VINGT-SEPTIÈME CANTIQUE
Détente eierço muerto.
Vin austro que reeuerdas los amores;
Aspira [jor mi huerlo,
Y corran sus odores,
Y pacera el amado entre las Dores.
Arrête-loi, vent de septentrion qui donnes la mort,
Viens, vent au midi qui réveilles lesumours;
Souffle pur mon jardin ,
El que ses odeurs se répandent,
Et que mon bien-aimé se repuisse entre les fleurs.
L'Epouse appréhendant que l'aridité de l'esprit ne la prive de ces douceurs intérieures, fait deux choses. En premier lieu, elle entretient sa dévotion et sa ferveur, de peur que la sécheresse n'entre dans son cœur. En second lieu, elle implore souvent le secours du Saint-Esprit, pour augmenter sa dévotion el pour l'aider à pratiquer fidèlement ces vertus, afin qu'elle puisse plaire davantage à son Epoux. Arrète-loi, vent de septentrion qui donnes la mort.
Le vent de nord est très-froid, il sèche el flétrit les fleurs. L'âme compare l'aridité avec ce vent, parce qu'elle sèche la dévotion el éteint le goût et la douceur spirituelle qui la nourrissent. L'Epouse se préserve de ses effets, par le soin qu'elle a de faire ses actions avec ferveur, et d'éviter les occasions de tomber dans la sécheresse.
Viens, vent du midi qui réveillesles amours.
Le vent de midi est doux et pluvieux : il fait croître les herhes, éclore les fleurs et répandre leur odeur. Il est , selon la pensée de l'Epouse , le symbole du Sainl-Espril , qui enflamme l'âme par la chaleur de ses inspirations, qui allume son amour, qui la rend féconde par la pluie de ses grâces , qui excite sa volonté et qui embrase ses affections par la douceur de son souffle.
Souffle par mon jardin.
L'âme n'est pas seulement une vigne, elle est encore un jardin plein des fleurs de toutes les vertus. Elle ne dit pas : Souffle dans mon jardin, mais par mon jardin. Car il y a uue grande différence entre ces deux expressions : Dieu souffle dans l'âme, et Dieu souffle par l'âme. Nous prétendons dire par la première, que Dieu donne à l'âme sa grâce, ses dons et les vertus. Par la seconde, que par ses inspirations il excite ces vertus à agir et à répandre la bonne odeur de leurs effets, comme les herbes odoriférantes répandent leur odeur lorsqu'on les remue. Car, avant que de recevoir le mouvement de la grâce, elle ne faisait pas éclater ses vertus, elle n'en communiquait pas l'odeur, elle était semblable aux parfums qui sont dans des boites bien fermées, et qui n'exhalent point leurs odeurs jusqu'à ce qu'on les découvre. 11 est vrai que Dieu cache ordinairement à l'âme les richesses spirituelles dont il l'a comblée ; mais cela n'empêche pas qu'il ne les fasse quelquefois paraître, afin qu'elles édifient le prochain et qu'elles l'attirenl à la perfection par la douceur du bon exemple. Et alors l'âme jouit de toutes les consolations intérieures qu'elle peut porter en cet étal : c'est ce qu'elle appelle l'épanchement de ses odeurs.
Et que ses odeurs se répandent.
Ces odeurs sont souvent si abondantes, qu'elles ne remplissent pas seulement tout l'intérieur de l'âme ; mais elles sortent au dehors et se
EXPLICATION »ES CANTIQUES SPIRITUELS
font sentir à tous ceux qui s'en approchent. De là vient que les saints ont je ne sais quel air de dignité, de majesté, de douceur qui leur attire la vénération de tout le monde. Ainsi Moïse revenant de ses communications avec Dieu, parut éclatant de gloire ; en sorte que les Israélites n'osaient le regarder fixement au visage, tant ils avaient de respect pour lui (Exod., XXXIV, 80).
Après que le Saint-Esprit a fait sentir à l'Epouse les effets sacrés de son amour, le Fils de Dieu se communique à elle avec de plus grandes grâces.- Car c'est ainsi qu'il lui envoie son esprit pour la préparer à le recevoir par les douceurs inconcevables qu'il verse en son cœur. Si bien que l'âme désire ardemment ces divines visites, non pas pour ses intérêts particuliers, mais pour donner plus de contentement à son Epoux ; c'est pourquoi elle ajoute :
Mon bien-aimé se repailra entre les fleurs.
C'est-à-dire l'Epoux se nourrit dans l'âme entre les vertus qui sont représentées par les fleurs, ou bien il demeure dans l'âme, dans laquelle il trouve une nourriture pleine de force et de délices. Mais il ne se nourrit pas seulement dans l'âme, il nourrit encore l'âme en la transformant en lui-même. L'Epouse sacrée explique tout ce mystère en ces termes : Mon bien-aimé est venu dans son jardin et dans le parterre des fleurs, pour s'y repaître et pour y cueillir des lis (Ctint. , VI , 1 , 2). Elle dit ensuite : Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi. Pour signifier qu'il se plaît à demeurer dans l'âme entre le lis de ses vertus et de ses perfections.-