont été des dispositions propres à connaître les grandeurs de Dieu; mais que c'a été l'aridité de la partie animale, lorsqu'elle a été abandonnée et privée de tout plaisir, comme le signifie cette terre déserte et sèche. 11 n'assure pas non plus que les saintes pensées et les sacrés entretiens qu'il avait eus si souvent avec Dieu, lui eussent ouvert le chemin à la connaissance de la puissance divine, mais qu'il y était parvenu par {.'impossibilité d'arrêter son esprit en Dieu et d'avancer en la voie spirituelle par les raisonnements, par les considérations et par les opérations de l'imagination ; ce qui est exprimé par cette terre sans chemin. De sorte que la nuit obscure du sens est le moyen de connaître Dieu et de se connaître soi-même. Néanmoins cette connaissance n'est pas si pleine ni si parfaite que celle qu'on acquiert par la nuit obscure de l'esprit; car elle n'est en quelque manière que le commencement et comme l'entrée de cette seconde connaissance.

Outre ces avantages, la nuit ouïes sécheresses du sens procurent à l'âme l'humilité d'esprit, qui est une verîu contraire à l'orgueil spirituel, et qui la purifie des imperfections dont elle se souillait pendant sa prospérité et ses premières consolations. Car sa propre expérience la contraignant d'avouer qu'elle est stérile en bien et très-misérable, elle n'a pas la moindre pensée de croire qu'elle vit mieux que les autres et qu'elle est plus avancée qu'eux dans les voies intérieures, comme elle se l'imaginait auparavant : au contraire, elle est persuadée qu'ils sont plus éclairés qu'elle et plus parfaits.

Et c'est de là que son amour pour le prochain prend naissance. Eile en conçoit beaucoup d'estime, et ne juge plus, comme elle faisait, qu'e! • était fervente, et qu'il était lâche dans le service de Dieu. Elle n'a devant les yeux que sa pauvreté spirituelle et que sa faiblesse, et elle ne s'arrête plus à considérer d'autre personne qu'elle-même. Le roiprophète fait un beau portrait de cette humilité en ces termes : J'ai gardé un profond silence, et je me suis humilié ; je n'ai rien dit pour ma défense, et ma douleur s'est renouvelée (Psal. XXXV1I1, 3). 11 parie de la sorte, parce que tous les biens que son âme possédait lui paraissaient tellement anéantis, que non-seulement il n'avait plus rien à dire , mais la douleur aussi que la connaissance de ses propres misères lui causait l'empêchait de parler des richesses spirituelles des autres.

Ceux encore que Dieu tient en cet état deviennent parfaitement obéissants et soumis en tout ce qui regarde la conduite de l'intérieur. Convaincus de leur bassesse et de leur incapacité, ils écoutent tous ceux qui les enseignent, et ils désirent d'èlre instruits de ce qu'ils doivent faire, par quiconque veut avoir cette charité pour eux. Tout cet orgueil aussi, et toute cette présomption, qui leur enflait le cœur lorsqu'ils étaient inondés des torrents de la grâce sensible, s'évanouissent ;

LA NUIT OBSCl'IŒ UE i. AME.

ils se défont enûn en ce temps-là de tous les défauts dont noas avons fait le détail en parlant de l'orgueil spirituel.

Page 1