V* ET VI' VERS
Dans ses excellences extraordinaires
Elle donne tout ensemble de la cbaleur et de la lumière à son bien-aimé.
Ces paroles signiûent que les cavernes des puissances, c'est-à-dire leur capacité, sont remplies des brillantes lumières de ces divins flambeaux tout éclatants et tout ardents. Les puissances ainsi éclairées et enflammées du feu de l'amour sacré, se donnent à Dieu, et font rentrer en Dieu les lumières et les ardeurs qu'elles ont reçues de lui. Ensuite elles sont elles-mêmes transformées en flambeaux, en lumière , en amour, et lame fait rejaillir par une continuelle réflexion, toutes ces riebesses spirituelles sur son bien-aimé, comme un cristal pénétré des rayons du soleil les réfléchit et les lui renvoie. Mais l'âme fait ce renvoi plus parfaitement, puisqu'elle le faitavec le consentement de sa volonté.
Dans ses excellences extraordinaires.
C'est-à-dire, dans une excellence et une sublimité qui sont au-dessus de nos pensées et de nos paroles. Car l'âme rend à Dieu la sagesse et les connaissances avec la même excellence et la même perfection, que l'entendement les a reçues de Dieu. La volonté rend aussi à Dieu la bonté qu'elle en a reçue avec la même excellence qu'elle est unie à la bonté divine; car elle ne la possède que pour la donner. Elle rend enfin à Dieu tons les dons qu'il lui fait de sa force, de sa beauté, de sa justice, de ses autres attributs, avec les mêmes degrés d'excellence et de perfection qu'elle les reçoit. Il semble qu'étant ainsi transformée en Dieu, elle fait en Dieu ce que Dieu fait lui-même en elle, parce que sa volonté n'est plus qu'une volonté avec celle de Dieu. Et on peut dire en quelque façon que, comme Dieu se donne à elle volontairement, librement, gratuitement, de même sentant un ardent amour et une douce complaisance pour l'essence et les perfections de Dieu, elle donne Dieu lui-même à Dieu. Et c'est là le don mystique et plein d'amour que l'âme fait à Dieu. Car il semble que Dieu est l'âme, et que comme sa fille adoplive, elle le possède par le droit que son adoption lui donne sur lui-même. C'est ainsi qu'elle paie tout ce quelle doit. C'est ainsi qu'elle goûte des délices inexplicables; car elle donne à Dieu ce qui lui est convenable et agréable. Il est vrai qu'elle ne donne pas Dieu réellement à Dieu, puisqu'il est essentiellement à soi-même : mais elle lui donne tout ce qu'elle en reçoit, pour payer son amour excessif. Or, Dieu se contente de ce don, et il l'accepte volontiers, parce que c'est un bien qui appartient à l'âme. De là vient qu'il la chérit davantage, et que l'âme réciproquement l'aime avec plus de véhémence : et dans celle union mutuelle de volonté et d'amour, leurs biens sont communs , et ils se peuvent dire l'un à l'autre ce que Notre-Seigneur disait à son Père : Tout ce que j'ai est à vous, et tout ce que vous avez est à tnui (Joan., XVII, 10). Ces communications réciproques se font sans interruption dans le ciel; mais elles ne se font sur la terre que pendant que l'âme est dans l'exercice actuel de l'amour, et lorsqu'en recevant de Dieu, elle lui rend ce qu'elle possède, et de cette sorte :
Dans ses excellences extraordinaires
Elle donne tout ensemble de la chaleur et de la lumière a son bien-airaé.
Mais il esta propos de réfléchir sur les merveilleuses perfections avec quoi l'âme fait ses présents à Dieu. Lorsque dans son union aetueilc avec Dieu elle a une espèce de jouissance de Dieu comme les bienheureux, elle se réjouit de son bonheur, elle sent les obligations qu'elle a à son Créateur; et c'est dans ses communications qu'elle fait à Dieu
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LA VIVE FLAMME DE L'AMOUR
un don de Dieu et d'elle-même. Car pour ce qui est de l'amour, elle l'aime selon la mesure de toutes ses perfections; elle lui offre delà même manière des louantes et des sentiments degratiiude. Elle possède pareillement les trois principales excellences de l'amour. La première est, qu'elle aime Dieu par lui-même : ce qui est sans doute admirable; car elle est excitée à cet amour par le Saint-Esprit qu'elle a en ellemême; et ainsi elle aime Dieu comme le Père éternel aime son Fils, selon ces termes rapportés par saint Jean : Afin, dit-il, que vous les aimiez de l'amour dont vous m'avez aimé, étant moi-même en eux (Joan., XV11, 26). La seconde est d'aimer Dieu en Dieu, parce que dans celle union elle est toute absorbée en l'amour de Dieu, et Dieu se communique à elle fort ardemment. La troisième, elle aime Dieu à cause précisément de ce qu'il est en soi-même. Elle ne l'aime pas à cause de sa libéralité, de sa bonté, de ses attributs, mais à cause de son essence qui contient toutes ces grandeurs.
A l'égard de cette espèce ou image de jouissance de Dieu, elle a trois autres perfections dignes d'admiration. Premièrement, elle jouit de Dieu étant unie avec lui très-intimement. Car comme elle unit son entendement avec la sagesse, avec la bonté, avec les autres attributs divins, elle les connaît distinctement; et cette connaissance lui imprime une joie incomparable. Secondement, elle se réjouit d'ordinaire en Dieu seul sans mélange d'aucune créature. En troisième lieu, son plaisir vient principalement de ce qu'elle jouit de Dieu à cause de ce qu'il est en soi-même, sans avoir égard à sa propre satisfaction, et sans y souffrir aucun motif tiré des choses créées. Les louanges qu'elle donne à Dieu renferment aussi trois rares excellences. L'une est que l'âme loue Dieu par devoir, puisqu'il l'a créée pour sa gloire, comme il le dit de lui-même dans les prophéties d'isaïe : J'ai créé ce peuple pour moi, il publiera mes louanges (Isa., XLIII , 21). L'autre, elle chante les louanges de Dieu à cause des bienfaits dont il la comble, et du contentement qu'elle prend à le louer. La dernière, elle fait éclater ses louanges à cause de ses grandeurs inflnies. Quant à la gratitude, elle y trouve encore trois perfections particulières; car elle rend à Dieu ses actions de grâces pour tous les biens naturels et surnaturels dont il l'a favorisée. Elle reçoit une singulière consolation des louanges dont elle le comble. Elle chante enGn ses louanges par cette seule raison qu'il est Dieu; et c'est là le plus pressant et le plus agréable des motifs qui la portent à ce divin exercice.
QUATRIÈME CANTIQUE
Avec combien de douceur et d'amour
Vous éveillez-vous dans mon sein.
Où vous demeurez seul en secret!
Dans votre douce aspiration,
Pleine de biens et de gloire.
Que vous m'enflammez agréablement de votre amour!
L'âme se tourne avec amour vers son Epoux, et marque l'estime qu'elle fait des deux effets admirables qu'il produit en elle par cette union ; elle lui en rend grâces ; elle dit aussi de quelle manière il les fait, et ce qu'ils opèrent dans le fond de son intérieur.
Le premier effet est, que Dieu qui repose en l'âme se réveille en elle ; et il s'y réveille avec douceur et avec amour. Le second, Dieu respire dans l'âme, et il y respire en communiquant ses biens et sa gloire. Ce qui rejaillit de là sur l'âme, c'est le feu d'un amour tendre et délicieux. C'est pourquoi elle s'explique de la sorte : O Verbe éternel, mon Epoux, vous demeurez en secret et en silence dans le centre et dans le fond de