‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 348 sur 448 · L'EXPLICATION DES CANTIQUES · texte numérisé non relu

L'EXPLICATION DES CANTIQUES

OU LON TRAITE DE LA PLIS INTIME UNION DE L'âMIÎ AVEC D1EI , ET KK SA TRANSFORMATION EN SON CREATEUR.

Ce n'est pas sans répugnance que j'ai entrepris d'expliquer tes quatre cantiques suivants, pour satisfaire à la prière de quelques personnes pieuses. Ces cantiques contiennent des choses si intérieures et si spirituelles, que les paroles nous manquent souvent pour les exprimer. Comme elles surpassent le sens, et qu'on ne saurait parler juste de ce qu'il y a de plus intime dans l'esprit, à moins qu'on ne soit anime du même esprit intérieur, j'ai différé jusqu'ici celte explication, convaincu de ma faiblesse en cet endroit, et de mon peu de capacité dans la spiritualité. Maintenant qu'il semble que Noire-Seigneur m'a donné par sa miséricorde quelque connaissance et quelque ardeur, arjant repris cœur, j'ai résolu de m occuper à ce travail, quoique je sois persuadé que je ne puis de moi-même rien dire de propre à ce sujet, et qu'à plus forte raison je suis incapable de traiter des choses si relevées. C'est pourquoi si j'écris quelque chose d'utile, je ne me l'attribue pas ; je n'ai èi m' imputer que les défauts qui peuvent se glisser en cet ouvrage. Ainsi je soumets tout ce que j'avancerai au jugement et à la censure de notre sainte mère l'Eglise catholique, apostolique et romaine, sous la conduite de laquelle personne ne peut s'égarer.

Cela supposé, j'écrirai librement lorsque je serai fondé sur la sainte Ecriture, tout ce que je saurai en cette matière. Je prie néanmoins le lecteur de croire que tout ce que je puis dire de plus sublime, est infiniment au-dessous de ce qui se passe en celte intime union avec Dieu. Personne cependant ne doit s'étonner de ce que Dieu accorde des grâces si extraordinaires aux âmes qu'il veut combler de délices toutes divines. Car, si on considère avec quelque attention que c'est 'Dieu </ui agit, et que comme Dieu il répand ses biens avec un amour inconcevable et une bonté infinie, on ne trouvera rien de contraire à la raison de ces profusions divines. En effet, Jésus-Christ a dit lui-même à celui qui l'aimerait, que le Père, le Eils et le Saint-Esprit viendraient chez lui et qu'ils feraient leur demeure en lui (Joan., XIV, 23). C'est-à-dire, que les trois personnes de la trèssainte Trinité le feraient vivre en elles d'une vie divine, et le feraient demeurer en elles, comme l'âme le chante en ces cantiques.

A la vérité, nous avons .parlé dans les cunliques précédents du plus éminent degré de perfection qu'on puisse acquérir en celte vie, et qui est la transformation deTâme en Dieu. Mais il s'agit dans les présents cantiques d'un amour plus consommé et plus parfait dans le même étal de transformation. Car, quoiqu'il soit hors de doute qu'on propose en tous ces cantiques le même genre de transformation, et qu'on ne puisse point

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LA VIVK FLAMME DE L AMOOR. 1 CANTIQUE.

passer plus outre; toutefois on peut, avec le temps et par un exercice continuel, se perfectionner, et, pour parler ainsi, se concentrer davantage en l'amour de Dieu. Il en va de cela comme du feu qui brûle du bois : il y tre d'abord ; il se l'unit et le change en lui-même; mais enfin il s'allume

en

davantage avec le temps ; il pénètre plus profondément le bois ; il l'enflamme avec plus d'ardeur, just/u'à ce qu'il le consume et le réduise en étincelles et en cendres. Il est aisé d'appliquer celle comparaison à notre sujet, et de concevoir de quelle manière le feu de l'amour divin entre dans l'âme, la pénètre, la transforme en lui et la consume entièrement.

