VIII
Mais de peur que les maîtres de la vie spirituelle ne détournent de cette voie l'âme qui y est entrée, et qu'ils ne lui causent la plus grande perte qu'elle puisse faire, ils considéreront que le Saint-Esprit est le premier conducteur de ces personnes, qu'il en prend un soin continuel, qu'il s'applique à leur fournir tous les moyens qui les conduisent à Dieu et plutôt et plus sûrement. Us se souviendront qu'ils ne sont pas les principaux agents en cette affaire; qu'ils ne sont que les instruments, que leur devoir est de gouverner les âmes selon les règles de la
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LA VIVE FLAMME DE L AMOUR
foi et des lois divines, et suivant l'esprit dont chacune d'elles est animée. C'est pourquoi toute leur étude doit consister, non pas à réduire une âme à leur méthode particulière, à leur humeur, à leurs dispositions intérieures, mais à prendre garde par quel chemin Dieu la mène. S'ils ne le connaissent pas, ils doivent laisser faire à cette âme ce que Dieu lui inspire, sans la jeter dans l'inquiétude et dans le trouble. Ils 'loivent s'accommoder à la conduite de Dieu sur elle, et la porter le plus qu'ils pourront à la solitude, à la liberté d'esprit, et à la tranquillité ; ils doivent lui donner une grande liberté d'obéir à son attrait, de peur qu'elle ne gène l'esprit qui l'anime, et qu'elle ne s'attache à quelque objet particulier.
Cependant, ils se garderont bien de se chagriner, s'imaginant que l'âme ne profite nullement en cet état. Pourvu qu'elle se dépouille de tout ce qui regarde les créatures et elle-même, pourvu que son directeur la conserve dans cette sépartion, il est impossible que Dieu ne fasse pour elle tout ce qui est nécessaire de sa part; car sa bonté et sa miséricorde ne lui permettront pas d'agir autrement. Il est toujours à sa porte pour entrer chez elle, comme le soleil levant est à la porte d'une maison exposée à ses rayons pour les y introduire. Lorsque Dieu trouve l'âme ouverte et vide, il s'y insinue comme les rayons enlrent par une ouverture libre et délivrée d'embarras. 11 la remplit de connaissances et d'ardeur, comme les rayons remplissent une maison de chaleur et de lumière. Mais il est nécessaire que le Père spirituel la tienne disposée à ces infusions divines, afin qu'elle reçoive sans cesse des trésors plus grands et plus sublimes.
Vous direz peut-être qu'elle ne connaît rien distinctement et en particulier. Je l'avoue, et jajoute que si elle avait cette connaissance distincte, elle ne ferait aucun progrès, parce que Dieu étant incompréhensible, il surpasse la portée de l'entendement. C'est pourquoi plus l'âme s'avance vers Dieu, plus elle doit se retirer d'elle-même et de ses lumières ; elle ne doit marcher que par l'obscurité de la foi , et non par la clarté de ses connaissances naturelles. En croyant et en ne concevant rien, elle s'approche davantage de Dieu. De sorte que ce que vous trouverez à redire en sa conduite, c'est son plus grand bien.