‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 394 sur 448 · VINGT-DEUXIÈME CANTIQUE · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME CANTIQUE

De flores y esmera'.das

En las frescasmagnanas escogidas

Haremos las guirnaldas,

En lu amor florezidas,

Y en un cabello mio entrelexidas.

De fleurs et d'émeraudes

Choisies dès le grand mutin,

Nous ferons des bouquets,

Fleuris en votre amour.

Et liés de l'un de mes cheveux.

L'Epouse adresse tout de nouveau sa parole à son Epoux, pour s'entretenir delà consolation et de la joie qu'ils reçoivent tous deux ensemble, de la possession des vertus et des dons qui leur sont communs dans leur union. Elle appelle ces biens spirituels des bouquets précieux, lesquels doivent être faits des plus belles fleurs des vertus chrétiennes et des bienfaits de Notre-Seigneur.

De fleurs et d'émerandes.

Les fleurs sont les vertus de l'âme, et les émeraudes sont les dons qu'elle a reçus du Fils de Dieu.

Choisies dès le grand malin.

L'Épouse a cueilli ces fleurs dès le grand malin, c'est-à-dire, qu'elle a acquis les vertus en sa jeunesse ; mais vertus excellentes et agréables à Dieu, parce que la victoire qu'elle a remportée sur les passions qui s'y opposaient, et sur la nature qui n'y avait nul penchant, en augmente le prix. D'ailleurs, ces premières vertus sont des degrés pour monter aux vertus les plus parfaites dans un âge plus avancé. L'Epouse dit donc qu'elle les a choisies le matin, pour exprimer les actes d'amour qu'elle a faits en acquérant les vertus. L'air du malin, lorsau'il est chargé de brouillards, signifie les sécheresses d'esprit et

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EXPLICATION Dit; CANTIQUES SPIRITUELS.

les difficultés qu'on a soufferte* dans l'acquisition des vertus ; mais aussi elles sont plus solides et plaident dawtnlage à Dieu que celles qu'on a cultivées en une saison douce, et avec beaucoup de contentement. Car le tt <i \ ail et les peines, dit saint Paul, perfectionnent la vertu (Il Cor., XII, 9 . C'est pourquoi l'Épouse dit fort à propos, qu'elle a ramassé le malin des leurs pour en faire une couronne à son Epoux. Et parce qu'il prend un singulier plaisir à voir ces (leurs, c'est-à-dire, à trouver ces éminrnU SB vertus dans son Épouse, ils en font ensemble des bouquets.

Rtnis ferons des bouquets.

C'ést-à-dire, que comme on cueille chaque fleur en particulier, et qu'ensuite on les lie toutes ensemble pour en faire un bouquet et pour s'en parer, de même l'Épouse acquiert chaque Vertu en particulier, et de toutes ensemble elle compose avec l'Époux le bouquet de la perfection qui les orne et qui les réjouit. Ce sont ces bouquets spirituels et ces émeraudes précieuses qui rehaussent tellement la beauté de l'âme, qu elle ose paraître comme une reine à la droite du Roi céleste, comme parle David, concerte d'une robe d'or dont la variété eH admirable l'snt. \LIV, 10); c'est-à-dire, embellie de l'or de la charité divine et des différents dons de Dieu.

L'Épouse ajoute que ni elle seule, ni son Époux seul, mais que tous deux ensemble feront ces bouquets, parce qu'elle ne peut arriver à la perfection sans le secours de Dieu. .4 lu vérité, dit saint Jacques, tout bienfait excellent et tout don parfait rient d'en iiaut et descend du Père des lumières (Jacob, I, 17) ; mais l'âme ne le reçoit pas sans y coopérer. Pour cette cause, l'Épouse dit dans les Cantiques : Attirez-moi après vous, et nous courrons. Ainsi, le mouvement qui nous porte au bien est de Dieu seul, mais ensuite Dieu et l'âme courent ensemble, c'est-àdire, produisent ensemble l'action. Fleuris en voire amour.

La fleur des œuvres saintes et des vertus n'est autre chose que la beauté et la force qu'elle reçoit de l'amour divin, sans lequel ces vertus ne fleuriraient pas et seraient de nulle valeur devant Dieu, quoiqu'elles parussent parfaites aux hommes. Outre cela, ces sacrés bouquets sont liés avec un cheveu de l'Épouse.

Et liés de l'un de mes cheveux.

