EXFLICAT10N DU II VERS BB III CANTIQUE
ricordc, sa justice, sa vérité; cette connaissance fut sans doute trèsrelevée, et cet amour fut aussi très-délicieux et très-éminent.
Mais il est nécessaire de remarquer, premièrement, que le transport d'amour où l'âme éclairée et échauffée du feu de ce flambeau tombe, est excessif et admirable, et aussi grand qu'il le doit être pour la capacité de l'âme, eî qu'il est causé par la vertu de plusieurs flambeaux, chacun desquels allume l'amour dans l'âme; la flamme, l'ardeur, la lumière de l'un contribuent à la flamme, à l'ardeur, à la lumière de l'autre; de sorte que tous ces flambeaux ne sont qu'une lumière el qu'un feu, et que cette lumière et ce feu sont tous ces flambeaux ensemble.
Il faut remarquer en second lieu, que l'âme est infiniment absorbée en toutes ces flammes si sublimes et si délicieuses : elle est blessée par chacune d'elles d'une manière très-délicate; elle l'est encore davantage par l'amour de la vie , mais vie qui lui paraît alors la vie éternelle , et e trésor infini de toutes sortes de biens. Elle découvre alors la vérité de ces paroles de l'Epoux : Ses flambeaux sont des flambeaux de feu et de flammes (Cant., Vlll , 6). Certainement si un seul de ses flambeaux donna une extrême crainte à Abraham , lorsque Dieu lui fit connaître en passant la rigoureuse justice dont il devait user contre les Chananéens, combien plus de lumière, de délectation «t d'amour tous ces flambeaux ou toutes ces connaissances de Dieu produiront-elles en l'âme, lorsqu'elles fondront toutes ensemble dans ,on esprit et dans son cœur [Gen., XV,'17)?
O âme , que ces lumières , que ces délices que vous recevez en ces heureux moments sont excellentes ! qu'elles ont de variété , puisque Dieu se sert de toutes ensemble pour vous communiquer sa joie et son amour selon ses grandeurs, et scion la mesure de son amour pour vous ! car celui qui aime quelqu'un et qui vout l'honorer de ses bienfaits, il l'aime et il l'honore suivant sa condition et son pouvoir. C'est de cette manière que votre Epoux tout-puissant vous fait ses dons. Comme il est sage, et bon , et saint , vous voyez bien qu'il vous aime avec sagesse, avec bonté, avec sainteté, et ainsi de ses autres attributs. Et comme il est infiniment libéral , vous êtes convaincue qu'il vous donne ses biens libéralement sans intérêt; il vous montre avec plaisir sa face pleine de grâces; et dans les mouvements de son saint amour, il vous dit : Je suis à vous, je suis pour vous ; mon plaisir est d'être tel que je suis, afin que je me donne à vous et que je sois à vous.
Qui peut donc trouver des termes, ô âme fortunée, pour exprimer ce que vous sentez, lorsque vous vous voyez ainsi aimée, estimée, élevée si haut? Car quoi qu'on puisse dire, on dira moins qu'il n'y a effectivement dans cet état , où l'âme est toute transformée en Dieu par les lumières et l'ardeur de ces flambeaux, et par le feu de cet amour inconcevable. |
DEUXIÈME VERS
Dont les splendeurs.
J'ai déjà dit que les splendeurs de ces flambeaux sont les divines communications qui se font à l'âme , lorsqu'elle est unie à Dieu selon sa mémoire, son entendement, sa volonté et toutes ses puissances pleines de lumière et d'amour; en sorte qu'elle est elle-même tout éclatante et tout ardente. Mais l'illumination de ces splendeur:» n'est pas semblable à celle que fait la flamme du feu élémentaire. Car celleci n'éclaire et n'échauffe que les objets qui sont hors d'elle : celles-là illuminent et embrasent les objets qui sont dans elles. C'est pourquoi l'âme use de ce terme-:
Dont les splendeurs.
