EXPLICATION DU V VERS DU I CANTIQUE
degrés de lumière, plus il est brillant ; et la lumière croissant toujours, le remplit de telle sorte qu'on ne peut plus remarquer la distinction du cristal d'avec elle, parce qu'il en est autant pénétré qu'il est capable de l'être. Ainsi, lorsque l'âme dW que la flamme de t amour divin la touche jusque dans son centre le plus profond, ce langage signifie que l'amour divin lui fait de Irès-profondes plaies en sa substance, eu sa veriu et en sa force. Ce qu'elle dit afin d'exprimer l'abondance de sa gloire et de son plaisir, lequel est d'autant plus grand e! plus tendre, quelle est plus transformée en Dieu, et plus unie à lui comme à son dernier centre. Et parce qu'elle se voit enrichie de tous les biens que l'amour de Dieu apporte avec soi, elle éclate en répétant :
0 vire flamme d'amoup !
Qai frappez délicatement!
Comme si elle disait : 0 très-ardente flamme qui me comblez de biens et de gloire en me communiquant la sagesse de Dieu selon toute la capacité de mon entendement, et son amour selon toute l'étendue de ma volonté, que vos impressions sont douces! C'est en effet ce qui arrive à l'âme, quoiqu'elle ne puisse pas s'en expliquer;et parce qu'elle est alors toute pénétrée de délices, elle ajoute : Puisque vous ne m'êtes plus fâcheuse.
QUATRIÈME VERS
Puisque vous ne m'êtes plus fâcheuse.
C'est-à-dire, puisque vous ne m'affligez plus, vous ne me gênez plus, vous ne me fatiguez plus eomme auparavant. Car cette vive flamme d'amour ne lui était pas si agréable dans les commencements de la contemplation qui la purifiait, qu'elle est maintenant dans la parfaite union avec Dieu. En effet, cette divine flamme détruit d'abord les imperfections et les mauvaises habitudes de l'âme; ensuite elle se glisse dans son intérieur , elle s'unit à son cœur, elle l'occupe entièrement.
C'est par ce moyen et par ces opérations que le Saint-Esprit prépare l'âme à l'union divine et à sa transformation en Dieu. Lé même feu d'amour opère en ces deux états différents. Car comme c'est le même feu qui chasse l'humidité du bois, qui y entre peu à peu, qui le pénètre, qui le change en-fin en lui-même, ainsi c'est le même amour qui délivre l'âme de ses défauts, qui s'insinue en son cœur, qui l'enflamme entièrement, qui l'unit à Dieu dans un souverain degré; et qui la transforme toute en lui. Mais autant que ces commencements lui ont été fâcheux, autant la fin et la consommation de cet ouvrage lui est agréable.
C'est pourquoi ees expressions ne signifient que ceci : 0 vive flamme du divin amour, vous ne m'êtes plus obscure et ténébreuse comme vous étiez; mais vous êtes la divine lumière de mon esprit pour contempler mon Dieu ; vous ne faites plus succomber ma faiblesse sous la véhémence de votre opération, mais vous êtes la force de ma volonté, pour aimer mon époux et pour le posséder sans réserve; vous n'êtes plus un poids qui m'accablez, mais vous êtes un soulagement qui me relève, et un plaisir qui me dilate le cœur. On peut dire enfin de moi, ce qu'on dit de Tépouse sacrée : Qui est celle-ci qui vient du désert , remplie de délices, et appuyée sur son bien-aimé [Cant., VIII, 5)? Elle allume de tous côtés le feu de l'amonr divin. Mais, ô vous qui me consumez, achevez enfin votre ouvrage.