CHAPITRE NEUVIÈME
Comment cette nuit , quoiqu'elle obscurcisse l'esprit , est une disnosilion nécessaire pour l'éclairer
Il est vrai que cette heureuse nuit jette l'esprit dans les ténèbres, mais c'est pour lui communiquer une lumière qui lui découvre toutes choses; elle l'abaisse à un élat misérable, mais c'est pourl'élevei à la jouissance d'une parfaite liberté ; elle le prive de toute affection naturelle , mais c'est pour lui faire goûter les douceurs de lous les biens de l'ord re supérieur ou surnaturel , et de l'ordre inférieur ou naturel.
Comme il est nécessaire que les éléments soient démêlés des couleurs, îles odeurs, des saveurs particulières, pour s'unir ensemble dans les composés naturels, et pour s'accommoder aux saveurs, aux odeurs et aui; couleurs universelles, de même il faut que l'esprit soit simple, pur, débarrassé de toute affection naturelle , tant actuelle qu'habituelle, afin qu'il ait la liberté et la puissance de participer à la sagesse divine, et qu'il goûte, d'une manière excellente, les saveurs et les douceurs de toutes choses. Sans ce dénûment , il ne pourra tirer aucune satisfaction de ces délices spirituelles, quoiqu'elles soient trèsabondantes, puisqu'une seule affection particulière, soit actuelle, soit habituelle, est suffisante pour empêcher le sentiment, le goût, la communication de celle sublile et intime douceur que l'esprit d'amour, qui contient en un degré très-éminent toutes les saveurs les plus charmantes, a coutume de verser dans l'âme. En effet, comme les Israélites ne goûtaient pas la manne, quoiqu'elle eût toutes les saveurs que chacun souhaitait, parce qu'ils conservaient encore la mémoire et l'amour des viandes qu'ils avaient mangées en Egypte , ainsi l'esprit, qui a quelque attache actuelle ou habituelle à quelque chose , ne peut jouir des plaisirs de la nourriture spirituelle. La raison est , parce que les affections et les connaissances de l'esprit purifié et élevé à la perfection sont d'un rang supérieur aux affections et aux connaissances naturelles, elles sont surnaturelles et divines; de sorte que, pour en acquérir les actes ou les habitudes, il est nécessaire que celles qui ne sortent point des bornes de la nature soient éteintes. C'est pourquoi il est d'une grande utilité en cette matière que l'esprit perde, dans
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