Ce que l'âme déjà transformée et consumée intérieurement par le feu de l'amour dit dans ces cantiques, se doit entendre de l'ardeur inexplicable qui est propre de ce degré. Car, non-seulement elle est unie à ce feu divin, mais ce feu divin excite aussi en elle une flamme vive, laquelle la pénètre intimement : de sorte qu'en étant toute e7nbrasée, et goûtant les douceurs de l'amour divin les plus délicates, elle parle des admirables effets qu'il produit en elle. Ce sont ces effets que j'expliquerai avec le même ordre que j'ai observé dans les autres cantiques. Je les proposerai d'abord; ensuite je développerai le sens de chaque cantique en particulier, et ■>'e donnerai enfin en détail l'éclaircissement de chaque vers.

Cantiques de l'âme dans son intime union avec Dieu.

0 llama de amor viva,

(jur lirriiniiicnii' hieres,

lb- mi aima ea rlnuis profundo centre :

Tues y a no ères esquiva,

Avulia va, si quieres,

Rompe la lela desle ilulce en cuentro.

0 cauterio suave!

0 regalada [ilaga!

0 mano blanda ! ô loque delicado!

(.lue à viila elcrna sabe,

Y lola (Jeuda paga,

Maiando, muerle en vida lo bas irocado.

Olamnaras defuego!

En i-uyos rcsplandores.

Las prnfundas cavernas del seulido, Que esiava escuro, y ciego, Con eslranos primores Calor, y luz dan junioà su querîdo.

Onam manso y amoroso Reeucrdas en mi sono, Dorule secr»tamenlo solo moras,

Y en lu aspiras subroso, He bien y gloria Ileno

Quan delicadanienle me enamoras.

O vive flamme d'amour,

Qui frappez délicatement

lœ plus profond centre de mon âme,

Puisque vous ne ni êtes plus fâcheuse,

Achevez, s'il tous pta'U, votre ouvrage;

Rompez la loile de cette douce rencontre.

O cautère agréable !

O délicieuse pluie !

O main douce ! ô délicat attouchement ! Qui a le goût de la vie éternelle, Qui paie toutes mes dettes, En faisunl mourir, vous avez change la mort en la vie.

O flambeau de feu !

Dont les siilendeurs

Eclairant les profondes cavernes

Vu sens obscurci el aveuglé,

Dans ses excellences extraordinaires

Donnent tout ensemble de la chaleur et de la

lumière, il son bien-aimé.

Avec combien de douceur et d'amour Vous éveillez-vous dans mon sein.

Oit vous demeurez seul en secret!

Dans votre douce aspiration, l'icinc de biens et de giàre.

Que vous m'enflammez agréablement de voire

amour !

PREMIER CANTIQUE

Lorsque l'âme est étroitement unie à Dieu et transformée en lui par l'amour divin, elle est toute embrasée (Joan., VII, 38). Il lui semble |;| aussi qu'un fleuve de cette eau vive, dont Jésus-Christ parle dans l'Evangile, coule de son sein; qu'elle est infiniment élevée au-dessus d'elle-même et des créatures : qu'elle est enrichie de vertus et de dons extraordinaires; qu'elle est si proche de la béatitude éternelle, qu'il n'y a au'un voile lrès-6n et très-léger qui en fait la séparation. Elle consi-

VIVE FLAMME DE L* AMOUR

dcre encore qu'une très-pure flamme d'amour la brûle el la nourrit de ces délices inûnies qui font goûter par avance la félicité des bienheureux; de sorte qu'elle est en quelque façon revêtue de leur gloire et absorbée dans les torrents de leurs plaisirs éternels. Dans ecs transports et dans ces désirs empressés, elle conjure le Saint-Esprit de la dépouiller de cette vie et de la revêtir de toute la gloire qu'il a dessein de lui donner. C'est pourquoi elle s'écrie sans cesse : 0 vive flamme d'amour!

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