Ce cheveu est la volonté de l'âme et son amour pour son bien-ainlé. Or, comme le fil lie les fleurs , de même cet amour lie les vertus de l'âme; et il est, suivant la doctrine de l'Apôtre, le lien de la perfection (Coloss., III, 14-!. Si l'âme perdait cet amour en se séparant de Dieu, toutes ses vertus se dissiperaient comme les fleurs d'un bouquet se dissipent quand elles ne sont plus liées ensemble. Ce n'est donc pas as9ez que Dieu nous aime pour nous donner les vertus, il faut que nous l'aimions réciproquement pour les conserver.

L'Épouse dit un cheveu, cl non plusieurs cheveux , pour marquer que sa volonté doit s'attacher à Dieu seul, en se détachant de toutes les choses créées. On connaît par là le prix et l'excellence des vertus, puisqu'elles tirent toute leur perfection de l'amour uue Dieu a pour les âmes, et de l'amour que les âmes ont pour Dieu.

VINGT-TROISIEME CANTIQUE

En solo aquel cabellp,

Une on mi cuello Ijolar consideraste,

Mirasiele en mi âiello,

V en «I preso qitedaUe,

Y en uno de mis ojos le Ilagaste.

Pf*^^:5p%'»^^¥JF*W¥i

VINGT-TROISIÈME CAN'TIQI/E. ÏO 3

Dmisce seul cheveu,

Que cotes aiv: cwwitféïé vo/atd sur mou coh,

Et que l'o.is (iDfe regardé sur mou cou,

Voui avez cfc lie,

El vou i a»e« t;it; v/essé /J«r J'un lié mes yeux.

L'Epouse dil Irois choses eu ce canlique : premièrement, que l'amour qui unit ensemble les vertus, est un amour très-fort) puisqu'il doit avoir delà force pour les faire subsister en cette union. Secondement, que le cheveu qui est le symbole de cet amour, a beaucoup agréé à Dieu à cause de sa grande force. En troisième lieu , que l'Epoux, l'a aimée tendrement à cause de la pureté et de la vivacité de sa foi.

Dans ce seul cheveu

Que vous avez considéré volant sur mon cou.

11 ne sufQt pas, pour conserver les vertus, que l'amour de l'Epouse ne s'attache qu'à Dieu seul ; il faut encore qu'il soit extrêmement fort, afin qu'il puisse détruire les vices contraires à chaque vertu. Car elles sont unies ensemble de telle sorte, que si une seule vient à manquer, toutes les autres s'évanouissent.

Lé cou de l'Epouse signifie sa force, et le cheveu qui vole sur le cou, représente son amour qui vole vers Dieu avec beaucoup de vitesse et de force. Et comme le vent fait voler les cheveux sur le cou , de même le Saint-Esprit l'ait voler l'amour vers Dieu.

Le bien-aimé a considéré ce cheveu lorsqu'il volait sur le cou de l'Epouse, pour faire comprendre que notre amour doit être généreux et vif dans ses opérations, et que Dieu fait une attention particulière sur la générosité et sur la vivacité de cet amour.

Vous l'avez regardé sur mou cou.

Ces paroles signifient que Dieu s'est plu à voir l'amour de l'âme pour lui, parce qu'il est fort el sans faiblesse, hardi et sans crainte, seul et pur, sans mélange d'aucun amour étranger; prompt et sans lenteur, fervent et sans tiédeur, agissant sans retardement. C'est pourquoi l'Epouse dit :

Vous en avez élé lié.

C'est-à-dire que Dieu a pris plaisir à voir le mouvement et le vol de ce cheveu sur le cou de l'Epouse, et qu'il a bien voulu s'en laisser lier comme d'une agréable chaîne. Celle expression figurée signifie dans le sens propre, que Dieu jetant sur nous des regards pleins de miséricorde, s'est abaissé jusqu'à notre néant, nous a aimés par les seuls mouvements de sa bonté infinie, s'est uni à notre nature , nons a élevés jusqu'à sa divinité, et a donné un vol si sublime à notre amour, qu'il est arrivé jusqu'à lui comme à sou dernier terme. Oh ! quel sujet d'admiration, de joie, de reconnaissance, d'amour, de transports de nos cœurs en Dieu ! L'Epouse ajoute, qu'un seul de ses regards a blessé son divin Epoux.

El \ons avez élé blessé par l'un de mes yeux.

