‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 367 sur 448 · EXPLICATION DU III VERS DU III CANTIQUE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU III VERS DU III CANTIQUE

sancc, et que l'amour s'unisse à l'amour. Car il est nécessaire de recevoir les dons de Dieu de la manière qu'il les fait, afin de les conserver.

Il parait par là que si l'âme ne quittait pas sa première habitude de raisonner dans la méditation, elle ne recevrait que très-peu de bienfaits de Dieu, qui ne les lui ferait ensuite qu'avec beaucoup de réserve. Car ils sont d'un ordre infiniment supérieur; ils sont infus surnaturellement dans l'âme : elle ne peut donc les recevoir d'une manière petite, resserrée, imparfaite et disproportionnée à de si grands dons. Elle doit donc se maintenir dans la pais , dans l'étal passif, dans la simplicité, dans le détachement de toutes choses, dans la pureté, dans le repos : et alors comme l'air pur et sans agitation est facilement pénétré des rayons du soleil, de même elle recevra sans peine et avec douceur les lumières et les ardeurs divines. Elle doit imposer un profond silence à ses puissances, et arrêter leurs mouvements et leurs opérations, de peur qu'elles ne l'empêchent d'entendre la voix de Dieu qui lui parle si délicatement au cœur dans cette solitude intérieure; puisque , comme il le dit lui-même dans Osée, c'est dans la paix qu'il faut l'écouter (Ose., II, 14) ; puisque le prophète royal en usait aussi de la sorte avec Dieu (Ps. LXXXIV, 9). Cependant l'âme doit être tellement attentive à cette parole divine, qu'elle ne fasse nulles réflexions , de peur d'interrompre son attention : il faut qu'elle se comporte comme si elle l'oubliait, et comme si elle ne recevait rien , afin qu'elle garde une entière liberté pour s'accommoder à ce que Dieu demande d'elle.

§ Vil.

C'est pourquoi le père spirituel doit s'étudier à éteindre en l'âme tous les désirs qu'elle pourrait concevoir des goûts sensibles, des consolations intérieures, des considérations et des raisonnements. Il uedoit pas la troubler ni l'inquiéter, en lui inspirant le moindre soin des choses ou supérieures ou inférieures, ou célestes ou terrestres : il faut, au contraire, l'établir dans une entière abnégation de tout sans réserve, et dans un Darfail dégagement de toute sollicitude. Aussitôt qu'elle sera parvenue à cette oubliance parfaite et à cette oisiveté paisible, l'esprit, de la sagesse divine, cet esprit tranquille, solitaire, affectueux , doux., extatique , se communiquera à elle par une infusion surnaturelle ; et dans ces moments elle sentira des blessures délicieuses et des ravissements agréables, sans savoir qui en est l'auteur, d'où ils viennent , ni comment ils se font. La moindre de ces grâces est un bien inconcevable et plus grand sans doute, que ne peuvent comprendre ni l'âme , ni son directeur. Tout ce que l'âme peut connaître en cet état , c'est son détachement de toutes choses, quelquefois plus grand, quelquefois plus petit, accompagné d'un amour plus vif, d'une vie plus spirituelle, d'un penchant plus fort vers la retraite, d'un plus fâcheux dégoût des créatures et du monde. Toutes ces richesses divines qui vont fondre ainsi dans l'âme ne sont autre chose que les aimables et secrètes onctions du Saint-Esprit, lequel, étant Dieu lui-même, opère comme Dieu toutes ces merveilles.

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