‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 354 sur 448 · SECOND CANTIQUE · texte numérisé non relu

SECOND CANTIQUE

0 cautère agréable '

0 délicieuse plaie '■

0 main douce ! ô délicat attouchement !

Qui a le goût de la vie éternelle,

Oui paye toutes nies dettes .

En faisant mourir, tous avez changé la mort en la vie.

L'âme expose dans ce second cantique, comment les trois personnes le la très-sainte Trinité fout en elle le grand ouvrage de l'union divine . Elle leur donne les noms de main, de cautère et à' attouchement, parce qu'ils conviennent à l'effet que chacune d'elles produit. Elle attribue le cautère au Saint-Esprit, la main au Père, Y attouchement au Fils. Ainsi l'âme leur donne de grandes louanges, en publiant trois sortes de dons et de biens, qu'ils lui accordent en la faisant passer d'un état de mort à une vie parfaite, et en la transformant en eux-mêmes.

Le premier don est une plaie très-délicate que le Saint-Esprit lui fait, et qu'elle nomme pour cette cause eau -re. Le second est le goût de là vie éternelle; le Fils en est l'auteur : c'est pour cette raison qu'elle, t'appelle attouchement. Le troisième est le parfait attouchement de l'âme ; c'est le Père qui le lui l'ait, et quia pour ce sujet le nom demain fort douce. |£|

Quoiqu'elle nomme ici les trois personnes divines, à cause des effets qui sont propres de chacune d'elles, néanmoins elle ne parle que de la seule nature divine. Vous avez, dit-elle, changé ma mort en la vie. Car les trois personnes divines font indistinctement la même chose ; et comme on attribue à une seule ce qu'elles font toutes trois ensemble, on attribue à toutes trois ensemble ce qu'une seule onère.

qu'une seule opère.

PREMIER VERS. g=*

O cautère agréable ! js=<S;

■: v.t Moïse dit dans le Deutéronome, que Dieu est un feu consumant. C'est en effet un feu d'amour, mais un feu d'une vertu et d'une force infinie, »* qui peut consumer tout ce qu'il touche et le changer en lui-même. Toutefois quand il s'attache aux hommes, il les brûle autant que chacun jl* y est disposé et qu'il en est capable ; il brûle les uns plus, les autres moins, autant qu'il lui plaît, de la manière et dans le temps qu'il le trouve bon. Ce feu d'amour est infiniment grand ; il fait quelquefois de plus violentes, quelquefois de plus douces impressions sur l'âme. Mais aptes tout, l'ardeur qui la brûle est si excessive, qu'elle -croit ou 'ou n'en peut sentir de plus embrasée dans tout l'univers. C'est pourquoi elle appelle cautère l'action de ce feu, parce qu'il la pénètre intérieurement, et qu'il fait en elle un effet plus véhément que tous les corps enflammés n'en peuvent produire. Or, lorsque ce feu divin a tr nié l'âme en lui-même, non-seulement l'âme sent la brûlure, elle est encore elle-même tout feu et toute brûlure. Mais c'est une chose étonnante que ce feu céleste, pouvant plus facilement réJuire à rien mille inondes, que le feu élémentaire ne pourrait détruire une feuille, néanmoins il ne consume pas les esprits qu'il brûle; mais il les embrase selon la mesure de leurs forces et de leur ardeur, et il les transforme en Dieu. C'est ce qui arriva aux Apôtres, comme il est rapporté dans l'Ecriture {Act., II, 3); car lorsque ce feu descendit impétueusement du ciel, ils en furent intérieurement enflammés selon la remarque de saint Grégoire. Ces communications n'ayant

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LA VIVE FLAMME DE L AMOUR

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ne l'incommode et l'afflige pas . mais pourquoi l'âme dit

point d'autre fin que d'élever l'âme, celle ardeur ne la resserre pas, mais elle la dilate ; elle ne elle l'éclairé ; elle la réjouit, elle l'enrichit : c'est qu'elle lui est fort douce et fort agréable.

