‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 4 sur 448 · S SI · texte numérisé non relu

S SI

LETTRE XXIIf. 53

qu'où passerait par ici, qu'on ait la bonté de me donner connaissance de tout ce qu'on se propose de faire.

Nous sommes aujourd'hui le lo octobre (1578),

Et moi votre sujette et fille,

N. 1. Noire Sainte commence par féliciter Gracian d'avoir donné sa démission de la commission de visiteur. Le roi, comme on l'a vu, la lui avait conservée par ses patentes; mais le nonce l'exigea et le père la donna. 11 fut ensuite envoyé aux arrêts au couvent de Pastramie ou d'Aleala. Thérèse lui écrit qu'elle est bien aise qu'il soit sorti de ces embarras, advienne que pourra. C'est tout sacrifier à l'afleciion qu'elle porte à ce père. Comme elle parait plus grande encore dans les sentiments généreux qu'elle montre au sujet de la mort du P. général de l'ordre, Jean Baptiste Rabéo! C'était lui qui avait écrit à la Sainte, au commencement de la réforme, de fonder autant de maisons qu'elle avait de cheveux sur la tète; et à Avila, il lui avait témoigné une tendre affection. Si nous étions allés à lui, dit-elle, tout aurait marché. Dans les derniers temps, il avait paru devant les tribunaux une pièce où on disait que le général leur écrivit plusieurs fois, qu'ils se hâtassent de londer, et qu'aussitôt qu'ils auraient cinq maisons, il leur accorderait une province. A la vérité, lorsque plus tard, un déchaussé eût été revêtu de l'autorité de visiteur, il s'en élait trouvé formalisé, et la Sainte n'avait pu le ramener par ses lettres. Que celle femme avait un grand cœur! A la nouvelle de la mort de cet ancien ami et protecteur, elle n'a fait, tout le jour, que pleurer, pleureras-tu. Hélas! on avait eu des loris contre cet homme de bien et de mérite ; la réforme en avait même souffert. On ne peut plus rien réparer; de là ses lamentations, ses regrets et ses desespoirs. Père Jean, que celte satisfaction, bien que tardive, vous est honorable!

Depuis que Gracian a parlé au nonce, la Sainte a reçu deux coups mortels; la nouvelle de la résistance de Gracian à rendre ses pouvoirs, lui a porté le premier, et celle de la mort du général, le second.

N. 2. Vous aurez du moins appris, dit-elle, à ne pas conduire les choses à rebours de l'eau. Reproche amical. Llle s'en repent : Dieu les arrange pour faire souffrir tes siens. Alors, ce n'est pas de vous, mou père, qu'il faudrait se plaindre. Je me renâcle.

N. 5. Après qu'elle avait tant de fois demandé qu'on envoyât des agent-; à Piome, comment peut-elfe être ici bien venue à dissuader cette démarche? C'est tout bonnement que les circonstances sont changées. Le vénérable général est mort. Comment les envoyés seraient-ils reçus à Rome?

N. i. Un zèle ardeni et, partant, peu prudent avait fait faire quelque équipée ; mais si Ardapille , ou Padille avait élé là, c'eut été encore pis. C'est que ce père était d'un zèle bien outré.

N. 6. Ce chapitre, qui fut le second tenu à Almodovar, fui très-orageux : le nonce s'emporta d'une manière compromettante pour sa dignité, et envoya les uns en prison elles autres en exil.

La Sainte, en apprenant ce revers, tomba dans une si profonde affliction, qu'elle passa la journée entière à verser des larmes. Mais des lit les l'ayant conduite le soir au réfectoire pour lui faire prendre un peu de nourriture, la vénérable sœur Saint- Barthélemi vil Noire-Seigneur s'approcher de la corbeille, couper un morceau de pain et le porter de ses mains divines à la bouche de la Sainte, en lui disant: Mangez, ma fille, je vois que vous en avez grand besoin : prenez courage, il ne saurait en être moins. Qu'en dirons-nous ? Sœur Barthélémy avait-elle la berlue ou était-elle une menteuse? et la preuve de l'un ou de l'autre? Suffit-il d'être une bonne religieuse, pour se tromper ou pour mentir de la sorte? Le fait est possible ei appuyé sur un bon témoignage : lequel des deux rejetez-vous? — Tous les deux. — A la bonne heure. Vous n'êtes pas le seul, mais je fais mes réserves, en attendant vos raisons. — C'est invraisemblable. — Oui, sans miracle, sans doute. — Et la raison du miracle? — C'esi une autre affaire. Défendez-vous à Dieu de consoler miraculeusement les saints qu'il afflige extraordinairement?

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