‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 395 sur 448 · VINGT-CINQUIÈME CANTIQUE · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME CANTIQUE

Ko quicras despreciarme ;

Que si color niorcno en rai hallasle,

Y'a bien puedes mirarme,

Despues que mi mirasle,

Que gracia, y hermosura en mi desaslc.

Ne me méprisez pas;

Car si vous avez trouvé en moi une couleur noire ,

Vous pouvez maintenant me regarder,

Après que vous m'avez déjà regardée.

Car vous m'avez laissé de la grâce et de la beauté.

L'Epouse fondée sur les dons de Dieu, commence à croire que, quoiqu'elle soit, à cause de ses bassesses naturelles, indigne de toute estime, elle en mérite néanmoins à cause des bienfaits de Dieu. C'est pour cette raison qu'elle prend la liberté de prier son Epoux de ne pas la mépriser, mais de la regarder de bon œil , afin qu'il augmente ses grâces et sa beauté. Elle espère d'autant plus cette nouvelle faveur, qu'il a daigné abaisser ses yeux sur elle lorsque ses imperfections l'en rendaient indigne.

Ne me méprisez pas;

Car si vous avez trouvé en moi une couleur noire,

Vous pouvez maintenant me regarder,

Après que vous m'avez déjà regardée.

Comme si elle disait : Puisque vous avez répandu sur moi tant de biens spirituels, ne concevez plus de mépris pour moi. Car si vous avez trouvé en mon âme, avant que vous m'ayez regardée, les taches de mes péchés et de mes vices , et la bassesse de ma condition naturelle, vous m'avez affranchie de cette honle; vous avez effacé la couleur qui me noiicissait et me faisait un objet désagréable à voir ; vous pouvez donc attacher vos yeux sur moi et me regarder plusieurs fois, parce que vous m'avez laissée en possession des grâces et de la beauté que vous m'avez données.

Après votre premier regard, ô mon Dieu, qui m'a élevée au comble des grâces, de l'honneur, de la gloire, des richesses divines, vous pouvez me regarder d'ici en avant sans discontinualion. En effet, Dieu met sa complaisance en une âme embellie de sa grâce : la voyant ennoblie par le commerce qu'elle a avec lui, il y demeure avec pkisir ; il l'aime avec une tendresse incroyable : dans toutes ses entreprises il lui fait de nouveaux dons plus grands que les premiers ; il lui accorde tout ce qu'elle lui demande. Nous avons une Ggure naturelle de cette libéralitédeDieu, en ce qu'il Ql lui même à Jacob : Depuis, lui dit-il, que je vous ai revêtu de gloire et d'honneur, je vous ai aimé (Isa., XLUI, 4). C'est-àdire l'honneur et la gloire que vous avez reçus de moi, vous ont rendu digne d'un plus grand amour et d'un bienfait plus considérable. L'Epouse nous en fournit encore une noble idée dans ces cantiques : Filles de Jérusalem, je suis noire, mais je suis belle ; c'est pourquoi le roi céleste nia aimée et nia menée en sa chambre [Cant., I, 3, h-). Comme si elle disait : Quoique j'aie naturellement le teint noir, néanmoins mou Epoux m'a donné de la beauté. Ce qui l'a engagé à m'aimer plus fortement, à me découvrir ses secrets les plus cacliés et à me faire de plus grands biens.

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