‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 301 sur 448 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

On donne l'éclaircissement du dernier vers du premier cantique. g* Lorsque ma maison était tranquille. ïï=* Cette maison de la sensualité étant ainsi tranquille, l'âme en est sor- ;; ^ lie pour entrer dans le chemin de l'esprit, qui est le chemin de ceux qui profitent en la vie spirituelle, et qu'on nomme la voie illuminative gjjj ou la voie de la contemplation infuse , par laquelle Dieu se donne à l'âme, l'entretient sans aucun discours et sans aucune coopération active de sa part. I*$

58S Là. NUIT OBSCOTUâ DE I. AME.

Voilà donc quelle est In nuit ou la purgalion des sens. Elle est toujours mêlée de peines et de tentations violentes ; elle dure longtemps : quelquefois plus dans les uns, quelquefois inoins dans les autres. Ceux qu'elle purifie n'en sortent communément que pour entrer dans la nuit de l'esprit, laquelle est plus difficile et plus fâcheuse ; et ils y marchent pour arriver à l'union de l'amour avec Dieu, mais il y en a peu d'ordinaire qui y parviennent.

Car, pendant cette affreuse nuit, l'ange de Satan , qui est l'esprit de fornication , en attaque quelques-uns , et fatigue leurs sens de tentations abominables et très-fortes ; il remplit leur esprit de pensées trèssales ; il infecte leur imagination de représentations très-vives ; il leur fait enfin souffrir des tourments plus cruels que la mort même.

Quelquefois l'esprit blasphémateur se joint à l'esprit impur, il suggère des blasphèmes exécrables, et les imprime si vivement dans l'imagination, qu'ils passent souvent jusqu'à la langue, et qu'on semble les prononcer, ce qui donne une peine inexplicable.

D'autres fois ils sont battus de l'esprit de vertige , qui leur renverse tellement le sens, qu'il les remplit de mille scrupules et de mille doutes embarrassants ; de sorte qu'ils ne peuvent ni se satisfaire eux-mêmes, ni se soumettre au jugement des autres. Cet esprit a quelque chose de plus horrible et de plus affreux que tout ce qui se passe en cette nuit spirituelle.

Dieu a coutume d'exciter ces orages dans l'intérieur de ceux qui sont dans la nuit ou la purgalion du sens , et qu'il a dessein d'engager ensuite dans la nuit ou la purgalion de l'esprit, afin que ces afflictions disposent leurs puissances et leur âme à l'union de la sagesse divine, dont il les éclaire ordinairement on ce temps-là. Si l'âme n'est tentée, exercée et éprouvée par les souffrances , elle ne peut parvenir à celle sagesse, fer enfin, dit l'Ecclésiastique, que sait celui qui n'a pas été tenté ; et combien prude choses celui-là connaît-il qui n'a point d'expéi iençe (Eccles., XXXIV, 9, 10) ? Le prophète Jérémie souscrit à celle vérité : V ouf m'avez châtié, Seigneur, dil-il, et j'ai été instruit Jcrem., XXXI, ISj. Les peines intérieures que nous avons décrites jusqu'ici sont le véritable moyen que ce châtiment nous fournit pour acquérir la sagesse ; car elles purifient les sens de tous les plaisirs auxquels ils étaient attachés à cause de leur fragilité naturelle, et l'âme descend par ces degrés dans une très-profonde humililé , qui la prépare à l'élévation que Dieu lui a disliuée.

Quant à la longueur du lemps, on ne peut dire sûrement combien cette mortification dure, parce que tous ne sont pas traités de la même manière , et ne souffrent pas les mêmes épreuves. La seule volonté de Dieu leur donne leur mesure différemment, selon que chacun a plus ou moins d'imperfections à détruire, ou suivant le degré d'union à laquelle Dieu veut élever l'âme : ainsi il la tient plus ou moins de temps dans les exercices de l'humilité.

11 purifie les courageux plus promptement et avec plus de violence, cl les faibles avec plus de douceur et plus lentement ; il leur accorde même quelque satisfaction de fois à autre , de peur qu'ils ne perdent cœur et qu'ils ne reculent en arrière , ce qui les retarde beaucoup dans le chemin de la perfection ; quelques-uns même n'arrivent jamais à ce terme , de sorte que les uns ne sont jamais entièrement dans celte nuit, et les autres n'en sont jamais tout à fait dehors. Car quoiqu'ils ne fassent pas de plus grands progrès en la vie spirituelle, néanmoins Dieu leur fait expérimenter quelque temps les sécheresses et les tentations, afin de les conserver dans la connaissance et dans les bas sentiments d'eux-mêmes ; et il y mêle souvent des consolations sensibles,

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