‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 353 sur 448 · EXPLICATION DL VI VF.KS DU I CANTIQUE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DL VI VF.KS DU I CANTIQUE

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ne sera point faite de la main des hommes, et qui durera éternellement dans le ciel (II Cor., V, 1).

Il a fallu nécessairement rompre les deux premières (oiles pour acquérir par l'union de l'amour la possession de Dieu ; car c'est, par cet amour qu'on a rejeté toutes les choses créées, qu'on a mortifié les affections et les désirs, et qu'on a rendu divines les opérations de l'âme. Tous ces effets se doivent attribuer à la flamme et à l'ardeur de cet amour; lorsqu'il puriOait l'âme au commencement, pour la disposer à l'union de Dieu. La même flamme rompt la troisième toile avec beaucoup de plaisir; car elle délivre l'âme de cette vie mortelle dans les transports d'une joie mille fois plus grande que toutes les délices du monde les plus agréables. C'est pourquoi le roi-prophèle appelle précieuse la mort de» justes. En effet, elle est précieuse, puisqu'ils entrent comme des fleuves d'amour dans cette vaste mer de l'amour inûni de Dieu, où ils posséderont le royaume éternel qui leur est destiné, et où ils seront comblés de toutes les joies qu'ils seront capables de recevoir. Or l'âme est frappée maintenant des impressions de cet amour, qui la tient toute prèle à entrer dans cet heureux séjour. Les lumières de la foi découvrent à l'âme sa pureté, ses richesses spirituelles , et la capacité qu'elle a d'obtenir un si grand bien. Car Dieu lui permet en cet état de jeter quelques regards sur sa propre beauté, sur les dons et sur les vertus dont il l'a enrichie, parce que la vue de ses avantages l'excite plus efûcacement à aimer son bienfaiteur et à lui donner des louanges infinies. Elle voit bien qu'il ne lui reste plus autre chose à faire qu'à rompre cette toile qui la tient captive sur la terre, c'est-àdire, à séparer l'esprit d'avec le corps, afin que le corps demeure dans la terre, et que l'esprit retourne au ciel et se réunisse à Dieu qui est sou principe et sa fin. Elle soupire, elle gémit de ce qu'une vie si vile et sr abjecte l'éloigné de la prompte jouissance d'une vie si sublime et si glorieuse. Pour ces raisons, elle prie son bien-aimé d'en rompre le cours et de l'en dépouiller au plus tôt.

Elle donne le nom de toile à cette vie grossière, pour trois causes ; premièrement, parce que le corps et l'esprit ont une union naturelle et nécessaire; secondement, parce qu'elle divise l'âme d'avec son Dieu ; en troisième lieu, parce que comme la toile n'est pas pour l'ordinaire si épaisse, que la lumière ne puisse passer au travers, de même celle liaison du corps et de l'esprit n'est pas si matérielle, que la Divinité ne jette au travers quelques rayons dans l'âme. Et c'est à la lueur de ces rayons que l'âme comprend la force et l'élévation de la vie future, la faiblesse et la bassesse de la vie présente : elle regarde celle-ci comme une toile fort mince, ou plutôt comme une toile d'araignée, selon le langage de David : Nos années, dit-il, sont composées de moments qui coulent continuellement , comme les toiles d'araignées sont lissues de /ils entrelacés sans interruption (Psal. LXXXIX, 10). Elle lui paraît même quelque chose de moindre qu'une toile d'araignée, parce qu'elle en juge selon le sentiment de Dieu, devuntqui, dit le Prophète royal, mille ans ne semblent être qu'un jour déjà passé (Psal . LXXXIX, 4) ; et toutes les nations de l'univers ne sont, comme parle lsaïe , qu'un pur néant (Isa. XL, 17). L'âme n'en a que le même sentiment, parce que Dieu seul lui est toutes choses.

