‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 404 sur 448 · XXXIII CANTIQUE · texte numérisé non relu

XXXIII CANTIQUE

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partie supérieure ; caries premiers mouvements sont l'entrée de l'âme pour aller jusqu'à la raison. Lorsqu'ils s'élèvent et ne donnent pas le temps d'y faire réflexion, ils frappent à la porte, ils attaquent la raison pour obtenir d'elle quelque opération déréglée ; mais l'âme leur défend alors de passer plus outre, de peur qu'ils" ne l'empêchent de s'appliquer à Dieu, et de goûter le repos et les douceurs infinies qu'elle trouve en sa conversation. La partie sensilive lui obéit, parce qu'elle est en cet état soumise à l'esprit avec toutes ses puissances , toutes ses forces et

secours pour connaître et pour aimer Dieu de toutes ses forces. Heureux celui qui possèilc cet état ! Mais qui est-il, et où le trouverons-nous? assurément il mérite bien que nous lui donnions de grandes louanqes car on peut dire que sa vie est remplie de merveilles [Eccli. , XXXI 9)'.

TRENTE-TROISIEME CANTIQUE

Escondete earillo,

Y mira con tu haz a las moiitanas,

Y no quieras dezillo; Mas mira les campanas,

De la que va por insulas estranas.

Cachez-vous, mon bien-aimé. /

El tourne: le visage pour regarder les montagnes,

F.l ne le dites à personne ;

Hais, au contraire, voyez les campagnes

De celle qui va par les iles étrangères.

Les passions , les sens et les puissances , tant corporelles que spirituelles, étant parfaitement calmes et tranquilles, l'Epouse entre dans son intérieur pour goûter sans trouble les douceurs dont son union avec l'Epoux divin la comble. Il se passe en ce sacré commerce des choses si sublimes et si agréables, qu'on ne peut les expliquer : elles sont du nombre de celles dont parle Isaïe : Mon secret est pour moi [Isa. , XXIV , 16|. Elle seule les possède en particulier ; elle seule les entend ; elle en jouit seule, sans témoins et sans que personne le sache ; semblable à un homme qui cache le trésor qu'il a trouvé dans son champ, pour le posséder avec plus de sûreté. Dans ce dessein elle demande quatre choses à son bien-aimé. La première est qu'il daigne se communiquer à elle dans le secret de son âme : la seconde, qu'il remplisse ses puissances de la gloire , de l'éclat et de la grandeur de sa divinité : la troisième , qu'il lui accorde ces faveurs d'une manière si relevée, que personne ne puisse ni le comprendre ni le dire, et que la partie animale ne soit pas capable d'en approcher et d'en avoir connaissance : la quatrième, qu'il aime lui-même les Vertus qu'il lui ;i données, puisqu'elle n'aspire qu'à s'élever jusqu'à lui par les plus sublimes connaissances de sa divinité, et par les extases extraordinaires de sou amour.

Cachez-vous, mon bien-aimé.

Comme si elle disait : Mon aimable Epoux , cachez-vous dans le fond de mon âme le plus reculé ; donnez-vous à elle en secret ; découvrezlui vos admirables perfections, qui sont inconnues aux hommes. Et tournez le visage pour regarder les montagnes.

La divinité est la face de Dieu ; les montagnes expriment les puissances de l'âme , la mémoire , l'entendement et la volonté. L'Epouse prie son Epoux d'éclairer son entendement des rayons et des connaissances de la divinité , d'embraser sa volonté des flammes de l'auiout divin , et de remplir sa mémoire de la gloire et de la félicité de Dieu.

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EXPLICATION DES CANTIQUES SPIRITUELS

Ainsi elle lui demande tout ce qu'elle peut lui demander de plus grand et de plus précieux; elle ne se contente pas, comme Moïse, de voir son dos, c'est-à-dire de le connaître par ses ouvrages ; elle désire de le voir face à face sans milieu , et d'être participante de sa divinité par une union si intime, qu'elle soit entièrement éloignée des sens et des puissances corporelles. C'est pourquoi elle ajoute : El ne le dilès a personne.

