‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 357 sur 448 · EXPLICATION DU IV VERS 1>U II CANTIQUE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU IV VERS 1>U II CANTIQUE

traitements si doux, publiez-les par loule la terre; donnez-en connaissance au monde. Mais non , ne lui en parlez point; il ne sait ce que c'est que ces plaisirs tout divins ; il ne peut ni les comprendre ni en jouir; et quoi que vous puissiez lui dire, il ne vous écoutera pas. O mon Dieu et ma vie ! ceux-là vous verront et vous sentiront dans la délicatesse de vos louches intérieures, qui , se dégageant des choses matérielles, se seront rendus assez spirituels et assez subtils pour recevoir vos impressions ; car les choses subtiles s'accordent facilement avec celles qui sont de même nature. Mais aOn que vous les rendiez capables de cette faveur, vous vous cachez dans la substance de leur âme ; vous les relirez de la connaissance et des aUeintes des créatures : Vous les mettez à couvert sous votre face contre les troubles et les inquiétudes (lue les hommes pourraient leur causer (Psal. XXX .21). O mille fois , délicieux alteueh n i nt ! qui consumez l'âme par la force de voire subtilité, qui lui ôtez le goût de toutes les créatures, qui l'attachez à vous seul , qui vous imprimez en son creur d'une manière si charmante que les louches des choses inférieures ou supérieures , terrestres ou célestes lui paraissent rudes et l'offensent, qu'elle ne saurait qu'avec peine en parler, ou les goûter même très-légèrement.

Comme une chose est d'autant plus étendue et se communique davantage qu'elle est plus fine ei plus subtile ; cet attouchement sacré est d'autant plus vaste et plus profond qu'il a plus de subtilité et de délicatesse ; et il inspire à mon âme d'autant plus de simplicité et de pureté, qu'il est plus pur lui-même et plus simple. O délicieux attouchement ! comme vous n'avez rien de corporel , vous pénétrez davantage mon âme ; vous la délivrez des images matérielles , et par l'impression de votre êlre tout divin, vous la rendez d'humaine toute divine. C'est pourquoi elle dit encore :

QUATRIÈME VERS

Qui a le goût de la vie éleruulle.

On sent dans cet attouchement un avant-goût du paradis, quoiqu'on ne le sente pas dans un degré parfait et consommé. Cela n'est pas incroyable, puisque Dieu se peut donner en substance à l'âme, comme il s'est donné à plusieurs saints en celte vie. De là vient qu'on ne peut expliquer la délectation inconcevable qui naît de celte divine communication. Aussi je voudrais bien n'en point parler, de peur qu'on ne croie que ce n'est pas quelque chose de plus grand que tout ce qu'on en dit : les paroles même nous manquent pour 6"'aircir des choses si sublimes, et telles que les saintes âmes les expérimentent. Ces délices ont cela de propre, que celui qui les goûte en a quelque intelligence pour lui-même; il les sent, il en jouit; mais il est obligé de les cacher dans le silence ne pouvant les expliquer. Il voit bien que ces faveurs sont semblables à cette pierre dont saint Jean parle dans l'Apocalypse : Je donnerai au victorieux une pierre blanche, où sera écrit iw nom nouveau ou- personne ne sait que celui qui le reçoit {Apoc, II. 17). C'est pourquoi tout ce qu'on en peut dire est qu'il goûte par avance la vie éternelle. Car quoique en celte vie ce divin attouchement ne nous élève pas à la même perfection que nous aurons dans la gloire des bienheureux, néanmoins, il nous imprime le goût de la rie future el immortelle. Ainsi l'âme est d'une manière admirable participante des choses divines ; elle en sent les douceurs; elle possède par une infusion surnaturelle la force, la sagesse, l'amour, la beauté, la grâce, la bonté, plusieurs autres biens célestes. Car puisque Dieu est lui seul louti-s ces choses, dès-là qu'il se communique à l'âme par ces sacrés écoulements de lui-même , il l'enrichit de tous ces dons , et elle les goûte dans un souverain degré d'excellence. L'abondance Je ces grâces el de ces len-

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dresses d'esprit se répand même sur le corps, et se glisse jusque dans la moelle des os, qui semblent lui dire . selon le langage de David : Seigneur, qui peut iHre semblable à vous [Psul. XXXIV, 10]?

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