CINQUIÈME VERS
Achevez, s'il vous plaît, votre ouvrage. C'est-à-dire, élevez-moi à la vue bienheureuse de vous-même, pour achever et consumer votre ouvragé. Véritablement il n'y a pas lieu de
LA VIVE FLAMME DE LAMOl'K.
douter que dans un état si sublime, l'âme ne soit d'autant plus résignée à la volonté de Dieu, qu'elle est plus parfaitement transformée en lui. Aussi elle ne demande rien que son bien-aimé; elle ne cherche que lui, parce que la parfaite charité ne regarde que l'intérêt de son objet. Néanmoins l'âme vivant encore dans l'espérance, sent quelque vide en elle ; elle gémi! doucement el avec quelque plaisir, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à l'entière possession de son Dieu. C'est pourquoi elle ne trouvera du repos que dans une gloire consommée ; elle jouit bien maintenant de l'union de Dieu, mais elle n'est pas satisfaite, et la seule gloire du ciel peut la contenter. Ce qui augmente son ardeur, c'est qu'elle goûte les douceurs comme les prémices de celte gloire : prémices si "délicieuses, que si Dieu ne soutenait la faiblesse de la nature, la personne qui en est favorisée serait en danger de mourir à chaque moment de ces ardeurs d'amour. Car la partie inférieure ne peut supporter un feu d'amour si excessif et si relevé.
Cependant ce désir n'apporte nulle inquiétude à l'âme en cet état, où elle est affranchie de toute peine et où elle demande la gloire céleste avec tranquillité et avec soumission. En effet, en la demandant à Dieu elle use de ces termes, s'il vous pla'tt, parce qu'elle a la volonté et le désir si unis à Dieu, qu'elle met sa gloire souveraine en la volonté de Dieu.
Mais ce qui l'engage à faire ces demandes à Dieu, c'est que les témoignages d'amour qu'elle reçoit de lui sont de telle nature, et cet amour éclate en un si beau jour, que de n'en pas demander la consommation, ce serait la marque d'un amour faible et imparfait. De plus, le Saint-Esprit l'excite, par des mouvements très-doux et trèsaffectueux à chercher cette gloire immense ; il la lui met souvent devant les yeux de l'esprit, et il lui dit comme à l'épouse : Levez-vous, hâtez-vous, ma bien-aimée, ma colombe, ma toute belle, et venez. L'hiver est passé, la pluie est cesse'?., les fleurs couvrent la terre, les figuiers sont chargés de figues, les vignes répandent l'odeur de leur fleur : levez-vous, mon amie, ma belle : venez, ma colombe, dans les ouvertures de la pierre, dans la caverne de la muraille : monirez-moi votre visage ; faites résonner votre voix à mes oreilles ; car votre voix est douce et votre visage est beau \Cant., H, 10, 11, 12, 13, 14). L'âme s'aperçoit bien que le Saint-Esprit lui dit toutes ces paroles, tandis que cette flamme divine verse en son sein ses douceurs et ses tendresses : de sorte qu'elle lui répond :
Achevez, s'il vous plaît, votre ouvrage.
Elle y ajoute les deux demandes que Jésus-Christ a marquées dans la prière qu'il a enseignée à ses apôtres : Que votre royaume vienne ; gue votre volonté soit faite. Elle veut dire : Achevez de me donner votre royaume comme vous le voulez vous-même; et afin que cela s'exécute :
Rompez la toile de cette douce rencor.'rc.
SIXIÈME VERS
Rompez la toile de cette douce rencontre.
Rompez la toile , rompez l'obstacle qui s'oppose à l'achèvement d'une affaire si importante, puisqu'il est facile de parvenir à la jouissance de Dieu lorsqu'on a levé les empêchements qui nous séparent de lui, et qu'on peut réduire à trois espèces de toiles : la première est temporelle, qui renferme toutes les créatures; la seconde est naturelle : ce sont les opérations et les inclinations naturelles; la troisième est sensitive, qui comprend l'union de l'âme avec le corps, ou la vie animale dont parle saint Paul : i\'ous savons, dit-il, qw si cette maison terrestre où nous demeurons se ruine, Oicu nous en édifiera une autre, qui
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