‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 393 sur 448 · VINGT-DEUXIÈME CANTIQUE · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME CANTIQUE

Bi

la sainteté de leurs œuvres, et la vaine considération des hommes est plus forte sur leur esprit que la volonté de Dieu, que toutes les grandeurs divines et que tous les intérêts de l'âme. Assurément elles no vivent pas en Notre-Seigneur comme cette fidèle épouse, qui dit qu'en Dratiquant les vertus elle était toute enflammée de l'amour de Dieu.

Car étant toute embrasée d'amour, je me suis perdue volontairement ; mais ensuite

[on m'a recouvrée.

Elle s'est volontairement perdue, mais c'est dans celte perte qu'elle s'est gagnée elle-même. Or, elle s'est perdue en deux façons. Premièrement*, en se donnant à son Epoux d'une manière si désintéressée, qu'elle n'a nullement regardé son utilité, de quelque nature qu'elle soit. Secondement, en étouffant son estime et son amour pour toutes les créatures, afin de n'avoir en vue que la gloire, l'honneur et l'amour de son Epoux. Ainsi, celui qui aime véritablement Dieu, ne cherche dans son service ni profit, ni récompense, mais il désire seulement de s'oublier, ou plutôt de se perdre soi-même pour l'amour de son Créateur, comme saint Paul l'a pratiqué. Car si je meurs , dit-il, c'est mon avantage (Philip., I, 21). En effet, se perdre de la sorte pour Dieu, c'est se trouver selon les oracles de Jésus-Christ. Puisque celui, dit-il, qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui la perdra pour l'amour de moi la trouvera (Matth. XVI, 25). Que si nous voulons donner à ces paroles un sens spirituel et plus propre à notre sujet, nous dirons que l'âme se perd de telle sorte dans ses entretiens avec Dieu, qu'elle oublie toutes ses manières naturelles d'agir, qu'elle abandonne tous ses sens, et qu'elle n'agit avec Dieu que par foi et par amour.

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