Mais il faut considérer ici pourquoi l'âme demande que cette toile soit plutôt rompue que coupée. On en peut apporter quatre raisons : la première, afin qu'elle parle en termes propres ; car quand on donne impétueusement dans une toile, on la rompt et on ne la coupe pas; la seconde, l'amour veut delà violence et del'iuipéluosité, à qui il convient mieux de rompre que de couper ; la troisième, plus l'amour est ardent, plus il presse de rompre la toile, afin qu'il arrive plutôt à sa dernière

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LA VIVE FLAMME DE LAM01R

perfection. En effet , il est d'autant plus véhément et plus précieux , qu'il est plus prompt en son action et lus spirituel par son dégagement des choses corporelles. Car les forces de l'amour en cet état sont plus unies et plus grandes, et conséquemment elles opèrent plus promptement dans l'âme la parfaite transformation de l'amour; de la même manière que dans la nature il j a des qualités qui s'introduisent en un moment dans le.urs sujets, comme la lumière dans l'air ou dans un verre bien poli et bien net. Jusque-là la forme de la transformation n'avait pas été reçue en l'Ame ; les seules dispositions avaient précédé, savoir, les affections et les désirs qu'on avait formés successivement et à plusieurs reprises.

L'âme ainsi disposée peut produire en très-peu de temps un plus grand nombre d'actes très-vifs, que n'en peut faire peut faire pendant un long temps une personne qui n'aura pas de si bonnes dispositions; car celle-ci emploie toutes ses forces à disposer son esprit , de sorte que le feu de l'amour ne la peut pénétrer entièrement; mais ceil< -là reçoit en toutes ses parties à chaque instant les flammes de l'amour, (•/qui lui fait souhaiter qu'on rompe en un moment cette toile, et non pas qu'on la coupe à loisir.

Enfin, la quatrième raison est, parce que l'âme désire ardemment que la mort rompe le cours de sa vie mortelle, comme on rompt une toile brusquement et sans délibération. Elle voudrait ne point attendre la fin naturelle de sa vie; elle se sent portée à souhaiter, quoique avec résignation aux desseins de Dieu, que quelque coup impétueux de l'amour le plus fort l'enlevât de ce monde, sachant bien que Dieu relire quelquefois ces âmes avant le temps que la nature prescrit, pour les récompenser promptemenl de leurs travaux, et pour les plonger dans les flammes de son amour et dans les torrents de ses plaisirs éternels. Le Sage ne permet pas d'en douter : {l s'est rendu agréable à Dieu, ditil, el il s'est attiré son amour. Il vivait parmi les pécheurs; mais Dieu l'a transporté de la terre, el ia promptemenl enlevé, de peur que la malice des hommes ne lui changeât l'esprit, et que leurs déguisements ne lui séduisissent le cœur. Quoiqu'il soit arrivé bientôt à sa jin, il a néanmoins rempli la longueur el la mesure de plusieurs années, car son Ame était agréable à Dieu. C'est pourquoi il s'est hâté de le dégager des iniquités et des péchés qui l'environnaient de tous côtés (Sap., IV, 10, 11, 13, IV. De cette manière c'est une chose de grande conséquence, de s'appliquer sans cesse à l'exercice de l'amour, afin que l'âme étant d'une perfection consommée ne trouve rien qui l'empêche (l'aller au Ciel, et de voir Dieu face à face tel qu'il est en soi-même.

Mais il faut examiner maintenant pourquoi l'âme appelle rencontre l'attaque que le Saint-Esprit lui fait dans le fond de son intérieur. La raison est, parce que l'âme désire extrêmement d'achever la vie présente. Toutefois parce que le temps que Dieu lui a destine pour mourir n'est pas encore venu, elle n'est pas contente. C'est pourquoi Dieu lui fait des attaques d'une manière divine et pleine de gloire, afin qu'il la sépare davantage de la terre, et qu'il la conduise à une plus haute perfection. On peut nommer ces attaques des rencontres, ou des coups d'amour, donl Dieu blesse l'âme pour la transformer en lui, et pour la rendre en quelque façon toute divine. Ainsi l'essence divine absorbe l'âme, parce qu'elle l'a pénétrée des impressions du Saint-Esprit, dont les communications sont d'ordinaire véhémentes et précipitées. L'âme goûtant Dieu très-vivement, elle appelle douce celte allaque. A la vérité les autres impressions sont pleines de douceur ; mais celle-ci surpasse les autres en plaisirs spirituels; car Dieu s'eu s'ert afin de détacher l'âme de son corps d'une manière plus parfaite, et de

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