‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 313 sur 448 · LA SFIT OBSCURE PE L AME · texte numérisé non relu

LA SFIT OBSCURE PE L AME

prophète ajoute : Vous avez permis que ceux que je connaissais et avec qui je vivais familièrement se soient éloigne'* de moi et qu'ils m'aient regardé comme un objet d'abomination [Psal. LXXXYIl, 9 . Lt; prophète louas avait expérimenté cqs peines, tant au corps nue. dans l'âme. Seigneur , dit-il , vous m'avez précipité dans le fond de la nier, et j'ui été couver! d'eau ; vous avez fait passer sur moi les pois des abîmes que vous avez creusés, ce qui m'a fait dire que jetais rejeté de devant vos yeux. Néanmoins, j'espère que je verrai. encore votre saint temple. Le prophète parle de la sorte , parce que c'est dans cet étal de souffrances que Dieu purifiait son àme. Et continuant , il ajoute : Les eaux qui m'ont environne ont pénétré jusqu'à l'âme , les gouffres m'ont englouti, la mer m'a couvert la létc : je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes, et les cavernes de la terre m'ont tenu, comme des prisons, éternellement enfermé (Jon., II, 5, 6, 7). Ces cavernes ou ces prisons , pour les appliquer à notre sujet , représentent les imperfections de l'âme , qui l'empêchent de jouir des douceurs de la contemplation.

La quatrième espèce de souffrances vient de l'éminence de cette contemplation obscure. Cette éminence n'est autre chose que son objet; savoir : la grandeur et la majesté de Dieu, car elles font sentir à l'âme sa pauvreté et sa misère; et cette pensée, fondée sur une si grande opposition, est une de ses principales peines. Elle expérimente en elle-même un profond vide, c'est-à-dire un eDlier dépouillement des biens temporels, des biens naturels et des biens spirituels qui ont du rapport à son plaisir, et elle se voit pleine de maux contraires ; savoir : des défauts et des aridités qui la désolent. Elle se trouve enfin privée des espèces et des connaissances de ses puissances , et son esprit lui parait dénué de tout et entièrement abandonné; car , puisque Dieu la purifie selon la partie sensitive et la partie spirituelle, selon les puissances intérieures et extérieures, il est utile à l'âme d'être mise dans celle pauvreté et dans la privation de toutes ces choses , afin qu'elle demeure dans la sécheresse et dans les ténèbres : parce que la partie animale est purifiée par les aridités, les puissances le sont par la privation de leurs opérations; l'esprit l'est aussi par l'obscurité. Dieu opère toutes ces choses par cette obscure contemplation dans laquelle rame sent ce vide, avec la suspension ou la soustraction de tous les appuis qu'elle trouvait dans la nature , ce qui la fait autant souffrir qu'un homme qu'on tiendrait suspendu en l'air et qu'on empêcherait de respirer. Alors Dieu la purifie en la vidant, et en consumant toutes ses affections et toutes les habitudes imparfaites de sa vie comme le feu consume la rouille de quelque métal. Ces choses étant fort enracinées , il faut nécessairement que l'âme endure une extrême douleur lorsqu'elle les perd , et que ces paroles d'Ezéchiel se vérifient : Entassez les os afin que j'y mette le feu; les chairs seront consumées, tout cet amas cuira, et tous les os sécheront (lïzech., XXIV, 10). Le prophète semble signifier la pauvreté que l'âme éprouve selon la partie inférieure et la partie supérieure. 11 dit encore, au même endroit : Mettez-la sur les châtiions ; mais il faut qu'elle, soit vide et toute nue , afin qw son airain s'échauffe et se fonde, et que toutes ses ordures s'amassent dans le milieu , et que sa rouille soit consumée (Jbi<l., 11). On voit, dans ces expressions, l'affliction extrême que l'âme reçoit du feu de la contemplation qui la purifie, puisqu'il est nécessaire qu'elle réduise , en quelque manière , au néant , sa nature , ses affections et ses défauts , pour se purifier de la rouille qui est entrée jusque dans son intérieur; si bien que, devant être purifiée dans ce feu comme l'or dans la fournaise, selon le sentiment du Sage (Sap., III, 6), elle sent, jusque dans les moelles, cet anéantissement cl celte défaillance avec une extrême pauvreté. Da\id était dans ce pitoyable élat lorsqu'il s'écriait : Sauvez-moi , mon Dieu , parce que les eaux pénètrent

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