LIVRE I. CHAPITRE xiv
liée et adoucie, qu'elle exerce une aimable douceur envers Dieu, envers le prochain et envers elle-même. Car elle ne sa fâche plus ni contre elle-même à cause de ses propies fautes, ni contre le prochain à '■ 1
cause de ses défauts ; ni elle ne fait plus paraître de chagrin à l'égard .li' Dieu, comme si elle n'en était pas contente à cause de la soustraction de ses grâces sensibles ; ni elle ne perd plus le respect eu se plaignant de ce qu'il ne lui accorde pas assez prompteuienl la pcr- *<$ fection qu'elle souhaite.
Elle étouffe encore son envie dans les flammes de sa charité pour %*¥ les autres. Car elle les aime comme vertueux, ne se regardant plus elle-même que comme vicieuse. Si bien qu'elle n'est plus touchée que d'une sainte émulation, d'un ardent désir de les imiter : ce qui est le propre d'une excellente vertu. ,. ^
Il est vrai qu'elle est frappée de quelque ennui et de quelque abattement, puisque Dieu la plonge dans l'amertume de la mortificatian des sens, et lui ôle le goût des choses sensibles ; mais il n'y a point en • ::
cela d'imperfection, comme il y en avait lorsque ses langueurs ne procédaient que des plaisirs spirituels dont elle se repaissait dérèglement, ou qu'elle recherchait avec avidité lorsqu'elle en était dénuée. pp<&
Outre ces avantages, l'âme puise une infinitéd'autres biens dans celte contemplation sèche et imperceptible. Dieu lui communique en ce temps-là, sans qu'elle y songe, de grandes douceurs d'esprit, un amour très-pur, des connaissances spirituelles fort subtiles, dont les -unes sont plus utiles, les autres moins précieuses que toutes ses premières faveurs. Elle n'en est pas moins persuadée, parce que cette infusion se fait si délicatement, que les sens ne peuvent s'en apercevoir. rj
Elle recouvre la liberté d'esprit qui la met en possession des douze fruils que l'Apôtre attribue à l'Esprit divin ; elle se préserve de la violence de ses ennemis , le monde , la chair et le démon ; car le goût des choses sensibles étant détruit , ils n'ont ni armes ni forces pour l'atta- -jj^ quer. ||
Puis donc que l'âme reconnaît qu'en passant par l'obscure nuit du sens , elle a été favorisée de bienfaits si nombreux et si considérables , elle a raison de dire :
0 l'heureuse fortune ! :!==&
Je suis sortie sans être aperçue. &"%
C'est-à-dire je me suis délivrée des chaînes de mes passions , et je &$ suis sorlie de l"e*elavage où elles me tenaient : mes ennemis ne m'ont pas vue, et ne m'ont pas empêchée de m'affranchirde leur tyrannie. §=*
Ainsi le soin de se mortifier continuellement calme les quatre pas- »^S sions principales de l'âme, la joie, la douleur , l'espérance , la crainte. Les aridités répriment les passions et font cesser les opérations des sens et des puissances intérieures : toute la partie animale demeure eu paix. Tellement que les ennemis de l'âme ne peuvent plus lui ravir sa liberté d'esprit, ni altérer son repos et la tranquillité de sa maison ou de son intérieur. C'est ce qu'elle déclare dans le vers suivant. ff«