‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 402 sur 448 · XXXI CANTIQUE. 71 I · texte numérisé non relu

XXXI CANTIQUE. 71 I

sont pas dans le milieu en quoi consiste !a perfection de la vertu. On entend par les plus élevées, les actions criminelles ; par les plus basses, celles qui s'écartent de leur fln ; et par celles qui participent à ces deux extrémités, on représente les fautes vénielles. Les délices intérieures de l'âme contribuent à rendre ces puissances capables d'opérer sans tomber dans ces défauts.

Eaux, vents, ardeurs.

Craintes, gardes de nuit.

Ces vers nous mettent devant les yeux la douleur, l'espérance, la joie et la crainte de l'âme. Les eaux sont l'image de la douleur qui pénètre l'âme, comme l'eau pénètre la terre. C'est l'expression du roipropliètc : Conservez -moi , mon Dieu, dit-il, parce que tes eaux sont entrées jusqu'au fond de mon âme (Psal. LXV1II , 1). Les vents sont la figure de l'espérance, dont les mouvements volent de tous côtés vers les choses qu'on espère. C'est dans ce sentiment que David dit qu'il avait ouvert la bouche et qu'il avait respiré l'air, parce qu'il désirait d'accomplir les commandements de Dieu (Psal. CXVI1I, 13J). C'est-à-dire il avait ouvert son intérieur par la prière qu'il avait offerte à Dieu ; il avait attiré l'esprit de science et de piété , pour comprendre et pour exécuter les préceptes divins , comme il le souhaitait de toutes ses forces. Les ardeurs sont le tableau de la joie qui enflamme le cœur, comme nous l'apprenons du même roi. Mon cœur, dit-il , s'est échauffé dans moi-même, et le feu s'allumera dans ma méditation (Psal. XXXVIII, 4). La peur qui nous saisit , surtout pendant la nuit , nous fait le caractère de la crainte. Dieu permet que cette passion agite les personnes spirituelles , lorsqu'il veut leur faire quelque faveur, afin de les conserver dans l'humilité. Quelquefois le démon l'excite eu l'âme, usant même de menaces et faisant appréhender de grands maux, parce qu'il ne peut souffrir que Dieu la comble de ses dons extraordinaires , ni qu'elle jouisse de la paix et des consolations intérieures que son Epoux lui donne.

L'Epouse appelle ces frayeurs des gardes de nuit, parce qu'elles éveillent l'âme, et la retirent du sommeil et du repus qu'elle prend dans le sein de son Epoux, comme des sentinelles réveillent durant la nuit, et donnent l'alarme à ceux qu'elles gardent. L'Epoux étouffe les effets de ces quatre passions, et l'âme ne les ressent plus, parce qu'elle a dans celte union parfaite tout ce qu'il y a de solide en la vertu consommée , sans en souffrir ce qui s'y trouve de faible et d'incommode. Ainsi elle exerce les œuvres de miséricorde envers les misérables, mais sans être touchée d'aucune douleur sensible ; elle abhorre et déteste ses péchés par les mouvements d'un amour très-pur, mais sans inquiétude et sans chagrin ; elle espère, mais sans désirs empressés et inquiets ; elle goûte une joie tranquille, constante, toujours égale, sans augmentation , sans diminution, sans excès, sans défaut, semblable à la mer, qui ne s'accroît point par la décharge des fleuves dans son sein , et ne diminue point aussi par l'écoulement de ses eaux dans les gouffres de la terre. L'âme n'est frappée d'aucune crainte, parce qu'elle repose sûrement en Dieu , et rien ne peut l'effrayer dans cet asile, ni donner atteinte à son repos et à son bonheur ; car elle est, comme parle le Sage , dans un continuel festin , où la délicatesse des viandes spirituelles et la douceur des concerts divins lui font goûter des plaisirs inexplicables (Prov. XV, 15j. En effet, quelque long discours qu'on en puisse faire, on ne saurait jamais les représenter tels qu'ils sont, puisque l'âme ne peut dire elle-même ce qu'elle expérimente en cet état.

Par les lyres agréables,

Par le ebant des sirènes je vous conjure

D'apaiser votre colère,

tM^tiiiMï$MÏÂ^AÂÂÂMj-Mâ

EXPLICATION DES CANTIQUES SPIRITUELS

El de ne point toucher la muraille.

Afin que l'Epouse ilorme plus sûrement.

Ces derniers vers signifient les délices spirituelles de l'âme, l'impétuosité des quatre passions que ces plaisirs sacrés étouffent, les vertus parfaites qui défendent l'âme des insultes des démons et de la fureur des passions , et le doux sommeil que l'Epouse prend appuyée sur les bras du divin Epoux.

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