‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 299 sur 448 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Des autres biens, desquels la nuit du sens est la cause.

Cette nuit corrige l'âme de ses imperfections à l'cçard de l'avarice spirituelle ; car elle étouffe l'avidité que l'âme sent des biens intérieurs et des consolations qui la portent tantôt à un exercice, tantôt à un autre, sans se contenter d'aucun. La raison est parce que, n'y trouvant, au lieu de douceur et de paix, qu'amertume et que trouble, elle s'y applique si légèrement, qu'elle a sujet de craindre que l'usage peu fréquent qu'elle en fait ne lui attire quelque dommage, comme l'excès des mêmes exercices lui causait quelque perte. Il est néanmoins véritable que Dieu donne ordinairement à ceux qu'il appelle à celte nuit , une humilité solide, et une grande promptitude à pratiquer le bien, quoiqu'il n'y mêle aucune douceur, afin qu'ils exécutent, dans la seule vue de Dieu, ce qu'on leur ordonne. De cette mauière ils renoncent à la propriété de plusieurs choses où ils ne prennent plus de satisfaction.

Quant à la luxure spirituelle, il est clair aussi que l'amertume qui afflige le sens dans les fonctions de l'esprit, délivre l'âme de toutes les impuretés que ce vice traîne après soi, et qui étaient les fruits amers de la douceur que les exercices spirituels répandaient sur les passions. Pour ce qui concerne la gourmandise spirituelle, celte nuil obscure préserve l'âme des défauts qui rejaillissent de là sur elle. Muis comme ils sont innombrables, je me contenterai de dire que l'âme, quand elle surmonte cette gourmandise par la mortification du sens, se garantit de tous les maux funestes que nous avons rapportés en traitant de ce vice. En effet, Dieu réprime alors sa concupiscence et son appétit, et les empêche de se repaître d'aucunes douceurs sensibles, de quelque source qu'elles coulent: tellement que les passions de l'âme diminuent et semblent perdre leurs forces. Ensuite l'âme entre et demeure dans une profonde paix et dans des consolations toutes divines.

11 vient encore de là un second bien : c'est que l'âme se souvient presque continuellement de Dieu, et craint beaucoup de reculer dans les voies spirituelles : bien très-signalé, et l'un des plus grands que la mortification du sens produise. Car l'âme est purifiée des imperfections qu'elle commettait, aveuglée par ses passions.

Lu troisième fruit de celle nuit du sens est que l'âme s'exerce en même temps dans toutes les vertus. Telles sont la patience, qui éclate dans les sécheresses spirituelles lorsqu'on y persévère : l'amour de Dieu, parce que sa seule considération, et non le plaisir, excite à faire de bonnes œuvres; la force, puisque l'âme remplie d'amertume et accablée de difficultés se fortifie davantage en ses saintes opérations ; enfin toutes les vertus, les théologales, les cardinales et les morales, régnent pendant ces aridités. Le roi-prophète a renfermé tous ces biens eu ces paroles : Mon cime n a pas voulu recevoir la consolation que les plaisirs sensuels lui présentaient. Je me suis souvenu de Dieu, et ce souvenir m'a comblé de joie ; je me suis, exercé dans l'oraison et dans les vertus, et mon esprit a été enflammé jusqu'à la défaillance du désir île posséder Dieu ; et de cette sorte j'ai purifié mon cœur de toutes les aff'eciions terrestres ( Psal. LXXV1, \).

Les mêmes peines qui regardent la mortification des sens et des passions délivrent aussi l'âme de tout ce qu'il y a d'imparfait daus l'envie, dans la colère et dans la paresse spirituelle, et lui procurent les vertus oui sont opposées à ces vices. En effet, elle est alors tellement humi-

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