DIX-NEUVIÈME CANTIQUE
Alli me diosu peclio,
Alli me ensenfj ciencia muy sabrosa :
Jfo le di de lieclio,
Ami , sin dexar cosa,
Alli le pruuieU de ser su esposa.
Là il m'a donné ses mrimelles,
Ui il m'a enseigné une science très-savoureuse. ;
El je me suis donnée i fj. ctieement toute à lui, sans réserver aucune chose;
tàjé lui ai promis d'être son P.pouse.
L'Epouse parle en ce cantique de la donation mutuelle de Dieu et de l'âme. Elle s'est faite lorsque Dieu a communiqué sa sagesse et son amour à l'âme, et lui a ouvert son sein et son cœur; lors aussi que l'âme s'est transportée en Dieu par la véhémence de son amour, et lui a promis d'être éternellement son Epouse
Là il m'a donné ses mamelles.
L'âme veut dire par celte expression figurée -, que Dieu l'a faite participante de son amour et de ses secrets, par les flammes dont il l'a brûlée et par les lumières qu'il a répandues en son esprit. Car elle ajoute :
La il m'a enseigné une science très-savoureuse.
Celle science savoureuse est la secrète connaissance de Dieu, que les spirituels appellent théologie mystique ou contemplation. File est d'tih goût agréable , parce que c'esl l'amour qui l'enseigne à l'âme avec les agréments qu'il donne à loules choses; de plus, parce que c'est la con-
VINGTIÈME CANTIOt E. GG9
naissance tle Dieu et le principe de l'amour dont l'âme est ravie en Dieu. C'est ce qui l'engage à se donner toute à lui sans réserve :
Et je me suis donnée effeclù ement toute à lui, sans réserver aucune chose. Afin que cette donation soit entière, l'âme ne se réserve rien ; et Dieu en la transformant en lui-même, la vide de tout ce qui lui restait et qui la rendait moins pure. C'est pourquoi elle se donne actuellement à Dieu, comme Dieu s'est donné à elle effectivement. Ainsi leurs volontés sont contentes dans leur union, et l'une n'est jamais contraire à l'autre. Et comme l'âme veut être constamment à son Epoux, elle lui donue sa parole et sa foi d'être toujours son épouse:
Là je lui ai promis d'être son Epouse. Parce que l'âme n'a pour lors ni affections en la volonté, ni connaissances en l'entendement, ni mouvements dins les passions, ni désirs, ni action?, qu'elle ne rapporte à Dieu sans partage. Elle est en quelque façon tellement changée en Dieu, que les premiers mouvements de toutes ses puissances tendent régulièrement à Dieu, à cause de son inviolable attachement au bien, de son union étroite avec Dieu, et des grâces abondantes qu'elle en reçoit. Le prophète David nous fait le tableau de son âme en cet étal : Mon cime, dit-il, ne se soumettra-i-elle pas à Dieu, de qui mon salut dépend? Car il est mon Dieu, et mon salut, et mon protecteur , c'est pourquoi je ne serai pas beaucoup agite', et je ne changerai pas (Psal. LXI, 1 , 2). Quand il l'appelle son protecteur, il monire que son âme étant unie à lui et étant sous sa protection, ne sera plus inquiétée des premiers mouvements qui sont opposés à Dieu, et qui la rendraient désagréable à la majesté divine.