EXPLICATION DU III VEUS DU 111 CANTIQUE
propriétés que la première. L'ombre de la sagesse sera une autre sagesse de môme qualité. Mais, pour parler plus proprement , il faut dire qu'il n'y a dans cette ombre et qu'on n'y connaît que la même beauté, que la même force, que la même sagesse.
On peut conjecturer de là quelle sera l'ombre dont le Saint-Esprit couvrira l'âme avec ses grandeurs infinies. 11 est impossible de la concevoir, puisque cet Esprit divin demeurera proche d'elle, afin qu'à la faveur de cette ombre il soit toujours uni à elle; qu'elle connaisse aussi cl qu'elle goûte les perfections de Dieu dans cette même ombre : c'està-dire, afin qu'elle connaisse et qu'elle goûte les propriétés de la puissance, de la sagesse, de la bonté, de la gloire , des autres perfections divines dans l'ombre de cette puissance, de cette sagesse, de cette bonté, de cette gloire, de ces autres divines perfections.
Oh ! que sera-ce quand l'âme verra ces grandeurs divines représentées par cet animal qui avait quatre figures , et par cette roue qui comprenait quatre autres roues, comme Ezéchiel les décrit au commencement de ses prophéties? N'est-ce pas là où l'âme sera inondée du torrent des grâces du Saint-Esprit? où elle sera pénétrée des flammes de sou amour? où elle sera couverte de sa protection et de son ombre? où elle jouira des beautés de sa gloire, dont elle aura la vue dans cette image, comme parle ce prophète : Car c'est la vue, dit-il, de la ressemblance de la gloire du Seigneur (Escch., II, 1). Oh 1 que celle âme heureuse est élevée ! oh ! que sa grandeur est extraordinaire ! oh ! qu'elle est étonnée des choses qu'elle voit sans sortir des bornes de la foi! Qui pourra jamais les expliquer? Qui pourra jamais dire tous ces écoulements de Dieu, lesquels remplissent toute l'âme, et se déchargent sur tout le corps ?
O Sagesse divine , abîme de délices d'autant plus grandes qu'elles sont toutes renfermées dans la seule et simple essence de Dieu ! C'est en vous qu'on connaît et qu'on goûte une chose sans perdre la connaissance ni le goût d'une autre; parce que tout est lumière en vous , tout y est pureté ; vous êtes enfin le dépositaire des trésors du Père éternel.
IIIe VERS.
Eclairant les profondes cavernes.
Ces cavernes sont les puissances de l'âme, la mémoire, l'entendement et la volonlé. Elles sont si profondes et si capables de contenir de grands biens, que rien ne les peut remplir que ce qui est infini. Comme elles sont dans les souffrances lorsqu'elles sont vides de Dieu, nous jugeons qu'elles sont dans la joie lorsqu'elles en sont pleines.
Mais il faut observer que quand ces puissances ne sont pas nettes des taches dont l'amour des créatures les souille, elles ne reconnaissent pas la grandeur ni le vide de leur profondeur et de leur étendue. Car la moindre chose qui s'attache à elles suffit pour les embarrasser et pour les empêcher de s'apercevoir de leur capacité et de la perte de leurs richesses immenses. Mais lorsqu'elles sont épurées de toutes ces souillures, la faim, la soif cl l'ardeur qui les portent à chercher delà nourriture leur sont insupportables ; et parce que Dieu, qui est leur aliment, est profondément caché, eiles souffrent avec peine cette privation. Elles sentent d'ordinaire cette douleur tandis que l'âme est illuminée et purifiée, et avant qu'elles arrivent à l'union divine, où elles sont pleinement rassasiées. En effet , lorsque l'esprit est délivré de l'amour des créatures, il change ses dispositions naturelles en qualités divines qui les laissent néanmoins dans son vide; car Dieu ne se communique pas encore à lui. C'est pourquoi il endure des peines plus cruelles que la mort, surtout parce qu'il voit quelque rayon divin qui le frappe à la