‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 392 sur 448 · VINGTIEME CANTIQUE · texte numérisé non relu

VINGTIEME CANTIQUE

Mi aima se ha empleado, y todo mi caudal en su servicio; Ya do guardo ganado, ni va lengo otro oticio, Hue ya solo en aniar es mi rxercitio.

Mon âme et toute ma substance s'emploient à son service ;

Je ne garde plus mon troupeau, et je ne fais plus d'autre office,

Car tout mon exercice est d'aimer.

L'Épouse s'étant donnée à Dieu sans réserve, explique présentement de quelle manière elle gardera sa foi et accomplira ses promesses. Elle dit donc qu'elle emploiera son âme, son corps, ses puissances au service de son Epoux, sans avoir égard à ses propres commodités, et sans s'occuper d'autre chose que de l'amour de son Dieu, parce que toute sa vie n'est plus qu'amour.

Mon àme et toute ma substance s'emploient à son service.

Lorsqu'elle dit qu'elle emploie toute son âme pour son Époux, elle marque la donation qu'elle lui a faite de soi-même dans l'union de I amour, afin qu'elle applique son entendement à connaître ce qui lui est le plus agréable pour l'exécuter; sa volonté, à aimer ce qui lui plaît davantage et à le rapporter à sa gloire; et sa mémoire, à prendre soin de ce qui est plus avantageux à son service:

Toute sa substance comprend non-seulement sa partie supérieure, mais aussi sa partie inférieure; savoir, le corps avec toutes ses facultés, ses sens intérieurs et extérieurs, et ses quatre principales passions, la joie, la douleur, l'espérance, la crainte. Elle les a consacrées à Dieu, et, pour accomplir ce sacrifice, elle gouverne selon Dieu son corps, ses sen9, ses passions, ses inclinations, ses désirs, toutes ses opérations, toutes ses actions; de sorte que, sans presque y prendre garde, elle les rapporte à Dieu dans les mouvements même les plus subits et les plus imprévus, parce que l'habitude cl l'accoutumance qu'elle a

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EXPLICATION DCS CANTIQUES SPIRITUELS

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"aller à Dieu seul, l'y conduisent sans qu'elle ait besoin d'y I éflexion expressément. 11 s'ensuit de cette consécration que l'Ép

faire ouso

Je ne garde plus mua troupeau, et je ne fais plus d'autre office.

C'est-à-dire, qu'elle n'a plus soin de contenter ses sens et ses passions ; elle renonce même à ses occupations ordinaires, qui étaient de penser, de parler, d'agir selon les mouvements de la nature. Car bien loin de s'assujettir à ses imperfections, elle n'est plus animée en tout cela que de l'Esprit de Dieu et de son amour. En effet, Tout son exercice est d'aimer,

Parce que l'amour seul la gouverne; elle fait tout par amour, elle souffre tout par amour; sa contemplation et son commerce avec Dieu ; tous ses exercices spirituels et toutes ses œuvres corporelles; universellement tout ce qui est renfermé dans les fonctions du corps et de lame n'a point d'autre principe ni d'autre fin que l'amour. O heureux, état! ô vie heureuse! ô heureuse âme! qui est arrivée au point de ne sentir plus ni joie, ui tristesse, ni amertume, ni douceur, ni bien, ni mal que pour l'amour, que par l'amour, et que dans l'amour de Dieu.

YINGT-ET-UMÈME CANTIQUE.

Pues ya si en el exido de oy masuo fuere vista ni bellada ;

Direis, que me lie perdido ; que audando enamorada, mi hize perdidiza,y fui ganaaa. Si donc d'ici en avant on ne me toit plus dans les prés, et si on ne m'y trouve plus, Viles que je me suis perdue ; car étant toute enflammée d'amour, je me suis volonlui-

[ rement perdue; mais ensuite on m'a recouvrée.

L'Epouse répond au reproche que les gens du monde ont coutume de faire à ceux qui se donnent sérieusement à Dieu. Ils les accusent d'être trop retirés, trop abstraits et de n'être bons à rien, parce qu'ils abandonnent ce qu'on estime et ce qu'on recherche dans le siècle. Mais elle dit à ces censeurs qu'elle méprise tout cela pour l'amour de son bien-aimé, qu'elle s'en éloigne très-volontiers; que, s'ils se persuadent qu'agir de la sorte c'est se perdre, elle compte sa perte pour le plus grand gain qu'elle puisse faire; qu'elle s'en fait un plaisir, un mérite, un honneur, et qu'elle ne songe plus qu'à chercher son divin Epoux par la pratique de toutes les vertus les plus parfaites.

Si donc d'ici en avant on ne me voit plus dans les prés, et si on ne m'y trouve plus,

[dites que je me suis perdue.

Par les prés elle entend le monde où les séculiers se promènent, se réjouissent, et paissent le troupeau de leurs passions, comme dans un pré fertile et agréable. Elle dit que s'ils ne la trouvent plus en ce lieu, elle veut bien qu'ils croient qu'elle est morte à toutes ces satisfactions sensuelles, et qu'ils le publient partout ; elle s'en réjouit ; elle ne rougit pns de faire de bonnes œuvres pour Dieu; la honte ne les lui fait pas dérober à la vue des mondains qui les condamnent : elle sait ce que dit son bien-aimé : Si quelqu'un rougit de mai et de mes paroles, le Fils de l'homme aussi, quand il viendra dans sa gloire et dans celle de son Père et des saints anges, rougira de lui Luc, IX, 26). Ainsi l'Épouse, soutenue de l'amour divin, ne se met point en peine de toutes ses contradictions.

Mais on voit peu de personnes spirituelles qui aient ce courage et cette résolution ; car, quoiqu'elles s'imaginent avoir fait d'assez grands progrès pour négliger le sentiment des ennemis de la vertu, néanmoins elles ne sont pas mortes à elles-mêmes et au respect humain ; de telle sorte qu'elles agissent purement pour Dieu, sans craindre le jugement et le blâme des séculiers. Elles n'osent oas confesser Jésus-Christ par

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