Ainsi lorsqu'une âmo est assez heureuse pour recevoir les impressions de ce sacré cautère, elle connaît tout, elle goûte tout avec plaisir, elle fait avec succès tout ce qu'elle % eut ; rien n'a l'avantage sur elle; rien ne lui peut donner aucune atteinte. C'est elle dont 1 Apôtre dit, qne l'homme spirituel juge de toutes choses, et qu'il ne petit être jugé de personne ; et qu'il n'y a rien de si caché (ru'ii ne sonde , jusqu'aux plus profonds secrets de Dieu ( 1 Cor.. II, 10, 15 ).

() âmes qui avez mérité de ressentir les flammes de ce feu divin, que votre gloire est grande ! 11 pouvait vous consumer et vous anéantir ; mais il se contente de vous élever au comble du plus grand honneur qu'une créature puisse recevoir. Il ne faut pas cependant être surpris de ce que Dieu conduit des âmes à cet éminent degré de gloire; il est le seul qui puisse faire des choses si étonnantes. Mais comment comprendra-t-on les joies infinies de l'âme, que ce feu sacré dévore si agréablement sans la détruire? Elle voudrait bien les exprimer, mais ne le pouvant faire, elle en marque seulement la grandeur par cette exclamation :

O plaie délicieuse!

DEUXIÈME VERS

O délicieuse plaie!

Celui qui fait la plaie, la guérit lui-même, et il la guérit lorsqu'il la fait. 11 est en quelque façon semblable à un fer tout rouge d« feu ; quand on l'applique sur une plaie il l'augmente, et il en fait une plaie de feu; et si on continue de l'appliquer/la plaie s'élargit et s'approfondit de telle sorte, qu'elle détruit enfin le corps qui l'a reçue. De même le cautère de l'amour divin guérit la plaie d'amour qu'il a faite à l'âme ; et il l'augmente toutes les fois qu'on l'applique; car le remède que l'amour emploie pour guérir l'âme qu'il a blessée, est de la blesser davantage, et de multiplier ses blessures, jusqu'à ce que l'âme ne soit plus qu'une plaie universelle. De cette manière l'âme n'étant plus qu'une plaie d'amour, et par ce moyen étant toute changée en plaies et en amour, elle est guérie. Car c'est la nature de cette divine maladie , que celui qui est le plus blessé est le plus sain, et celui qui est tout couvert et tout pénétré de plaies, est sain en toutes ses parties. Cela n'empêche pas que ce divin cautère n'exerce sa vertu sur l'âme toute blessée et toute guérie : car il adoucit ses plaies, il la réjouit en sa guérison, de la manière que nous l'avons expliqué. C'est pourquoi elle s'écrie : O plaie délicieuse ! Aussi est-elle d'autant plus douce et plus délicieuse, qu'elle vient d'un feu d'amour plus sublime et plus éminent. C'est le Saint-Esprit qui en est l'auteur, et qui l'a fait, afin que l'âme soit abîmée dans une mer de délices. O heureuse plaie, puisque la même main qui te fait te guérit ! ô plaie agréable, puisque tu ne causes à l'âme que des plaisirs inconcevables! tu es extrêmement grande, parce que celui qui te fait est infini ; les joies que tu répands dans l'âme sont sans bornes; parce que le feu de l'amour divin est sans limites. Donc, ô plaie délicate, et d'autant plus excellemment délicate, que lu descends plus profondément dans le centre de l'âme, afin que ce feu sacré remplisse d'ardeur et de plaisir toute sa substance et toutes ses puissances. On peut dire après cela que ce cautère et celle plaie sont le plus haut degré d'amour

où l'on qui non

puisse monter en cet état. Il y en a néanmoins plusieurs aulres il rien de si relevé ni de semblable à celui-ci ; car c'est Dieu

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