‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 388 sur 448 · DIX-SEPTIÈME CANTIQUE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME CANTIQUE

qui s'exhale du baume signiQe ces exercices. Ce toucher d'étincelle n'est autre chose qu'un mouvement très-délicat, par lequel Dieu touche l'âme lors même qu'elle n'y pense pas, afin d'allumer le feu de l'amour divin en son cœur de telle sorte, que l'âme semble être toute consumée. Alors la volonté est tout d'un coup pénétrée des douceurs de l'amour sacré, et subitement excitée avec ardeur à aimer Dieu, à le désirer, à le louer, à lui rendre des actions de grâces, à le respecter, à l'estimer infiniment, à le prier. Toutes ces opérations sont les douces exhalaisons de ce baume divin, qui fortifie l'âme de son odeur, et qui guérit ses blessures.

Au vin mixlioimé.

Ce vin mixtionné exprime un autre don plus excellent que les premiers. Dieu en favorise quelquefois les âmes avancées en la perfection, afin de les enivrer d'un amour plein de charmes, comme d'un vin savoureux et très-puissant. Cet amour est mêlé de plusieurs vertus, comme ce vin est composé de plusieurs drogues odoriférantes. L'âme enivrée de la sorte envoie à Dieu des soupirs, des flammes d'amour, des louanges, des désirs ardents de tout faire et de tout souffrir pour lui, comme le vin extrêmement fort envoie beaucoup de fumées à la tête.

Ce don divin se conserve plus longtemps dans l'âme que les autres dons: il y demeure souvent deux ou trois jours; quelquefois il se fait sentir plus vivement; d'autres fois il paraît plus languissant et plus doux, sans que l'âme contribue à augmenter ou à diminuer sa force. David avait expérimenté les effets de cette sainte ivresse, lorsqu'il disait, que &on cœur s'était échauffé en sa poitrine, et que le feu s'était allumé en sa méditation (Psul. XXXYI1I, k). Les effets de cette ivresse d'amour restent quelquefois en l'âme plus longtemps que l'ivresse même; quelquefois aussi l'ivresse subsiste sans que ses effets éclatent. Pour ce qui est des effets de cette étincelle de feu dont nous avons parlé, ils persévèrent après que l'étincelle s'est dissipée, et ils laissent dans l'âme un plus grand fouet une ardeur plus véhémente que l'ivresse de l'amour divin.

Mais puisque nous avons fait menlion du vin mixtionné, nous prendrons occasion de donner quelques avis aux personnes spirituelles louchant l'amour de Dieu. On peut comparer au vin nouveau ceux qui commencent à aimer Dieu; et au vin vieux, ceux qui l'aiment depuis longtemps. Comme le vin nouveau qui n'est pas encore fait, doit bouillir dans le tonneau afin qu'il jette son écume et ses ordures, de même ceux qui commencent à aimer Dieu, doivent, dans leur première ferveur, se purifier de leurs vices et de ieurs imperfections naturelles. Et comme ce vin n'est encore ni sûr, ni de bon goût, ni commode à la santé, de même ces gens-là ne sont ni affermis dans le service de Dieu, ni d'un goût pur et exquis dans les choses spirituelles, ni propres à la sainteté de l'âme, parce qu'ils sont pleins de senlim. nU naturels, de goûts sensuels, d'indiscrétion, d'inconstance, de sofns empressés, d'inquiétudes, de recherches inutiles et d'autres défauls dont ils se doivent défaire, comme le vin nouveau doit être déchargé de sa lie pour avoir de la consistance et pour être de garde et de bon usage. Au contraire, ceux qui se sont exercés depuis longtemps en l'amour de Dieu, sont semblables au vin vieux qui est pur, sain, ferme, de bon goût, sans mélange de lie, sans bouillir, sans fuir du vaisseau, sans le rompre. Ainsi cesancieus amis de Dieu sont épurés des ferveurs sensibles, des emportements de dévotion mal réglée, des légèretés et des changements en la vertu, des ardeurs trop bouillantes, des excès en leurs auslériios, des autres imperfections spirituelles. Mais ils sont

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EXPLICATION DES CANTIQUES SPIRITUELS

constants, fidèles à Dieu, maîtres de leurs sens, de leurs passions, de leurs désirs, de leurs actions. C'est pourquoi l'Ecclésiastique nous recommande de ne pas quitter nos vieux amis, parce que (es nouveaux n'ont pas ordinairement les mêmes inclinations, ni la même amitié (Eccli., IX, 14,15). Je conclus de toutes ces choses, que le sens de ces trois petits vers est celui-ci : Mon Dieu, dit l'Epouse, vous réveillez mon âme lorsque vous la touchez d'une seule étincelle de votre amour; vous l'enivrez d'un vin très-délicieux, lorsque vous la comblez des plaisirs de votre amour ; en cet état elle vous rend les actes d'amour que vous faites avec elle, et elle vous envoie ses désirs, ses soupirs et toutes ses opérations les plus tendres et les plus efficaces.

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