‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 370 sur 448 · EXPLICATION DD III VERS DD III CANTIQUE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DD III VERS DD III CANTIQUE

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sont d'autant meilleurs, d'autant plus agréables à Dieu, et plus méritoires, tjue celui qui meut l'âme et qui l'embrase de son amour, est plus noble, plus excellent, et plus élevé au-dessus des hommes et des anges. La volonté est alors dégagée de tout goût sensible, et se tient unie à Dieu seul; et continuant à s'éloigner de toutes choses, elle passe plus outre, elle s'élève davantage vers Dieu, elle l'aime plus que tout ce qui peut paraître aimable, elle accomplit enfin ce commandement dans toute son étendue, en aimant Dieu sur toutes choses.

On ne doit pas aussi craindre que la mémoire soit dépouillée de ses espèces. Comme Dieu n'a nulle figure, la mémoire, qui est vide de ses images, est beaucoup plus proche de lui. Au contraire, plus elle s'appuie sur l'imagination qui lui fournit ses fantômes, plus elle est éloignée de Dieu; car il est si élevé au-dessus de nos pensées, que l'imagination non plus que l'esprit n'y peut atteindre. C'est pourquoi les pères spirituels qui ne sont pas encore sortis des bornes de l'oraison commune, et qui n'entendent pas le secret de cette contemplation tranquille, se persuadent que les âmes qui en sont favorisées perdent le temps; parce que, selon l'expression de saint Paul, l'homme charnel , c'est-à-dire, qui ne s'est pas encore mis au-dessus des opérations de la partie sensitive, ne comprend pas les choses qui viennent de l'esprit de Lieu (I Cor., Il, 14). Ils troublent la paix que Dieu donne à l'âme dans la contemplation; ils contraignent cette âme de raisonner et de faire des actes, quoiqu'elle n'y sente que de la résistance, de l'ennui , de l'aridité,desdistractions, n'ayant point d'autre mouvement que de demeurer dans son repos et dans son union avec Dieu; ils la forcent à concevoir des sentiments tendres et fervents, au lieu qu'ils devraient l'en dissuader. Et parce qu'elle ne peut plus faire ces choses, le temps en étant passé, ils lui causent de nouveaux chagrins; car ils lui représentent qu'elle a pris le chemin de perdition ; ils la jettent dans les sécheresses, ils la privent des précieuses onctions du Saint-Esprit. De sorte que leur ignorance est préjudiciable à l'âme et injurieuse à Dieu ; car ils osent mettre la main à son ouvrage, qu'ils gâtent par leur incapacité, quoiqu'il lui ait coûté beaucoup pour le conduire à celte perfection.

Mais si l'on veut savoir combien Dieu estime cette tranquillité et ce sommeil mystique de l'âme, il ne faut que l'entendre parler lui-même dans les Cantiques : Je vous conjure, plies de Jérusalem, dit-il, par les chevreaux et les cerfs de la campagne, de ne pas éveiller ma bien-aimée, jusqu'à ce quelle le veuille elle-même (Cant., III, 5). Mais ces maîtres de la vie spirituelle ne peuvent souffrir que l'âme jouisse du repos de la contemplation ; ils la pressent de travailler sans interruption, tellement qu'elle empêche l'opération divine en son cœur, et qu'elle la détruit entièrement.

Je veux bien que ces gens-là aient un bon zèle; mais ils n'en sont pas plus excusables. Car, puisqu'ils ignorent ces voies, pourquoi ne renvoient-ils pas ces sortes de personnes à des directeurs plus habiles qu'eux? Ne sont-ils pas coupables devant Dieu de causer de si grands dommages à ces âmes, et de les priver de si grands bieus ? Cet égarement ne mérite-t-il pas d'être puni par la justice divine, puisqu'il faut traiter les affaires de Dieu, surtout les plus sublimes, avec beaucoup d'intelligence, de considération, de respect, de peur de tromper les autres eu se trompant soi-même?

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