L'œil de l'Epouse exprime en cet endroit sa fidélité pour son Epoux. 11 n'est parlé que d'un œil, parce que l'Epouse doit être pure et attachée à Dieu seul, sans se partager à d'autres objets. L'Epoux en reçoit une blessure, parce que celle fidélité excite son amour pour l'âme fidèle. Il attribue le même effet à cet œil qu'à ce cheveu de l'Epouse, parce que l'un et l'autre lui ont blessé le cœur. Vous m'avez blessé le cœur, ma Sœur, mon Epouse ; vous m'avez blessé le cœur d'un seul de vos yeux et d'un seul des cheveux de voire cou (CanC, IV, 9). L'Epouse répèle deux fois la même chose que son Epoux, afin de lui rendre grâces de ce bienfait signalé, et de faire éclater la joie qu'elle seul de son heureux sort.

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EXPLICATION DES CANTIQUES SPIRITKELS

VINGT-QUATRIEME CANTIQUE

Quaudo lu me miravas,

L'a gracia en mi tusojos imprimian;

Por osso me adamavas,

Y en esso mèrecian ,

Los mios adorai' lo que enli viap.

Lorsque vous me. regardiez,

v'es ueux m'imprimaient une q-i'âce;

C'est pourquoi vous m'aime:.

En cela mes yeux méritaient d'adorer ce qu'ils vouaient en vous.

Comme c'est le propre de l'amour parfait de ne s'attribuer aucune enose, mais de donner tout à l'objet aimé, l'Epouse qui semblait avoir je ne sais quelle complaisance de ce qu'elle avait lié son Epoux de l'un de ses cheveux, et blessé de l'un de ses regards , reconnaît que ces faveurs sont dues à l'Epoux , et non pas à elle, puisqu'il en est l'auteur et la cause. Elle avoue que son bonheur vient de ce qu'il a daigné la regarder favorablement pour la rendre agréable à ses yeux et pour la combler de gloire. Elle lui en fait ses actions de grâces et s'oblige à faire, pour l'amour de lui et sans intérêt, tout ce qu'il lui sera possible.

Lorsque vous me regardiez,

Vos yeux m'imprimaient votre grâce.

Les regards de l'Epoux ne sont autre chose que son amour pour l'Epouse , et ses yeux signifient sa divinité, qui lui imprime son amour et qui vetse ses grâces dans son âme pour la faire participante de sa nature divine. Cet honneur fait reconnaître à l'âme que Dieu l'aime ardemment :

C'est pourquoi vous m'aimez.

Or, la cause d'un amour si véhément n'est autre que la grâce dont il a déjà enrichi l'âme cl par laquelle il lui a donné la capacité de recevoir son amour ou d'être l'objet de son amour. C'est pourquoi saint Jean dit que nous avons tout reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce (Joan., I, 16). C'est-à-dire une seconde grâce pour une première grâce, une seconde grâce plus grande pour une première grâce moins grand?. C;ir nous ne pouvons sans sa grâce mériter l'augmentation de sa grâce. Pour mieux entendre ceci, il faut remarquer que comme Dieu aime à cause de soi-même tout ce qui est hors de lui-même, ainsi il aime toutes choses autant que soi-même parce qu'il les aime par rapport à soimême, et que l'amour de lui-même est la On de son amour pour les créatures. De sorte qu'en aimant l'âme, il la met en quelque façon dans lui-même ; il l'aime avec lui-même et en lui-même ; il l'aime du" même amour qu'il s'aime soi-même. De là vient que l'âme , favorisée de cette grâce et animée de cet amour, mérite, par toutes ses bonnes œuvres, de voir ce qui est en Dieu, comme elle dit en ces vers :

Et eu cela mes yeux méritaient D'adorer ce qu'ils voyaient en vous.

Car ayant reçu la grâce de Dieu, ses yeux, c'est-à-dire ses puissances spirituelles étaient délivrées de leur bassesse et de leur aveuglement naturel ; elles étaient élevées au-dessus de la nature, et éelairées d'une lumière surnaturelle; elles étaient agréables à la majesté divine et méritaient d'adorer ce qu'elles voyaient en Dieu. Mais qu'y voyaient elles ? la grandeur de ses vertus, l'abondance de ses douceurs, l'infinité de ses bontés, de son amour, de sa miséricorde, le nombre inexplicable des bienfaits qu'elle a reçus, soit dans l'état de grâce, soit hors de l'état de grâee. Mais avant que l'âme ait été comblée de ces dons, ses yeux ou ses puissances ne méritaient ni de voir, ni d'adorer, ni même de considérer en Dieu toutes ces choses.

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