‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 389 sur 448 · DIX-HUITIÈME CANTIQUE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME CANTIQUE

En la interior boJcga de mi amado befoi,

Y quandosalia,

- - Por toda aquesta vega,

Y a cosa no sabia,

Y el ganado perdi, que antessegui;:.

J'ai bu dans ta cave intérieure de mon bien-aimé ;

Et quand je suis sortie

Par toute cette plaine.

Je ne connaissais plus rien,

Et j'ai perdu le troupeau que je suivais auparavant.

L'âme expose ici le souverain bienfait qu'elle a reçu de Dieu, lorsqu'il l'a fait entrer dans le secret de son amour, et qu'il l'a transformée en lui-même par l'union divine. Elle rapporte aussi deux effets de celle aveur : l'un est l'oubli et le détachement des créatures, l'autre la modération de ses appétits sensuels.

J'ai bu dans la cave intérieure de mon bien-aimé.

Cette cave à mettre du vin est le dernier degré d'amour où l'âme peut monter en cette vie. Elle est intérieure et secrète, parce que les autres degrés d'amour, par lesquels on va au plus haut degré, ne sont pas si intérieurs. Il y a sept de ces degrés où l'on est arrivé, quand on possède les dons du Saint-Esprit. Lors donc que l'âme a acquis l'esprit de crainte, elle a aussi très-parfaitement l'esprit d'amour, parce que la crainte filiale prend sa naissance du parfait amour. Ainsi l'Ecriture sainte a raison de dire, que celui-là est parfait en la charité qui craint Dieu sincèrement. De là vient que le prophète Isaïe, parlant de la perfection de Jésus-Christ, dit que l'esprit de la crainte du Seigneurie remplira (Isa., XI, 3). Et saint Luc fait l'éloge de saint Siméon en ces termes: C'était un homme juste et craignant Dieu (Luc, II, 25). On donne des louanges à plusieurs autres saints, de ce qu'ils ont eu celte crainte.

Il y a cependant plusieurs âmes qui arrivent aux premiers degrés de l'amour, à proportion qu'elles y ont avancé; mais il s'en trouve peu qui passent jusqu'au plus sublime, parce que ce dernier degré est l'union de l'âme avec Dieu, à laquelle toutes lésâmes ne sont pas élevées.

Au reste, on ne peut nullement expliquer ce que Dieu donne à l'âme en cet état, ni ce qu'il est lui-même, puisqu'il se communique d'une manière si admirable, que Dieu cl l'âme ne semblent plus être qu'une même chose; comme le verre et le rayon qui le pénètre, le charbon et le feu qui l'enflamme , la lumière des planètes et celle du soleil qui les éclaire ne paraissent qu'un même corps. C'est pourquoi l'âme ne saurait rien dire de plus propre â ce sujet que le vers suivant ; J'ai bu dans la cave intérieure de mon bien-aimé.

Parce que comme le vin qu'on boit s'insinue par tout le corps, de

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