Comme si elle disait : au dedans de ces splendeurs , et non pas pros.. • th 41
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646 LA MVE FLAMME DE l'aMOCR.
die de ces splendeurs ; dans le milieu des flammes de ces flambeaux, et non pas à côté d'elles ou devant elles ; parce qu'elle est elle-même toute changée en flamme. Elle ressemble à l'air qui est renfermé dans la flamme, qui est allume par la flamme, OÙ plutôt qui n'est plus qu'un air enflammé. Et alors les mouvements de la flamme ne sont pas les mouvements de la flamme seule , mais de la flamme et de l'air tout à la fois, ni de l'air seul, mais de l'air et de la flamme tout ensemble ; néanmoins c'est le feu seul qui brûle l'air et qui l'embrase. De même l'âme est avec ses puissances dans le milieu de ces splendeurs qui l'éclairent et qui l'enflamment. Les mouvements de celle divine flamme ne viennent pas de l'âme seule, ni du Saint-Esprit seul qui transforme l'âme en son feu sacré, mais ils naissent de lui et d'elle conjointement. Ainsi ces mouvements communs à Dieu et à l'âme sont les rejaillissements de la gloire dont Dieu couronne l'âme en cet état.
Ces mouvements, au reste , sont des attaques que Dieu fait à l'âme, pour l'engager à se hâter de finir celte vie et d'entrer en jouissance de lui-même. Car il agit comme notre feu matériel qui s'efforce , par les agitations de sa flamme, d'élever l'air jusqu'à sa sphère. Mais comme l'air , qui est toujours dans sa propre sphère , rend inutiles les efforts du feu, de même les attaques de Dieu n'ont pas l'effet qu'il prétend , parce que l'âme demeure dans le cours de la vie mortelle, jusqu'à ce que le temps de son entrée dans le sein de la Divinité soit venu.
Les marques que Dieu donne à l'âme de la gloire qu'il lui prépare dans le ciel, sont alors plus fréquentes et plus parfaites qu'elles n'étaient auparavant. Mais, dans la vie future, les effets de cette gloire seront infiniment plus excellents; ils ne souffriront plus d'altération , ni d'interruption, ni d'agitation, ni de changement. L'âme verra clairement alors que Dieu, qui semblait avoir du mouvement dans elle, n'en a point en lui-même, comme le feu ne s'agite point en sa sphère. Pour ce qui est de ses clartés brillantes, ce sont des grâces inestimables que Dieu tait à l'âme : on les peut appeler des ombragements ; et, selon mon sens , ce sont des faveurs les plus grandes et les plus sublimes qu'on puisse recevoir en celle voie de transformation.
Mais afin de donner du jour à cette pensée , il est nécessaire de faire réflexion que l'ornbragement est l'effet de l'ombre , et qu'ombrager signifie protéger et favoriser. C'est pourquoi l'ange dit à la très-sacrée vierge Marie, que la vertu du Très-Haut l'ombragerait, parce que le Saint-Esprit devait survenir en elle (Luc, I, 3iS).
Il est à propos aussi de faire attention sur la diversité des ombres ; car les corps les font suivant leur figure et leurs propriétés naturelles. S'ils sont longs ou courts, ronds ou carrés, épais ou minces, et transparents, leurs ombres sont longues ou courtes , rondes ou carrées , épaisses ou claires , comme on peut le voir dans les ombres des bois el dans les cristaux de figures différentes. Ou peut faire la même remarque dans les choses spirituelles. La mort est la privation de toutes les choses créées; l'ombre de la mort est l'obscurité qui nous dépouille aussi, en quelque façon des mêmes choses , lorsqu'elle nous en dérobe la vue. C'est ainsi que David l'appelle : Ils étaient, dit-il, duns les ténèbres el dans l'ombre de la mort [Psal. CV1, 10). Soit dans les ténèbres spirituelles de la mort de l'esprit, soit dans les ténèbres corporelles do la mort du corps.
De cette manière l'ombre de la vie sera la lumière : si celte ombre est divine, celte lumière sera divine; si celle ombre est humaine , cette lumière sera humaine et naturelle. De même l'ombre de la beauté sera une autre beauté conforme à la nature de la beauté dont elle est l'ombre. L'ombre de la force sera une seconde force qui aura de semblables
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