C'est-à-dire, je vous prie de m 'enrichir de dons si élevés au-dessus de mes sens extérieurs et intérieurs , qu'ils n'y puissent atteindre ni s'en apercevoir comme ils faisaient auparavant, parce que je ne souhaite que des communications toutes spirituelles, toutes substantielles cl toutes divines.

Mais, an contraire, De celle qui va pa;

regardez Us campagnes les îles étrangères.

Lorsque l'Epouse prie l'Epoux .de jeter ses regards sur les champs qu'elle lui montre, elle lui d mande seulement qu'il aime le grand nombre des vertus dont il l'a ornée, afin qu'engagé par ces saintes qualités, il se cache dans son âme, et qu'il y demeure comme dans un palais magnifique.

De celle qui va par les îles étrangères.

L'Epouse ajoute que, comme son âme va vers son bien-aimé par des voies étrangères à ses sens et à ses puissances nalurelles , de même il daigne se communiquer à elle par des connaissances et par des moyens si nobles et si divins, qu'ils soient imperceptibles aux sens et à l'esprit de l'homme.

TRENTE-QUATRIEME CANTIQUE

La blâricâ palomica,

Ala arca con ni ramo se ha toruado,

Y ya la torlolira

Al socio deseado, J

En las riberas verdes ha hallado.

La colombe blanche

Revint dans V arche avec une branche d'olivier;

El la chaste tourterelle

Trouve sa compagne qu'elle désire

Dans les rivages verts.

L'Epoux parle de la pureté de son Epouse et des riches récompenses qu'elle a reçues de lui, parce qu'elle s'est disposée par de longs travaux à parvenir à ce terme. Il publie aussi le sort heureux de sa bien-aimôe, puisqu'elle a trouvé dans celte union son divin Epoux. Il dit enfin qu'elle goûte, en le possédant, tout le plaisir, et qu'elle a tout le soulagement qu'elle a cherché jusqu'à cette heure.

La colombe blanche

Revint dans l'arche avec une branche d'olivier.

L'Epoux compare l'âme à la colombe qui était dans l'arche de Noé , et lui attribue presque les mêmes actions. Car, comme la colombe sortil de l'arche, et revint enfin avec une branche d'olivier dans le bec, pour marquer que les eaux du déluge s!élaient retirées, de même l'âme est sortie des mains de Dieu par la création ; cl après avoir été sur les eaux de ses péchés et de ses imperfections , elle est rentrée dans le sein de Dieu avec les marques de sa miséricorde, qui a éclaté dans le pardon des fautes de celle criminelle. C'est pourquoi elle retourne comme une colombe toute blanche et toute nette.

Et la chaste tourterelle

Trouve sa compagne qu'elle désire

Dans les rivages verts.

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L'Epouse est encore comparée à la tourterelle, pnrce que comme la tourterelle, tandis qu'elle cherche sa compagne ne se met point sur les branches vertes des arbres, ne boit point d'eau claire et fraîche, et ne repose jamais à l'ombre , de même l'Epouse se prive de tous les plaisirs sensuels , de la gloire , des soulagements du inonde , de toutes 'es commodités de la vie, pendant qu'elle cherche son Epoux. Et comme la tourterelle , après qu'elle a trouvé sa compagne , se sert des choses qu'elle abhorrait , de même l'Epouse prend les satisfactions qu'elle fuyait, après qu'elle a trouvé son Epoux. De sorte qu'elle voit la On de ses peines e.t l'accomplissement de ses désirs ; elle est heureusement abîmée dans une mer de délices divines ; elle est rassasiée des plaisirs solides que la contemplation lui fait couler dans le cœur comme des torrents impétueux et inépuisables ; elle demeure en sûreté sous la protection de son bien-aimé ; ce que l'Epouse exprime en ces termes : Je me suis mise ù t'ombre de celui que j'ai désiré, et son fruit m'est extrêmement doux (Cant., II, 3).

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